Reprise (éventuelle) de l’épidémie COVID-19 : quel serait le scénario ?

Stéphanie Lavaud

9 juin 2020

France – Bien que la deuxième vague tant redoutée semble avoir été évitée, que se passerait-il si l’épidémie de Covid-19 devait reprendre de plus belle, dans les semaines ou les mois à venir ? Pour répondre à cette question, le Conseil scientifique a élaboré dans son dernier rapport en date du 2 juin 4 scénarios possibles qui visent à réduire la mortalité et l’engorgement des structures hospitalières mais dont le maître-mot est éviter un re-confinement, situation envisagée en tout dernier recours et qui serait considérée désormais comme un « échec » [1].

Dans cet avis n°7, le Conseil scientifique affirme qu’un nouveau confinement généralisé n’est pas souhaitable ni probablement acceptable considérant les enjeux sanitaires, sociaux et économiques. « Il est donc essentiel de tout faire pour éviter une telle situation d’échec » peut-on lire.

Chiffres de la DGS en date du 8 juin

En France, dimanche 7 juin, SOS médecins a réalisé 186 interventions pour suspicion de COVID-19, soit 2, 5 % de l’activité totale. Les services d’urgence ont noté 139 passages pour ce même motif, soit 0,5 % de l’activité totale.

12 315 personnes sont hospitalisées pour une infection COVID-19 (vs 14 288 il y a une semaine le 01/06) et 145 nouvelles admissions ont été enregistrées en 24 heures (vs 89 le 01/06). 1 024 malades atteints d’une forme sévère de COVID-19 sont hospitalisés en réanimation (vs 1 302 le 01/06). 23 nouveaux cas graves ont été admis en réanimation (vs 9 le 01/06). Le solde reste négatif en réanimation, avec 70 malades de COVID-19 en moins par rapport à vendredi. 4 régions (Ile de France, Grand-Est, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France) regroupent 75 % des patients hospitalisés en réanimation.

A ce stade, une épidémie contrôlée

« Deux semaines après la sortie du confinement, il est encore un peu tôt pour avoir une vision stabilisée sur l’évolution de la situation sanitaire mais on peut considérer que le niveau de circulation du virus est limité avec une situation contrôlée » écrivent les membres du Conseil scientifique.

« On peut dire que raisonnablement l’épidémie est contrôlée, confirmait le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique au micro de France Inter. Le virus continue à circuler, notamment dans certaines régions, il circule à une petite vitesse. On avait 80 000 nouveaux cas par jour, maintenant on a 1000 cas à peu près ».

Dans son rôle de préparer la France à la suite de l’épidémie et d’en diminuer les conséquences, le Conseil scientifique a établi 4 scénarios probables prenant en compte la situation actuelle et les connaissances acquises depuis le début de l’épidémie.

Scenario 1 : une épidémie sous contrôle

Scenario 2 : un ou des clusters critiques signes d’une reprise locale de l’épidémie

Scenario 3 : une reprise diffuse et à bas bruit de l’épidémie

Scenario 4 : l’épidémie atteint un stade critique

Prudent, le Conseil scientifique tient toutefois à préciser, qu’à ce stade, « aucun élément scientifique n’indique que l’évolution de l’épidémie suivra un schéma allant d’un scénario à un autre ». Echaudé par l’épisode du cluster de Mulhouse, les experts indiquent que « chacun des scénarios peut survenir à n’importe quel moment de l’évolution de la pandémie ».

Bien sûr, les autorités doivent être prêtes à répondre à chacune des éventualités.

Nouveau : l’avis des Français pourrait être sollicité sur ces différentes options. On rappellera que le confinement et ses modalités a été contesté et que des pays européens ont fait d’autres choix. Par conséquent, étant donné que ces scénarios peuvent être « source de tensions générationnelles, géographiques, ou encore populationnelles », le Conseil scientifique considère que l’information des citoyens sur ces différents scénarios est essentielle pour qu’ils les comprennent, qu’ils s’en emparent et qu’ils en deviennent les acteurs.

Détaillons ces 4 scénarios :

Scenario 1 : une épidémie sous contrôle

Le premier scénario envisagé est celui d’une épidémie sous contrôle au vu des indicateurs disponibles, associée à l’occurrence de clusters localisés pouvant être maitrisés. C’est le plus favorable et aussi le « plus probable de la situation sanitaire à venir dans les prochaines semaines et mois » écrit le Conseil scientifique. C'est la situation que nous connaissons et qui a pu être « favorisée par la réduction habituellement observée en été (zone Europe) de la circulation des virus respiratoires ».

Le virus reste cependant présent et ce scenario – tel qu’actuellement – nécessite un maintien des mesures de lutte contre l’épidémie.

