POINT DE VUE

Publications par temps de Covid : preprint or not preprint ?

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

29 juin 2020

France Publications accélérées, preprints, rétractations : la crise du Covid-19 a bouleversé les processus de publication de la recherche scientifique. Était-ce raisonnable ? Dans ce contexte, le Dr Benjamin Davido (hôpital Raymond-Poincaré, Garches) explique pourquoi il a retiré son étude preprint qui portait sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine chez les patients Covid hospitalisés.

 

Medscape édition française : Pourquoi avoir retiré votre étude preprint sur l’hydroxychloroquine ?

Benjamin Davido ― Le but n’était pas de polémiquer sur les réseaux sociaux, mais de donner accès à nos résultats le plus rapidement possible à la communauté médicale, en attendant la validation par nos pairs au sein d’une revue à comité de lecture. À partir du moment où cela a contribué à créer une polémique autour de l’hydroxychloroquine, j’ai décidé de la retirer immédiatement. À l’époque, nous pensions qu’il était utile de raconter notre expérience en toute transparence. Malheureusement, certains ont pris ces données comme les résultats d’un essai de médicament, alors qu’il s’agissait d’une étude observationnelle rétrospective. Aujourd’hui, si c’était à refaire, je ne le referais pas – il vaut mieux fournir les informations soumises aux pairs, comme on l’a toujours fait, c’est-à-dire soumises à un contrôle de qualité, plutôt que de communiquer une information qui, finalement, ne sert qu’à susciter des commentaires.

Si on regarde le scandale du Lancet , on voit bien que le sujet de l’hydroxychloroquine est extrêmement sensible en raison du manque d’essais cliniques sur le sujet. La science a malheureusement été mise à mal par ce Lancetgate. À un moment donné, on se dit : « Mais la médecine, où en est-elle ? Elle en est à inventer des résultats pour se débarrasser de la recherche »… Alors qu’au fond on a voulu aller plus vite, à l’instar d’une crise sans précédent.

 
Si c’était à refaire, je ne le referais pas - Benjamin Davido
 

Que pensez-vous de l’étude RECOVERY sur la dexaméthasone, annoncée sans être publiée ?

Benjamin Davido Les chercheurs ont annoncé des résultats, il ne s’agit pas d’un article, et il faut rester prudent quant à l’interprétation. En réanimation, notre équipe, avec le Pr Djilalli Annane, a dès le début prescrit de la dexaméthasone parce qu’elle avait l’habitude de le faire dans les pneumonies sévères (SDRA). D’ailleurs, à l’époque où on parlait du tocilizumab dans l’orage cytokinique, je me demandais : « pourquoi parle-t-on des anticorps monoclonaux alors même qu’on n’a pas testé les corticostéroïdes? ». Il est vrai que nous avons suivi à la lettre le principe de précaution, étant donné que certains articles avaient souligné le risque d’effet néfaste des corticoïdes dans le MERS-CoV. Ironie du sort, c’est ce même traitement qui s’avère, à ce jour, le seul efficace dans les formes sévères hospitalières.

Êtes-vous d’accord avec le fait que, au cours de cette crise sanitaire exceptionnelle, il était acceptable d’ accélérer les processus de validation et de publication ?

Benjamin Davido Oui, bien sûr. Lorsque nous étions encore au début de la crise, je me rappelle m’être dit : « il faut vite publier pour pouvoir encourager des études. » C’était l’idée ; fournir ces résultats pour encourager la suite des essais randomisés. Donc publier en preprint, en accéléré, était probablement justifié au début, mais ne l’était plus à partir du moment où l’on se retrouve à mettre des travaux en ligne, sur un serveur web, sans contrôle de la qualité. Je regrette que les médias se soient emparés des preprints qui étaient en premier lieu destinés à la communauté scientifique.

Les media se sont intéressés aux preprints à partir du moment où ils ont été aussi annoncés sur Youtube … 

Benjamin Davido Oui, c’est vrai, et nous nous sommes retrouvés dépassés par ce phénomène. C’est dommage, car je trouve que mettre en ligne, à destination de nos collègues, en instantané, des résultats préliminaires sans avoir à verser de frais ― car je rappelle que certains journaux demandent parfois 2000 € par article et qu’il existe donc une certaine concurrence ― était pertinent.
 

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