Hydroxychloroquine en prévention du COVID-19 : un nouvel essai très critiqué

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

5 juin 2020

Etats-Unis, Canada – Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient d’autoriser la reprise des essais cliniques avec l'hydroxychloroquine (HCQ) et que l'article du Lancet est rétracté par trois de ses auteurs, une nouvelle étude randomisée, en double aveugle et contre placebo, réalisée cette fois en prévention, sème à nouveau la confusion sur l’intérêt potentiel de cette molécule dans le Covid-19.

Dans ce nouvel essai publié dans le New England Journal of Medicine[1], l’HCQ administrée en prévention ne diminue pas le risque d'infection « compatible avec un Covid-19 » chez les personnes ayant été en contact avec des individus « possiblement » atteints de Covid-19.

De nouvelles données que l'éditorialiste, Myron S. Cohen (Institute for Global Heath and Infectious Diseases, Université de Caroline du Nord à Chapel Hill), juge au final « plus provocantes que concluantes » [2]. Faut-il s'attendre à ce que cet article subisse le même sort que celui du Lancet ?

821 participants asymptomatiques recrutés via les réseaux sociaux

L'essai mené par le Dr David R. Boulware de l'Université du Minnesota à Minneapolis, et coll. a inclus 821 participants asymptomatiques provenant de plusieurs sites aux États-Unis et au Canada. Ces derniers ont été recrutés principalement via les réseaux sociaux et les données analysées sont pratiquement toutes fournies par les participants eux-mêmes.

Les participants étaient des adultes ayant déclaré avoir été exposés à une personne Covid+ à une distance de moins de deux mètres pendant plus de 10 minutes à la maison ou au travail.

Dans les 4 jours suivant l'exposition, les participants ont été randomisés pour recevoir soit un placebo soit de l’HCQ (800 mg une fois, suivi de 600 mg 6 à 8 heures après, puis 600 mg par jour pendant 4 jours supplémentaires, soit des doses assez élevées). Le critère principal de l'essai était l'incidence de Covid-19 confirmée en laboratoire ou d'une maladie avec des symptômes compatibles avec le Covid-19 dans les 14 jours.

La maladie confirmée par PCR chez moins de 3 % d’entre eux

Dans l'ensemble, 719 des 821 participants (87,6%) ont signalé une exposition à haut risque à une personne avec un diagnostic de Covid-19 confirmé, définie comme une exposition sans porter ni masque ni protection oculaire.

Parmi ces 719 personnes, 107 (13 %) ont développé une maladie ayant des symptômes compatibles avec un Covid-19 mais la maladie a été confirmée par PCR chez moins de 3 % d’entre eux.

Il en ressort que l'incidence de nouveaux cas de COVID-19 n’a pas différé significativement entre ceux ayant reçu l’HCQ (49 sur 414; 11,8%) et ceux qui ont reçu un placebo (58 sur 407; 14,3%); la différence absolue était de −2,4 % (intervalle de confiance à 95%, −7,0 à 2,2; p = 0,35).

En revanche, les effets secondaires étaient plus fréquents dans le groupe HCQ vs placebo (40,1% vs 16,8%), bien qu'aucun effet indésirable grave n'ait été signalé. La toxicité cardiaque n’a pas été évaluée.

Des biais méthodologiques problématiques

Dans un éditorial accompagnant l’article [2], le Dr Myron S. Cohen (Institute for Global Heath and Infectious Diseases, Université de Caroline du Nord à Chapel Hill), note que d’après le site clinicaltrials.gov, au 1er juin, 203 essais évaluant l'hydroxychloroquine dans le Covid-19, dont 60 de prévention étaient en cours.

Ce dernier pose la question : « Ces nouvelles données de Boulware et coll. doivent-elles remettre en question ces essais en cours ou prévus ? « 

 
Les nouvelles données de Boulware et coll. sont plus provocantes que concluantes. