Risque de pénurie de médicaments liés à la contraception et à l’avortement

Serge Cannasse

Auteurs et déclarations

12 juin 2020

France – Dans un communiqué, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) s’inquiète des pénuries de médicaments touchant à la santé des femmes, en particulier dans le domaine de la contraception et de l’avortement [1].

Minidril®, Adépal®, Trinordiol®, 3 contraceptifs en rupture de commercialisation

Les problèmes de pénurie de médicaments sont anciens et vont en s’aggravant. « En France, 1 450 cas d’indisponibilité de médicaments ont été constatés en 2019, contre 868 en 2018, à comparer aux 44 cas de 2008. » Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE), qui rapporte cette citation de l’Alliance européenne de santé publique, s’inquiète particulièrement pour les médicaments destinés à la santé sexuelle des femmes et à la maîtrise de leur fécondité. Il rappelle que « pendant au moins six mois, des contraceptifs œstro-progestatifs ont été en rupture de commercialisation, tels que les pilules Minidril®, Adépal®, Trinordiol®, très fréquemment prescrites. Les œstrogènes locaux n’ont plus été accessibles pendant un an et certains sont encore en rupture de fabrication. Les progestatifs sont très souvent non commercialisés. »

Mifégyne® et le misoprostol : un monopole dangereux

Le Haut Conseil se penche particulièrement sur deux médicaments utilisés pour les avortements médicamenteux, le Mifégyne® et le misoprostol. Leur sort est profondément lié aux stratégies commerciales des laboratoires qui les ont commercialisés et à l’influence des mouvements anti-IVG (interruptions volontaires de grossesse), notamment aux États-Unis.

Le Mifégyne (ou RU486) a été commercialisé en France en 1988, malgré l’opposition de ces mouvements et grâce à une injonction du ministre de la santé d’alors, Claude Evin. Aux États-Unis, ces mouvements ont fait abandonner ce médicament par le groupe Hoechst Roussel, qui l’a cédé gratuitement au laboratoire Exelgyn, racheté en 2010 par Nordic Pharma.

Le misoprostol a été commercialisé en 1986 par Pfizer (sous la dénomination Cytotec®), mais a été retiré du marché car il a été constaté qu’il ne servait presque plus que pour les IVG (hors AMM), et non pour ses indications en gastro-entérologie. Le produit contenant du misoprostol et indiqué pour les IVG est commercialisé par Nordic Pharma (Misoone®), à un prix dix fois supérieur.

Relocaliser en Europe et en France

Ces deux médicaments sont donc produits et commercialisés par une seule firme, ce qui, d’après le HCE, entraîne « des risques de rupture de production et d’approvisionnement et de pression sur les prix» L’organisme fait remarquer que « la loi de financement de la Sécurité sociale a introduit l’obligation de disposer d’un stock de sécurité de médicaments de quatre mois, disponible sur le territoire européen. Mais ces dispositions ne seront effectives qu’à partir du 30 juin 2020 et devront faire l’objet d’une grande vigilance. »

Aussi il recommande aux pouvoirs publics, outre cette vigilance, la relocalisation en Europe et en France de ces produits et d’une manière générale, de « garantir la production des médicaments non rentables en les nationalisant. »

« Pour les droits des femmes, il est important que les pouvoirs publics assurent que l’ensemble des produits et médicaments, nécessaires à la contraception et à l’avortement, soient constamment disponibles » conclut le communiqué.

Cet article a été publié initialement sur le site Univadis.fr, membre du groupe Medscape Professional Network. Adapté pour Medscape.

 

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