Augmentation des cas de COVID : doit-on s’inquiéter pour la rentrée ?

Pr Jean-François Toussaint, Dr Walid Amara

Auteurs et déclarations

24 août 2020

Enregistré le 18 août 2020

Les données épidémiologiques actuelles doivent-elles inquiéter ? Peut-on désormais envisager une saisonnalité du SARS-CoV-2 ? Quid du port du masque en extérieur ? Le point avec le Pr Jean-François Toussaint.

TRANSCRIPTION

Walid Amara — Bonjour, je suis Walid Amara et j’ai le grand plaisir de recevoir Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université de Paris et directeur de l’IRMES (Institut de Recherche bioMédicale et d'Epidémiologie du Sport). Nous allons parler de COVID-19 et rentrée. Durant ce mois d’août, toutes les infos ont insisté sur le nombre de cas positifs qui augmente quotidiennement en France ou en Europe, sans augmentation des hospitalisations ni des décès — en tout cas, dans mon hôpital je n’ai pas vu arriver la vague que j’avais vue au mois de mars. Jean-François Toussaint, doit-on s’inquiéter à la rentrée ?

Jean-François Toussaint — Le point important est de voir comment évolue cette épidémie et cette phase de l’épidémie. Vous avez raison de souligner qu’il existe une discordance absolue, actuellement, entre la dangerosité du virus, qui se traduit par un nombre de décès extrêmement faible (c’est-à-dire 100 fois moins important que les 1400 décès que nous avions connus le 7 avril) et en même temps, une augmentation du nombre de cas positifs qui, comme nous le voyons chaque jour, concerne essentiellement des sujets asymptomatiques et principalement des sujets jeunes. Ils viennent se faire dépister, sans signes, dans des spots qui sont mis à disposition, par exemple sur les quais de Seine ou dans d’autres dispositifs, et qui sont destinés à regarder beaucoup plus la question épidémiologique de la diffusion du virus que d’en voir la dangerosité. La dangerosité est mesurée par le nombre d’hospitalisations, qui diminue de 85 %, par le nombre de sujets en réanimation, qui a diminué de 90 % et surtout par le nombre de décès qui, comme je vous l’ai dit, a diminué de 99 % —, et ceci dans tous les pays européens.

Vers une saisonnalité du virus ?

Walid Amara — Je sais qu’il est difficile de faire des prédictions, mais on sait bien que les coronavirus ont une saisonnalité, donc, d’après ce que j’ai compris, on s’attend à ce que, comme tout virus ayant cette saisonnalité, il y ait une augmentation du nombre de cas. Est-ce que vous vous risqueriez à une prédiction sur l’hiver à venir ?

Jean-François Toussaint — Les prédictions, comme vous le savez, est un sujet extrêmement difficile, surtout en ce qui concerne l’avenir, disait le philosophe… Mais ce que l’on peut voir par rapport aux scénarios qui ont été proposés au printemps — il y en avait quatre, maintenant il n’en reste plus que deux :

  • celui de l’extinction du virus, comme cela a été le cas du SARS-1 en 2003, sans qu’on n’en comprenne vraiment la raison si ce n’est celle, potentiellement, d’une adaptation de notre espèce à la dangerosité de ce virus – et il est donc là question d’immunité cellulaire par les cellules T à mémoire, d’immunité croisée, et il est question aussi d’un grand nombre d’options qui ne sont pas toutes encore connues, et pas seulement celle de la séropositivité qui est très insuffisante à décrire l’état immunitaire d’une population.

  • celui d’une diminution de la dangerosité de ce virus qui n’est pas encore certaine, puisqu’on voit par ailleurs que continue dans l’hémisphère Sud, au Brésil, au Pérou, en Argentine, une augmentation du nombre de cas, mais surtout du nombre de décès. On voit un effet qui est dépendant des conditions environnementales, qui est donc dépendant du contexte à l’extérieur, et qui signe la possibilité d’une saisonnalité. Mais comme nous n’avons pas fait le tour de la question — le virus a beau circuler depuis plus d’un an maintenant en Chine et depuis neuf mois dans le monde (cela a commencé en septembre / octobre / novembre) — il sera nécessaire de voir la totalité de ce cycle pour commencer à pouvoir imaginer ce que sont les conditions d’une saisonnalité.

Pour l’instant, rien n’est sûr, mais il reste ces deux scénarios : celui d’un retour possible, et  cela dépendra du vivier, donc des cibles potentielles et des vulnérabilités des personnes âgées en Europe, et celui d’une extinction, et cela on ne le saura qu’à l’horizon de la fin de l’année 2020.

Les masques en milieux extérieurs ?

Walid Amara — On voit la généralisation des masques dans les lieux publics. Autant en intérieur, par exemple dans les postes de soins, je trouve que c’est tout à fait normal de porter le masque dans cette période. Que pensez-vous de cette généralisation dans l’espace public, dans les espaces extérieurs ? C’est peut-être un sujet un peu polémique, mais je serais intéressé d’avoir votre avis.

Jean-François Toussaint — Oui. Vous avez raison de le souligner. C’est un point important que de le voir et d’en voir l’utilité. Un masque chirurgical est fait pour une intervention chirurgicale — on en connaît l’importance. On le sait aussi pour les malades fragiles que nous prenons en charge au décours de cette phase pandémique à l’hôpital, qu’il s’agisse de personnes avec des facteurs de risque cardiovasculaire, avec des syndromes métaboliques, avec une obésité ou une grande sédentarité. Tous ces patients qui vont suivre une réhabilitation importante, notamment par l’activité physique, seront prévenus et l’aggravation pourrait être limitée par l’utilisation des masques. En revanche, on n’a aucune publication, donc aucun argument scientifique, qui permette d’imaginer l’utilité de ces masques en milieu extérieur, en plein été, dans une phase de fin de pandémie comme nous la connaissons actuellement. Il faut bien voir que nous ne sommes plus dans la phase active, très létale, du mois de février, mars et avril. Nous sommes actuellement, pour tous les pays européens et tous ceux dont la statistique et le relevé des données sont les plus fiables, dans une phase qui n’a aucune démonstration scientifique de l’intérêt de cette utilisation du masque en milieu extérieur. Et les contaminations qui se font par les aérosols, qui sont la seule justification politique actuelle, ne permettent pas de savoir si cette utilisation-là, qui est essentiellement une mesure de précaution, sera autre chose que du mimétisme social.

Walid Amara — Merci Jean-François Toussaint. Je trouve que vos propos sont plutôt rassurants pour la rentrée. Bonne fin de vacances à ceux qui sont encore en vacances. Bonne reprise à tous.

 

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