Après la télé-consultation, la télé-visite du délégué médical

Dr Jean-Pierre Usdin

15 juin 2020

France -- Depuis quelques mois déjà, nous suivons les pérégrinations (physiques et intellectuelles) de Max, cardiologue à la retraite, mais toujours très actif, exerçant en cabinet et en centre de santé à Paris. Dans cet épisode, il nous narre, à l’ère du Covid, son expérience de la télé-visite avec un délégué médical.

Mettre de la distance avec les délégués médicaux

Consultation par vidéo, téléphone, la télémédecine fait l’objet d’articles et d’encouragements dithyrambiques. On voit même apparaître depuis peu des recommandations sur la façon de conduire l’entretien [1]. Pris par l’engouement déclenché par l’épidémie de Covid-19, Max a suivi le mouvement !

Cependant, selon le principe des vases communicants, la levée du confinement a de nouveau empli son cabinet pour des « consultations physiques » au détriment des plages dédiées aux téléconsultations. Mais quitte à répondre par l’affirmative aux représentants des laboratoires pharmaceutiques, tout en préservant du temps pour ses patients, pourquoi ne pas proposer ce mode de communication aux…délégués médicaux.

Mal à l’aise

Max s’est souvent senti mal à l’aise, hésitant entre l’attitude béni-oui-oui et la contradiction vis-à-vis des délégué(e)s médicaux, autrefois appelé(e)s visiteuse(eurs) médicaux, ou plus familièrement « les labos ». Naguère bras armés des laboratoires pharmaceutiques auprès des médecins (autrefois cajolés par ces derniers), la profession a souffert des mesures prises contre les conflits d’intérêts.

Pour Max, cette visite médicale se déroule selon un rituel bien établi, c’est probablement la même chose chez ses confrères. Dans la salle d’attente, bénéficiant ou non d’un rendez-vous, les délégués médicaux attendent, attendent... Parfois chanceux, ils réussissent à se glisser dans le cabinet entre deux patients, informant Max en quelques secondes, du dernier rebondissement thérapeutique de la molécule qu’ils défendent. Parfois moins heureux, mais toujours souriants, relégués en fin de consultation, ils ou elles grappillent quelques minutes « d’inattention ».

Pour rompre avec cette habitude, préservez son temps et réserver à ses patients les rendez-vous en « présentiel », Max a proposé au délégué l’entrevue par internet tôt un matin [2]. Celui-ci veut en effet lui présenter un produit dans une nouvelle indication avalisée par une remarquable étude randomisée.

Images subliminales ou non

Une fois la connexion établie, Max voit son propre visage, témoin de son attention dans l’encart vidéo, il s’auto-surveille ! Le délégué, visiblement chez lui, est détendu. Après quelques mots de généralités, c’est le défilé des diapositives, images subliminales ou non destinées à la promotion de cette nouvelle indication thérapeutique. Les différences significatives en faveur du fameux produit sont répétées, ponctuées par l’apparition sur l’écran du visage expressif de l’orateur.

Rien de nouveau, pourtant si ! A un moment entre deux diapos, dans le confort du chez-soi et oubliant la caméra, Max voit tout à coup l’intervenant – oh surprise – allumer une cigarette et boire son café. L’entretien se poursuit, dépasse les dix minutes allouées. Si la télé-visite est un gain de temps pour le délégué, ce n’est pas le cas pour Max. Las ! ce sont les patients qui vont attendre. Il faut conclure et vite.

Sous l’œil redoutable de la caméra

Auparavant, ils ont échangé leurs impressions. Le « télé-délégué médical » évoque une certaine frustration : il préfère le réel face à face l’échange direct, dit-il, visiblement peu préoccupé, voire non conscient de son attitude décontractée, dévoilée par l’intrusion de la caméra. Alors que Max lui fait alors remarquer qu’il a jugé son attitude peu conventionnelle, ce dernier quelque peu gêné lui confie qu’il avait totalement oublié la présence indiscrète de la caméra, s’excusant d’un laisser-aller bien involontaire.

Max se souviendra de cette entrevue, non pas tant pour le produit promu que par l’œil redoutable de la caméra ! Face à elle, surtout dans la quiétude du domicile, il faut garder une posture concentrée, attentive, contenir ses gestes ! Recommandation de classe 1 niveau C du manuel du téléconsultant : « souriez, vous êtes filmé ».

 

 

 

 

 

 

 

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