Dans ce scénario, 2 mesures nécessitent d’être maintenues à leur niveau actuel :

· Le maintien strict des mesures barrière et des mesures de contrôle dans la population générale.

· La stratégie TESTER-TRACER-ISOLER ou tracing (comme nous la connaissons aujourd'hui) est activée. « Un nombre insuffisant signifierait une baisse de la vigilance qui serait préjudiciable au contrôle de l’épidémie » justifie le Conseil scientifique.

Ces 2 mesures doivent être appliquées sur l’ensemble du territoire.

 

Scenario 2 : un ou des clusters critiques signes d’une reprise locale de l’épidémie

Ce scenario, plus défavorable, « verrait apparaître des clusters critiques, laissant craindre une perte de contrôle des chaînes de contamination, et partant du contrôle de l’épidémie elle-même ». Pour le Conseil scientifique, c’est un « scénario probable dans les semaines qui viennent » compte tenu de ce qui a été constaté en Allemagne et dans certains pays d’Asie.

Il exige des mesures strictes, précoces et localisées, afin d’éviter une perte de contrôle plus large de l’épidémie.

Dans ce cas, les gestes barrières seraient renforcés, de même que la stratégie « TESTER-TRACER-ISOLER ». Par exemple, la pratique des tests ne pourrait alors plus se limiter aux cas symptomatiques des populations dans le périmètre du cluster.

S’y ajouterait une démarche proactive envers les populations précaires, en particulier si un cluster devait les concerner. Dans cette situation, un confinement localisé devrait être envisagé suffisamment tôt afin de contrôler la circulation du virus et de limiter le nombre de cas exportés à partir du cluster critique identifié. Mais, comme précisé, ce confinement serait « localisé » consistant « principalement à limiter la circulation des individus résidant dans le territoire identifié, de renforcer de façon importante les mesures barrière dans ce territoire tout en maintenant une activité à l’exclusion de celle des lieux de convivialité ». Une réponse qui se ferait donc dans un périmètre limité et en prenant en compte la densité de la population à l’épicentre de l’épidémie.

Scenario 3 : une reprise diffuse et à bas bruit de l’épidémie

Le scénario 3 est celui d’une reprise progressive et à bas bruit de l’épidémie, plus difficile à identifier. Clairement, il ferait « basculer la gestion de l’épidémie d’une situation contrôlée à une situation beaucoup plus problématique et exigeante » considère le Conseil scientifique qui ajoute que « si les indicateurs se dégradaient sans que les chaînes de contamination puissent être identifiées, ni a fortiori contrôlées », cela exigerait des « mesures strictes ainsi que l’activation rapide de plans de protection renforcée ».

Néanmoins, comme le Conseil scientifique considère qu’un nouveau confinement généralisé n’est « ni souhaitable ni faisable pour des raisons d’enjeux sanitaires, sociétaux et économiques ». Du coup, le scénario 3 prend en compte « cette nouvelle vision et propose des mesures ciblées pour certains groupes populationnels ou zones géographiques afin de maintenir un niveau acceptable d’activité sociale et économique » précise le rapport.

Dans le cadre de ce changement d’approche, il propose d’élaborer puis d’activer les mesures du plan de prévention et de protection renforcé Plan P2R-COVID (voir encadré).

Dans le scénario 3, une attention particulière serait portée sur la région Ile-de-France et sur la grande précarité.

Scenario 4 : l’épidémie atteint un stade critique

La survenue du scénario 4, « c’est-à-dire celui conduisant à un confinement, correspondrait à un échec de la lutte contre l’épidémie » écrit le conseil scientifique. Ce dernier scénario correspond en effet à une dégradation critique des indicateurs qui traduirait une perte du contrôle de l’épidémie avec un nombre de cas qui ne cesse d’augmenter.

Arriverait alors le « moment critique » qui exigerait des décisions difficiles. L’une d’elle serait de choisir entre un « confinement national généralisé, permettant de minimiser la mortalité directe, et d’autres objectifs collectifs, économiques et sociaux », lesquels seraient susceptibles de s’accompagner d’une importante mortalité directe.

« Ce scénario 4 doit absolument être évité mais il ne peut être éliminé d’où l’importance d’anticiper » conclut le conseil scientifique.

Plan P2R-COVID

Ce plan se décline en 7 composantes :

· Un protocole de renforcement des mesures barrière et des mesures de distanciation physique dans la population générale

· Un protocole de renforcement du TESTER-TRACER-ISOLER

· Un protocole de confinement-protection renforcé des personnes à risque de formes graves

· Un protocole de protection des EHPAD

· Un protocole à destination des populations en situation de grande précarité

· Un protocole « Grandes métropoles »

· Un protocole de préparation hospitalière

 

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