Quel bilan endocrinien réaliser en présence d'une obésité?

Claude Leroy

Auteurs et déclarations

24 juillet 2020

Liverpool, Royaume-Uni -- Les pathologies endocriniennes comme le syndrome de Cushing et l'hypothyroïdie sont bien connues pour entrainer fréquemment une prise de poids et aggraver les désordres métaboliques souvent observés dans l'obésité. D'autres types de dysfonctionnement hormonal, dont ceux de la sphère gonadique (surtout la déficience en testostérone chez l'homme et l'ovaire polykystique chez la femme) et les anomalies de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien ainsi que du facteur de croissance IGF-1 ou encore la déficience en vitamine D, peuvent entrainer une obésité. Il est donc fréquent, pour les endocrinologues notamment, d'être consultés par des patients qui souhaitent connaître leur statut hormonal.

Cette demande reflète l'espoir d'une hormonothérapie visant à traiter une prise de poids ou une obésité souvent réfractaire à la correction de l'hygiène de vie. Une revue systématique a été récemment publiée sur l'intérêt de la démarche, accompagnée de recommandations issues de la Société Européenne d'Endocrinologie[1].

Réduire le nombre d'analyses hormonales inutiles

Qu'en retenir, d'après les auteurs? Qu'à l'exception assez évidente de la nécessité d'explorer les cas d'hypothyroïdie, la majorité des explorations à visée endocrinienne ne sont pas recommandées en l'absence de signes cliniques évoquant clairement un rôle possible dans l'excès pondéral, et qu'une hormonothérapie est donc rarement nécessaire. Ces recommandations devraient donc contribuer à réduire le nombre d'analyses hormonales inutiles (et souvent onéreuses), les médecins devant plutôt se consacrer au soutien pour aider à la perte de poids chez les patients concernés. Cette perte pourrait d'ailleurs déboucher sur la correction des (petits) troubles endocriniens souvent observés.

On pourrait ajouter que le principal élément du bilan hormonal, en cas de surpoids manifeste, peut se limiter a priori à l'exploration thyroïdienne de base, à l'insulinémie et au taux de vitamine D. Ainsi, la recherche d'une éventuelle insulinorésistance (hyperinsulinémie avec glycémie augmentée ou normale) devrait être quasi systématique, tant sa prévalence est devenue élevée.

La confirmation d'une éventuelle (pré-)ménopause a également du sens pour la santé globale des patientes d'un certain âge, mais en gardant à l'esprit le fait que même l'initiation d'une thérapie hormonale de substitution ne garantit pas un retour au poids antérieur.

Quant à la recherche d'une cortisolémie élevée en l'absence de signe de maladie de Cushing, elle n'a en pratique d'intérêt éventuel que de discuter de l'impact d'un stress chronique ou d'une dépression sur le poids.

Enfin, le dosage sanguin de la leptine ou de la ghréline n'a que peu d'intérêt en routine : leurs taux sanguins peuvent varier dans un sens ou dans l'autre en fonction de différents paramètres, et ces mesures n'apportent généralement rien sur le plan de la stratégie thérapeutique à mettre en place.

 

Cet article a été initialement publié sur MediQuality du réseau Medscape.

 

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