Ségur de la santé: quel impact pour les médecins hospitaliers?

Dr Simon Cattan, Dr Walid Amara

Auteurs et déclarations

3 août 2020

COLLABORATION EDITORIALE

Medscape &

Que va changer le Ségur de la santé pour les hospitaliers ? Quels sont les points à retenir et quelle sera la mobilisation à la rentrée ? Interview du Dr Simon Cattan, président de la CME à Montfermeil et membre du bureau de la Conférence des présidents de CME.

TRANSCRIPTION

Walid Amara — Bonjour et bienvenue dans cette discussion vidéo consacrée au Ségur de la santé, avec le Dr Simon Cattan, ancien président du Collège National des Cardiologues Hospitaliers (CNCH), président de la Commission médicale d'établissement (CME) à Montfermeil et membre du bureau de la Conférence des présidents de CME. Tout d’abord, parlons de la crise de l’hôpital public : depuis combien de temps existe-elle et quelles en sont les raisons ?

La crise l’hôpital public : 10 ans que ça dure

Simon Cattan — Bonjour Walid, bonjour à tous. La crise de l’hôpital public remonte à plusieurs années. Elle n’est pas aiguë, elle a précédé la COVID et depuis de nombreuses années, notamment depuis un à deux ans, il y a un désespoir, une énorme crise, à l’hôpital public. Les raisons sont nombreuses. Depuis plus de 10 ans, il y a des problèmes de démographie médicale, de rémunération et de perte de sens du métier de médecin. Et depuis de nombreuses années, la mise en place de la T2A. Au début, la T2A, il faut le reconnaître, nous a permis de mieux organiser, d’augmenter la productivité, de mieux travailler, mais on est arrivé à une perte de sens parce que les directeurs nous disaient « augmentez l’activité » et l’année d’après, en augmentant l’activité, on avait les tarifs des GHS qui baissaient. Donc on nous demandait de « pédaler » de plus en plus vite chaque année et on s’est retrouvé en stade 4 […] ; il y avait eu une perte de sens par rapport à notre métier de soignants. La crise s’est accentuée après la COVID et c’est un peu ce qui a déclenché le mouvement du Ségur de la santé.

Ségur de la santé 2020 : les points clés à retenir

Walid Amara — Peux-tu résumer ce qui a été annoncé ? Quels sont les points clés que chaque médecin doit savoir, par exemple dans la transformation des métiers… ?

Simon Cattan — Quatre piliers ont été annoncés au niveau du Ségur la santé :

  1. la transformation et la revalorisation des métiers de la santé est le premier pilier annoncé, et qui nous a intéressé au point de vue de la rémunération,

  2. le deuxième était de définir une politique d’investissement et de financement du haut service de la qualité des soins,

  3. puis simplifier les organisations,

  4. et enfin fédérer les activités de santé au niveau du territoire, dont on parle de plus en plus — le « territoire » de santé étant le mot à la mode.

Walid Amara — Va-t-on revaloriser les salaires ?

Simon Cattan — On va revaloriser les salaires, effectivement. Il y a eu des annonces qui ont été très importantes au niveau du personnel soignant, du personnel infirmier ― car on le sait, cela a été dit, le personnel infirmier était vraiment un des derniers au niveau des pays de l’OCDE, il y avait une différence de rémunération de l’ordre de 300€. Les syndicats n’ont pas obtenu les 300€ pour être dans la moyenne, mais à peu près 180€. On est souvent en panne d’infirmiers, et surtout d’infirmiers spécialisés, c’est-à-dire les manips radio, les IBODE, les IADE, donc tous ces infirmiers qui sont surspécialisés. Il y a vraiment une pénurie au niveau de l’hôpital public…

Walid Amara — Et au niveau des salaires des médecins ?

Simon Cattan — Concernant les salaires des médecins, il y a une grande déception pour les syndicats hospitaliers et la conférence des présidents de CME. Il faut d’abord se rappeler que ce n’est qu’un rattrapage de ce qui s’est passé depuis 10 ans. En effet, pendant 10 ans, les salaires de la fonction publique hospitalière ont augmenté de 1,7%, tandis que l’inflation a augmenté de 7%, le SMIC a augmenté de 15% et le BNC des libéraux spécialistes a augmenté de 11%. Donc la rémunération qui a été annoncée, qui est de l’ordre de 450 millions d’euros, ne fait que rattraper la perte de pouvoir d’achat qu’avaient subie les médecins hospitaliers. Donc il y avait plusieurs critères :

  • la prime d’indemnité de service public exclusif pour ceux qui n’ont pas d’activité libérale — elle a été conséquente, à peu près 1000€ par mois,

  • la revalorisation des salaires de PH de moyen et de fin de carrière,

  • mais la grande déception des syndicats, c’est l’absence de revalorisation de la permanence des soins.

