Manifestation du 16 juin : « Non au retour à l’anormal ! »

Philippe Anaton

Auteurs et déclarations

17 juin 2020

France -- Jusqu’à la dernière minute, la tenue de la manifestation, parisienne tout du moins, du 16 juin, était-on ne peut plus hasardeuse, le préfet n’ayant pas donné son autorisation. Il a fallu attendre la veille, le 15 juin, pour que l’autorisation de manifester soit délivrée par le préfet Lallement

« Conformément aux prescriptions des décrets du 31 mai et du 14 juin 2020, les déclarants se sont engagés à ce que les conditions d’organisation de cette manifestation permettent une distanciation physique d’un mètre entre chaque participant et, en cas d’impossibilité de garantir cette distanciation, à demander aux participants de porter un masque de protection et de se laver régulièrement les mains en apportant, en l’absence de point d’eau, du gel hydro-alcoolique ».

La manifestation a donc pu se dérouler entre le ministère de la santé, où le rendez-vous avait été donné à 14h30 pour le départ de la manifestation, qui était censée arriver à 18h00 aux Invalides. 

18 000 manifestants

En tout et pour tout, ce sont quelques 18 000 manifestants selon la préfecture de police de Paris, qui ont convergé vers la capitale. Pour rappel, la manifestation avait été organisée par une agrégation de syndicats et de collectifs de soignants : Amuf, SNPI, CGT santé action sociale, FO, Sud Santé, Unsa, Collectif Inter Urgences, Collectif Inter bloc, Le Printemps de la psychiatrie, Coordination nationale de défense des hôpitaux de proximité.

Parmi leurs revendications, les organisateurs de cette manifestation demandaient « un plan de titularisation massif des contractuels, un plan de formation pluridisciplinaire ambitieux, le renforcement des moyens financiers de l’hôpital, l’arrêt immédiat de toutes les fermetures d’établissements, de services et de lits, des mesures d’accès aux soins, le retour des prises en charge de qualité ». Pour Pierre, infirmier et adhérent à la CGT, « cette manif sert à ce que nos salaires soient revalorisés de 300 euros, qu’il y ait des lits qui ouvrent, que les carrières hospitalières soient valorisées, que les patients soient soignés dans de bonnes conditions, et qu’il y ait un salaire minimum à l’hôpital qui soit revalorisé ».

Les manifestants ont aussi demandé la fin de la T2A, une égalité de traitement sur le territoire, plus de matériel. Interrogé pendant la manifestation, le Dr François Salachas, qui avait interpellé à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, Emmanuel Macron le 27 février dernier sur le manque de moyens accordés à l’hôpital, était présent, comme nombre de médecins réunis en majorité dans le Collectif Inter-Hôpitaux. Il a notamment exigé une revalorisation des salaires dans les 15 jours, et une réforme de la gouvernance, en dénonçant la philosophie du directeur d’hôpital, « seul patron à bord ».

Si les caméras étaient braquées sur Paris, de nombreuses manifestations ont aussi eu lieu à Nantes, Rennes, en Charente-Maritimes, en Normandie, à Grenoble, comme on peut le constater en suivant le fil Twitter du collectif Inter Hôpitaux. 

La situation dégénère à Paris

Mais il n’y a guère que dans la capitale que la situation a dégénéré, comme le rappelle la préfecture de Paris. « La manifestation des soignants organisée pacifiquement à Paris a été infiltrée par des casseurs et des individus hostiles aux forces de l’ordre. Reconnaissance aux effectifs mobilisés qui ont rétabli l’ordre, et soutien aux policiers et gendarmes blessés », a écrit le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, sur son compte Twitter. 19 policiers ont été blessés, et la police a procédé à 32 interpellations.

Parmi ces interpellations, celle de Farida, une infirmière de l’AP-HP, arrêtée sur la place des invalides, au moment où elle jetait des projectiles en direction des forces de l’ordre. Placée en garde à vue, elle n’était toujours pas libérée au moment où nous écrivons ces lignes. Un rassemblement est organisé ce 17 juin par la CGT Val de Marne devant le commissariat du 7e arrondissement, où on la retient en garde à vue. 

Ségur de la santé

Au moment où elle était interpellée, non loin de là se poursuivait le Ségur de la Santé, où les syndicalistes essayaient de transformer en actes les revendications des manifestants. Débutées le 25 mai dernier, les concertations sur le Ségur de la santé sont rentrées dans le dur des négociations salariales ce 16 juin pour les médecins. Avaient lieu notamment une négociation sur la révision des grilles statutaires et la revalorisation salariale. De source proche, les intersyndicales de praticiens hospitaliers (Action praticien hôpital, INPH, Snam-HP) ont obtenu des avancées qui devraient se dérouler en deux temps. Comme pour répondre à l’urgence des revalorisations salariales, les pouvoirs publics ont accepté une revalorisation rapide des salaires des praticiens hospitaliers, puis dans un deuxième temps, une refonte de la grille statutaire : il est alors question de fusionner les trois premiers échelons et d’en créer trois autres en fin de carrière. Il a aussi été question de revaloriser l’indemnité de sujétion*, mais aussi l’indemnité de service public.

 
Les pouvoirs publics devraient proposer d’ici une ou deux semaines des propositions chiffrées, et un calendrier.
 

Les pouvoirs publics devraient proposer d’ici une ou deux semaines des propositions chiffrées, et un calendrier de mise en place de ces mesures. Tandis que les négociations sur le Ségur de la Santé se poursuivaient, il était aussi question de thématiques sanitaires à l’Assemblée nationale. Avaient lieu hier la première audition de Jérome Salomon, directeur de la DGS, dans le cadre de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise du Covid-19, mais aussi, aujourd’hui, l’examen de la loi sur la sortie de l’état d’urgence sanitaire. La Santé reste omniprésente en France, dans les médias, sur les pavés, et au Parlement. 

*L'indemnité de sujétions spéciales est attribuée pour compenser des contraintes subies et des risques encourus dans l'exercice des fonctions des agents bénéficiaires. Elle est plus connue sous l'appellation de l'indemnité ou prime des treize heures, en raison de son caractère forfaitaire.

 

Crédit photos : DR

 

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