COVID-19: un cas français de transmission in utero

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

20 juillet 2020

Paris, France — Le cas de transmission materno-foetale du virus SARS-CoV-2 observé à l’hôpital Antoine-Béclère (AP-HP, Clamart), dont Medscape édition française  avait eu connaissance en avril dernier, a été confirmé. Sa description a fait l’objet d’une publication dans Nature Communications[1].

Le risque de transmission verticale du nouveau coronavirus a déjà été suggéré après des descriptions de cas d’infections chez des nouveau-nés, notamment en Chine. En se basant sur les résultats de plusieurs analyses, l’équipe du Dr Daniele De Luca de l’hôpital Antoine-Béclère vient prouver que ce risque est réel.

La mère de l’enfant, âgée de 23 ans, a été admise début mars à l’hôpital lors de sa 35ème semaine de grossesse. Elle présentait une toux sévère, une fièvre et des expectorations abondantes. Des tests PCR ont révélé la présence du SARS-CoV2 dans les prélèvements naso-pharyngés, ainsi que dans le sang et au niveau des muqueuses vaginales.

Symptômes neurologiques

L’enfant, de sexe masculin, est né par césarienne, sous anesthésie générale, en raison des difficultés respiratoires que présentait la mère. Il a été placé en isolement en néonatalogie. L’analyse des prélèvements naso-pharyngés effectués sur le nouveau-né, peu après la naissance, a confirmé qu’il était également infecté par le virus.

Au troisième jour, il a commencé à présenter des symptômes neurologiques associés à la maladie, avec notamment une rigidité des membres et une hypotonie axiale. Les symptômes se sont progressivement améliorés après trois jours, mais une légère hypotonie et des difficultés à s’alimenter ont encore persisté.

En raison de l’amélioration de l’état général de l’enfant, aucun traitement n’a été envisagé. Il a pu quitter l’hôpital avec sa mère au bout de 18 jours. Des examens complémentaires menés à deux mois n’ont pas montré de résultats anormaux.

Contrairement aux autres cas rapportés, l’équipe médicale a pu mener des analyses beaucoup plus complètes. Plusieurs prélèvements ont été réalisés, au niveau du placenta et du liquide amniotique (avant césarienne), en plus des prélèvements sanguins effectués à la fois chez la mère et l’enfant.

Inflammation du placenta

Les analyses montrent une charge virale plus élevée au niveau du placenta, que dans le liquide amniotique ou le sang maternel et fœtal, « ce qui suggère la présence du virus dans les cellules du placenta », notent les auteurs. L’examen cytologique a révélé une inflammatoire au niveau du placenta. 

Ces résultats suggèrent que le virus, en passant par la circulation sanguine, peut atteindre le placenta, où il provoque « une réaction inflammatoire significative », commentent les chercheurs. « La virémie néonatale est apparue après l’infection du placenta ».

« Nous avons démontré que la transmission transplacentaire de l’infection par le SARS-CoV2 est possible pendant les dernières semaines de grossesse. La transmission transplacentaire peut causer une inflammation du placenta et une virémie néonatale », ont conclu les auteurs.

 
Nous avons démontré que la transmission transplacentaire de l’infection par le SARS-CoV2 est possible pendant les dernières semaines de grossesse
 

Selon le Haut conseil de la santé publique (HCSP), les femmes enceintes sont classées parmi les personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SARS-Cov-2. Elles doivent donc rester particulièrement vigilantes sur le respect des gestes barrières pour éviter une contamination. D’autant plus que le risque de transmission materno-foetale est désormais prouvé.
 

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