La permanence des soins est extrêmement mal rémunérée à l’hôpital public, (19€ de l’heure). Et là, tout ce qui avait été demandé n’a quasiment pas été accepté. La pénibilité est un facteur de manque d’attractivité, et la garde, surtout qu’on est en période de pénurie de médecins. Donc rien n’a été obtenu à ce niveau-là et j’espère que l’année prochaine, il y aura des choses qui vont pouvoir avancer.

Walid Amara — Malgré tout cela, il restera un delta, entre le public et le privé…

Simon Cattan — Oui, malgré tout, avec tout ce qui s’est passé, il y a encore un différentiel de rémunération et de pénibilité entre l’hôpital public et l’activité libérale… Ce différentiel a toujours existé, mais il est là extrêmement important. Il est important qu’on puisse continuer les négociations et une évaluation. Je crois que le Haut comité d’orientation de l’Assurance Maladie (HCAM) va faire une enquête sur la permanence des soins et sur la rémunération des médecins.

Quid des nouveaux investissements ?

Walid Amara — Va-t-il y avoir de nouveaux investissements ? Va-t-on rénover, investir ?

Simon Cattan – L’enveloppe qui a été donnée est de l’ordre de 19 milliards d’euros. Il y a en fait 13 milliards d’euros qui correspondent à un remboursement partiel de la dette des hôpitaux, qui est « une dette cachée » puisque les hôpitaux ont emprunté pour investir et ils n’étaient pas en capacité de rembourser. Et il y a 6 milliards d’euros sur les investissements nouveaux, qui sont ciblés sur l’investissement immobilier. Pour tout ce qui a été fait ces dernières années, les hôpitaux ont eu du mal à investir. On a des taux d’obsolescence en matériel et d’obsolescences immobilières qui sont extrêmement importants. Je ne suis pas certain que les 6 milliards d’euros vont pouvoir permettre de rattraper l’investissement. Grosso modo, on dit qu’il faut à peu près 8% de l’activité valorisée du budget d’un hôpital pour pouvoir investir, et sur les 10 dernières années, globalement, les hôpitaux investissaient entre 2 et 4% de leur budget. Donc actuellement, les gros investissements, notamment immobiliers, sont lourdement pénalisés.

Quelle mobilisation pour la rentrée ?

Walid Amara — Quelle va être votre mobilisation, à la rentrée, pour essayer d’influer sur les décisions à venir ?

Simon Cattan — Nous allons être très vigilants. Je pense que nous allons continuer à faire du lobbying, à être très prudents sur les annonces et voir comment elles vont se décliner. Il y a d’autres annonces qui ont moins d’impact sur le plan du financement ; en termes de réorganisation, on revient à la place du service. Tu sais que je suis très attaché aux services. Cela fait des années qu’on veut supprimer les services entre les pôles, les fédérations, les départements, mais le service est la clé de voûte et l’unité majeure dans le fonctionnement. Donc on revient sur le service, sur son fonctionnement et ses budgets, et on demande une nette amélioration, notamment sur les délégations tâches et sur les infirmières de pratiques avancées. Il faut savoir qu’actuellement une infirmière de pratiques avancées qui a fait un master 2, a une rémunération supplémentaire de 70€ par rapport à une infirmière standard. Donc là aussi, on a une problématique : soit on augmente la démographie des cardiologues ou des médecins en général, soit on augmente la délégation tâches et les infirmières de pratiques avancées.

Nous serons donc effectivement très vigilants. La conférence des présidents de CME a fait un communiqué de presse et nous attendons la rentrée pour voir les annonces et pour pouvoir continuer d’être très vigilants.

Walid Amara — Merci Simon Cattan pour cette intervention. Je pense qu’il y a quand même des côtés positifs dans ce Ségur de la santé, mais il y a également des côtés négatifs et j’ai noté, notamment, la rémunération dans les gardes… On a toujours du mal à faire prendre des gardes... Bon, à suivre. On ne lâchera rien. Merci à tous ! Merci Simon !

Simon Cattan – Merci Walid et merci à Medscape de nous avoir invités pour faire le point sur le Ségur de la santé. Effectivement, il y a le verre à moitié plein et le verre à moitié vide. Merci à tous.

Discussion enregistrée le 23 juillet 2020

Direction éditoriale : Véronique Duqueroy

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