COVID-19 : la combinaison de lopinavir et de ritonavir associée à de la bradycardie

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 juillet 2020

Amiens, France – Alors que les deux bras testant la combinaison d’antiviraux lopinavir/ritonavir avec ou sans interféron bêta ont été arrêtés dans les essais cliniques Solidarity et Discovery en raison de l’absence d’efficacité de cette stratégie chez les patients Covid+ hospitalisés, une petite étude française publiée dans Circulation: Arrythmia and Electrophysiology (AHA) indique que l’association, précédemment utilisée pour traiter les patients atteints du SRAS-CoV-1, du MERS-CoV, et du VIH-1 provoquerait une bradycardie chez près d’un quart des patients Covid-19 âgés et gravement malades [1]. Parmi les patients VIH-1, un risque de bradycardie avait également été rapporté auparavant.

L'étude menée par le Dr Christophe Beyls (Anesthésiste-Réanimateur, CHU Amiens) et coll. a inclus 41 patients atteints de Covid-19 admis à l'unité de soins intensifs du CHU d'Amiens qui ont été traités avec 200 mg de LPV et 50 mg de RTV deux fois par jour pendant 10 jours. Tous les patients ont bénéficié d’une surveillance continue par électrocardiogramme (ECG).

Parmi les patients ayant reçu le traitement LPV / RTV :

-         22% ont connu une bradycardie (<60 bpm) pendant plus de 24 heures ;

La bradycardie est survenue au moins 48 heures après le début du traitement, ce qui indique que les médicaments peuvent avoir provoqué une bradycardie ;

- un test sanguin mesurant la concentration de ritonavir (concentration plasmatique de RTV) 72 heures après avoir reçu le traitement a montré des concentrations plus élevées de RTV chez les patients qui avaient une bradycardie ;

- aucune corrélation n'a été trouvée entre la concentration plasmatique de RTV, la concentration plasmatique de LPV et la fréquence cardiaque moyenne 3 jours après le début du traitement LPV / RTV;

- les patients souffrant de bradycardie étaient en moyenne plus âgés que les patients recevant le traitement qui n'avaient pas subi de bradycardie (âges 62-80 vs 54-68, respectivement); et,

- la bradycardie a disparu après l'arrêt du LPV / RTV ou la réduction des doses.

Les chercheurs soulignent que « [le LPV et le RTV] ont des caractéristiques pharmacocinétiques complexes… La bradycardie pourrait être un signe de déficience cardiologique ou neurologique sévère car elle est associée à une lymphopénie [nombre de globules blancs inférieur à la normale] qui semble refléter la gravité de l'infection au Covid-19. Les soins intensifs doivent être conscients de cet effet secondaire potentiel afin de surveiller étroitement les taux plasmatiques de LPV / RTV, notamment chez les patients âgés », concluent-ils.

L'étude n’a pas reçu de soutien financier

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