Le monde de la santé dans la rue mardi

Véronique Hunsinger

Auteurs et déclarations

15 juin 2020

Paris, France -- A mi-temps du « Ségur de la santé », la concertation lancée par le gouvernement le 25 mai dernier et qui doit s'achever à la mi-juillet, le monde de la santé a décidé de donner de la voix et de rappeler l'opinion publique à ses applaudissements aux balcons pendant le confinement. En effet, une grande partie de ses représentants - syndicats et collectifs - se sont donnés rendez-vous dans la rue pour une journée de mobilisation, mardi 16 juin, « pour la défense et l'amélioration de notre système de santé ».

L'appel unitaire a été signé par cinq syndicats hospitaliers (CGT santé-action sociale, FO services publics et de santé, Sud santé-sociaux, Unsa santé et sociaux public et privé et le SNPI), les trois collectifs à l'origine du mouvement de grève débutée en 2019 (inter-urgences, inter-bloc, inter-hôpitaux) et trois organisations et coordination (l'Amuf, le Printemps de la psychiatrie et la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternité de proximité). Un rassemblement est prévu à 13h devant le ministère de la santé, rue de Ségur, suivi par un départ en manifestation aux Invalides. Des rassemblements seront également organisés devant des hôpitaux et des agences régionales de santé dans toute la France, dans la matinée et en soirée.

« Nous sommes très demandeurs d'avoir le soutien de la population, indique la Dr Anne Gervais, porte-parole du Collectif inter-hôpitaux (CIH). A cause du coronavirus, les gros rassemblements ne nous semblent pas complètement souhaitables, c'est pourquoi il y aura plein de petits rassemblements pour que les gens puissent rester à bonne distance physique les uns des autres. Ce ne sera pas une mobilisation nationale comparable à celle du 14 novembre dernier, parce que les gens sont aussi fatigués, mais plutôt une série d'événements délocalisés ». Il y aura, par exemple, des rassemblements devant les hôpitaux Bichat et Saint-Louis à Paris en soirée, devant l'agence régionale de santé à Lyon dans la matinée ou devant la mairie à Pau. La liste complète des points de rendez-vous sera notamment disponible sur la page Facebook du CIH.

 
Nous sommes très demandeurs d'avoir le soutien de la population. Dr Anne Gervais
 

Les signataires de cet appel entendent porter une « plateforme commune revendicative » comprenant la « revalorisation générale des salaires », un « plan de titularisation massive des contractuels et de recrutement de personnels », un « plan de formation pluridisciplinaire ambitieux », une revalorisation des budgets 2020 des hôpitaux ainsi que « l'arrêt immédiat de toutes les fermetures d'établissements, de services et de lits » voire « la réouverture de ceux qui ont déjà été fermées, lorsque c'est nécessaire, pour répondre aux besoins sanitaires de la population ».

Manque de considération ?

L'annulation d'une réunion du Comité Ségur national, piloté par l'ancienne secrétaire générale de la CFDT, Nicole Notat, prévue jeudi dernier avait suscité un premier mouvement de mécontentement unanime des représentants de la médecine de ville et hospitalière. « Les participants au Ségur de la santé ont appris au dernier moment le report de cette réunion de synthèse et s'inquiètent de l'organisation chaotique de cette négociation engagée avec les pouvoirs publics, ont regretté dans une communiqué une douzaine d'organisations. Le manque de considération vis à vis des organisations professionnelles de la santé laisse planer un doute sur les objectifs réels du gouvernement et les engagements du Président de la République ».

Cette réunion de concertation a finalement été remplacé le lendemain par une réunion de négociation avec les partenaires sociaux consacrée exclusivement aux hausses de rémunérations des personnels paramédicaux. Les collectifs, la CGT et FO réclament une hausse de 300 euros par mois tandis que la CFDT plaide pour des hausses différenciées selon les métiers et qui soient plus importantes pour les plus bas salaires.

Des attentes très fortes

« Il y a des points comme la hausse des rémunérations ou la suspension des fermetures de lits et de services qui doivent être tranchés rapidement, estime la Dr Gervais. Mais pour tout le reste on a l'impression qu'on navigue encore à vue même si je ne suis pas sûre qu'on puisse décider d'une réforme d'ampleur en quelques semaines ». Preuve de l'intérêt du monde de la santé pour le Ségur : la consultation en ligne destinée aux professionnels de santé a reçu quelques 13 000 contributions en 24 heures. « Il y a beaucoup de sujets très importants que nous voudrions pouvoir approfondir notamment celui du lien entre la ville et l'hôpital, poursuit la Dr Gervais. Nous voudrions aussi une réflexion autour de la santé vue comme un bien commun c'est-à-dire quelque chose qui soit accessible à tous mais qui est une ressource épuisable. Le sujet qui nous tient également particulièrement à coeur est celui de la gouvernance qui ne se résume pas à une simple question de management comme a l'air de le croire le Premier ministre. Il faut réfléchir à un mode de gouvernance qui soit réellement partagée entre les administratifs, les médecins, les soignants et les usagers ».

Dans le monde de la santé, plusieurs secteurs ont aujourd'hui des attentes très fortes à commencer par la psychiatrie. Ainsi, l'Union syndicale de la psychiatrie (USP) dit porter les mêmes revendications que celles de plateforme unitaire sur les augmentations de salaire ou les recrutements massifs. « Nous exigeons un statut solide, protecteur et régulateur qui doit permettre la résistance à des pratiques inadaptées formatées et standardisées » ajoute-t-elle pour elle-même. De même le Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, qui n'a pas été invitée en tant que tel au Ségur, entend également faire entendre ses revendications dans la mobilisation collective. « On attend en vain des propositions concrètes alors que dans nos territoires de nouveaux lits ou services sont supprimés et que l'accès à des soins spécialisés non urgents relèvent du parcours du combattant » exposent les usagers à travers la Coordination.

Le monde libéral n'est pas en reste non plus. Ainsi par exemple, l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo) organise le même jour un grand débat par visioconférence avec toute la profession. Ou encore le Syndicat national des infirmiers et infirmières libérales (Sniil) a annoncé apporter « tout son soutien à la journée de mobilisation nationale initiée par plusieurs collectifs et syndicats paramédicaux et médicaux salariés ». La Fédération nationale des orthophonistes (FNO) a également indiqué qu'elle participera à la mobilisation.

Pour rappel, la pétition : Il faut un plan d'urgence pour sauver l'hôpital public ! est accessible ici. Elle a, à ce jour, recueilli 353 442 signatures sur les 500 000 escomptées.

 

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