COVID et grossesse : l'importance du suivi prénatal

Steve Cimino, avec Marine Cygler

Auteurs et déclarations

6 août 2020

Londres, Royaume-Uni – L'incidence des morts in utero a augmenté depuis le début de la pandémie de Covid-19 d'après une étude qui a comparé les données de grossesses avant et au cours de la pandémie dans un hôpital londonien. Un constat qui ne semble pas être le même dans les maternités françaises. Malgré certaines faiblesses méthodologiques – une seule maternité, seulement deux périodes analysées..., cette étude rappelle l'importance du suivi prénatal même en période de crise sanitaire.

« L'augmentation des morts in utero est peut-être le résultat d'effets indirects comme la réticence à se rendre à l'hôpital alors que c'est nécessaire (par exemple en cas de diminution des mouvements du fœtus), la peur de contracter le coronavirus ou le fait de ne pas vouloir surcharger le système de santé » expliquent la Pr Asma Khalil et ses co-auteurs (St George's University of London, Royaume-Uni) dans le JAMA[1].

Interrogée par Medscape sur la situation française, le Dr Olivia Anselem (gynécologue obstétricienne, maternité Port-Royal, Paris) a indiqué : « ce n'est pas un constat qu'on a fait. Nous n'avons pas observé d'excès de mort fœtale mais on peut imaginer que si le suivi des grossesses avait été dégradé, on aurait abouti à une situation semblable ».

Une comparaison avant-pendant la pandémie

Pour évaluer précisément les taux de mort fœtale in utero et d'accouchement avant le terme, les chercheurs ont mené une étude rétrospective au St George's Hospital de Londres. Ils ont comparé deux périodes : une période pré-Covid19 du 1er octobre 2019 au 31 janvier 2020 et une période pandémique du 1er février 2020 au 14 juin 2020.

Au cours de ces deux périodes, l'âge médian des mères au moment de la naissance de leur bébé était de 33 ans. Au cours de la période pré-pandémique, le nombre de naissances s'est élevé à 1681. Il y a eu 1718 naissances au cours de la période pandémique.

Bien qu'il y ait eu moins de femmes nullipares et de femmes avec de l'hypertension artérielle pendant la période pandémique, l'incidence des morts in utero a été significativement plus importante (n=16, soit 9 pour 1000 naissances) que pour la période précédente (n=4, soit 2 pour 1000 naissances). La différence est de 7 pour 1000 naissances (IC95% [1,83-12,0], P=0,01). Le taux constaté pendant la pandémie demeurait plus élevé même quand les interruptions tardives de grossesse pour malformations fœtales étaient exclues (différence de 6 pour 1000 naissances ; IC 95%[1,54-10,01] ; P=0,01).

Aucune des femmes dont la grossesse s'est achevée par une mort fœtale in utero n'avait de symptômes du Covid. Les examens du placenta n'ont pas révélé d'infection par le nouveau coronavirus. Il n'y avait pas de différences significatives entre les deux périodes concernant les naissances avant 37 semaines de gestation, celles après 34 semaines de gestation, les admissions en néonatalogie ou encore les césariennes.

De l'importance de l'examen clinique

« C'est important d'éclairer les effets de cette pandémie sur les patientes enceintes, même quand elles ne sont pas infectées » explique le Dr Shannon Clark (University of Texas Medical Branch, Gavelston, Etats-Unis).

Elle considère que cette augmentation de la mortalité in utero est liée à la réticence des patientes à la fois à bas et haut risque à se rendre dans un hôpital en pleine pandémie mais aussi aux changements de prise en charge des femmes au cours de leur grossesse, et notamment une diminution des examens d'imagerie.

« Vérifier la tension, les changements de poids et comment le bébé grandit » dit-elle « ces choses simples ne peuvent pas être faites par télémédecine ».

« Surveiller la tension ou encore mesurer la hauteur du ventre pour dépister un éventuel retard de croissance in utero à surveiller impliquent un examen cliniqu. » abonde le Dr Anselem. A la maternité Port-Royal, des téléconsultations avaient été mises en place pour les grossesses à bas risque. Les femmes dont la grossesse nécessitait une surveillance plus étroite ont été reçues à la maternité pour leur suivi de grossesse.

« Nous nous sommes aussi rendu compte que les femmes continuaient de venir aux urgences et les motifs de consultation étaient les mêmes qu'habituellement » a-t-elle observé. En revanche, autre constatation : dans cette maternité parisienne de niveau 3, contrairement à une période hors pandémie, la fréquentation des urgences pour des symptômes très modérés, pouvant être pris en charge par un médecin de ville, a diminué.

Quid du Covid chez les femmes enceintes ?

« A Port-Royal, sur la cinquantaine de femmes enceintes Covid +, la majorité a développé une forme mineure sans aucun impact sur le développement du fœtus. Quelques cas de forme sévère ont nécessité de pratiquer une césarienne avant le terme pour que les mères puissent être admises en réanimation. Aujourd'hui, les mères et les bébés vont tous bien » indique Olivia Anselem. Aucune transmission materno-foetale a été observée à Port-Royal, contrairement à l’hôpital Antoine-Béclère (COVID-19: un cas français de transmission in utero)

De ce côté-ci de la Manche, une étude s'est intéressée au profil et au devenir des femmes enceintes touchées par le Sars-CoV-2 [2]. Plus de 600 femmes suivies dans 33 maternités françaises différentes ont été incluses pour l'analyse. Au 14 avril, parmi les 617 femmes enceintes infectées, 93 (soit 15,1%) étaient oxygénorequérantes et 35 (5,7%) avaient une forme sévère de Covid-9. La sévérité de la maladie était associée à l'âge (plus de 35 ans), à l'obésité, à un diabète pré-existant, à un antécédent de pré-éclampsie ou encore à une hypertension gestationnelle ou une pré-éclampsie.

Quant aux naissances avant la 37ème semaine, elles ont concerné 13/123 (10,6%) des femmes avec une forme non-sévère, 14/29 (48,3 %) des femmes oxygénorequérantes et 23/29 (79,3 %) de celles atteintes d'une forme sévère. Les naissances avant la 32ème semaine ont concerné respectivement 3/123 (2,4 %), 4/29 (13,8 %), et 14/29 (48,3 %).

L’article a été publié initialement sous le titre Stillbirth incidence increases during COVID-19 pandemic sur MDedge.com, membre du réseau Medscape. Traduit/adapté/complété par Marine Cygler

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