Deux grandes revues rétractent des études sur l’hydroxychloroquine et les antihypertenseurs dans le COVID-19

Marcia Frellick

Auteurs et déclarations

5 juin 2020

Etats-Unis – Coup sur coup, deux revues médicales de renom ont annoncé le retrait de deux études en lien avec le Covid-19 s’appuyant sur des données fournies par une société américaine, Surgisphere Corp dont l’intégrité est désormais questionnée.

Le Lancet a annoncé hier le retrait l’étude très controversée qui suggérait que l’hydroxychloroquine, associée ou non à l’azithromycine, augmentait la mortalité et les arythmies cardiaques chez les patients hospitalisés pour Covid-19[1]. Pour rappel, la publication de ces résultats a mené à l’arrêt temporaire de plusieurs études sur l’HCQ dans le monde et à l’arrêt de l’utilisation de la molécule en France. Quelques heures plus tard, le New England Journal of Medicine a annoncé qu'il avait retiré un deuxième article qui concluait que la prise de traitements antihypertenseurs n’avait pas d’influence sur la sévérité du Covid-19 [2]. Les deux études ont en commun, certains de leurs auteurs, dont le fondateur de la société Surgisphere Corp, le Dr Sapan Desai.

L'article du Lancet, intitulé « Hydroxychloroquine or chloroquine with or without a macrolide for treatment of COVID-19: a multinational registry analysis » a été initialement publié en ligne le 22 mai. L'article du NEJM, « Cardiovascular Disease, Drug Therapy, and Mortality in Covid-19 » a été initialement publié le 1er mai.

Dans une lettre en date du 4 juin, trois des quatre auteurs de l'article du Lancet, les Drs Mandeep R. Mehra, Frank Ruschitzka, et Amit N. Patel du Brigham and Women's Hospital à Boston, Etats-Unis, justifient leur demande de retrait de l’étude suite aux questionnements sur l'intégrité des données et la façon dont l'analyse a été menée par Surgisphere Corp (a priori la société avait recueilli les données médicales de 96 000 patients dans 671 hôpitaux sur six continents).

L’étude du Lancet avait notamment été remise en question dans une lettre ouverte, signée par plus de 200 scientifiques, professionnels de l’éthique et cliniciens publiée le 28 mai.

Pas d’accès aux données brutes

Après qu’ont été révélées un certain nombre d’erreurs méthodologiques, les trois auteurs ont demandé un examen indépendant des données par une tierce partie pour évaluer l'intégrité des données et reproduire les analyses de l'article.

«Nos pairs examinateurs indépendants nous ont informés que Surgisphere ne transfèrerait pas l'ensemble des données, les contrats clients et le rapport d'audit ISO complet à leurs serveurs pour analyse, car un tel transfert violerait les accords avec les clients et les exigences de confidentialité », écrivent les auteurs.

Par conséquent, les examinateurs n'ont pas été en mesure de procéder à l'examen et ont avisé les auteurs qu'ils se retireraient du processus d'examen par les pairs. Les trois auteurs ont donc demandé que l’étude soit rétractée.

Dans leur lettre, ils indiquent : « Nous ne devons jamais oublier la responsabilité que nous avons en tant que chercheurs de veiller scrupuleusement à nous fier à des sources de données qui répondent aux plus hauts standards. L’évolution de la situation, ne nous permet pas de garantir la fiabilité des sources de données.

« Nous sommes tous entrés dans cette collaboration pour contribuer de bonne foi […]. Nous nous excusons profondément auprès de vous, les éditeurs et du lectorat de la revue […] », ajoutent-t-ils.

De son côté, le Lancet a déclaré dans un communiqué: « Le Lancet prend les questions d'intégrité scientifique très au sérieux, et il y a de nombreuses questions en suspens sur Surgisphere et les données qui auraient été incluses dans cette étude. Suivant les directives du Comité d'éthique de la publication (COPE) et du Comité Internationnal des éditeurs de revues médicales (ICMJE), il est urgent de procéder à des examens institutionnels des collaborations de recherche de Surgisphere. »

Dans une note similaire, quoique plus brève, les auteurs ont demandé que le New England Journal of Medicine retire également l'article publié le 1er mai. « Parce que tous les auteurs n'ont pas été autorisés à accéder aux données brutes et que les données brutes n'ont pas pu être mises à la disposition d'un auditeur tiers, nous ne sommes pas en mesure de valider les principales sources de données de notre article « Cardiovascular Disease, Drug Therapy, and Mortality in Covid-19 », indique l’avis de rétractation.

« Nous demandons donc que l'article soit retiré. Nous nous excusons auprès des éditeurs et des lecteurs du Journal pour les difficultés que cela a occasionnées. »

Ces deux rétractations posent la question des bénéfices réels que l’on peut attendre de la course aux essais et des processus d’examen par les pairs accélérés mis en place dans le contexte de la pandémie de COVID.

Cet article est une adaptation de l’article “Two Journals Retract Studies on HCQ, Heart Disease in COVID-19” publié sur medscape.com.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....