Fluoropyrimidines : l’EMA recommande le dépistage systématique du déficit en DPD

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

1er juillet 2020

Amsterdam, Pays-Bas -- Dans les pas de la Haute Autorité de santé (HAS) et de l’Agence Nationale de Sécurité des Médicaments (ANSM), l’Agence européenne du médicament (EMA) recommande désormais de tester tous les patients atteints de cancer pour savoir s’il ont un déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD) avant d’initier un traitement comportant des fluoropyrimidines [1].

L’objectif est d’éviter des toxicités très graves chez des patients déficitaires en DPD, une enzyme qui contribue à l’élimination par l’organisme des chimiothérapies à base de 5-fluorouracile (5-FU), de capécitabine (Xéloda, Genentech) ou de tégafur.

Chez certains patients, l’enzyme est inactivée pour des raisons de polymorphisme génétique et la chimiothérapie va s’accumuler et rester dans le corps ce qui va entraîner des toxicités graves (neutropénie, neurotoxicités, diarrhées sévères, stomatites) et peut même conduire au décès.

La recommandation de dépistage du DPD ne s’applique toutefois pas à la fluocytosine (Ancoban, Valeant Pharmaceuticals) qui n’est pas utilisée comme anti-cancéreux mais comme traitement des infections fongiques sévères. Dans ce cas, le test DPD n’’est pas requis afin de ne pas retarder l’initiation du traitement.

Pour rappel, l’EMA a débuté son investigation sur la question l’année dernière suite à plusieurs cas de réactions fatales au traitement et à la demande de l’ANSM. L’agence indique que jusqu’à 9 % de la population caucasienne a des faibles taux de DPD active et que 0,5% n’a pas d’activité DPD, d’où la recommandation de phénotypage ou de génotypage avant de commencer un traitement par fluoropyrimidines.

Chez les patients ayant un déficit complet en DPD, les traitements par fluoropyrimidines sont contre-indiqués. Chez ceux pour lesquels le déficit est partiel et qui pourraient tolérer le traitement, il est recommandé de débuter le traitement à des doses plus faibles et de stopper un traitement par fluocytosine si des effets indésirables sévères surviennent.

Le rapport de l’EMA indique également que cette recommandation ne s’applique qu’aux traitements administrés en IV ou par injection mais pas en application topique. Concernant les traitements topiques utilisés en dermatologie (kératose actinique, verrues..) ; seules de très faibles quantités sont absorbées par la peau.

En France, la dispensation est conditionnée par le dépistage DPD

L’ANSM a modifié les conditions de prescription et de délivrance du 5-FU et de la capécitabine le 29 avril 2019  afin que leur prescription, leur dispensation et leur administration soient conditionnées à l’obtention des résultats du test DPD pour tous les patients . En France, la dispensation en pharmacie hospitalière ou de ville, et l’administration du 5-FU ou de la capécitabine sont subordonnées aux trois conditions suivantes : 1/ la recherche d’un déficit en DPD, « au travers d’un dosage du taux d’uracile présent dans le sang des patients » , 2/ la présence de la mention « Résultats uracilémie pris en compte » sur la prescription et 3/ au fait que le pharmacien s’est assuré de la présence de cette mention avant la dispensation.

 

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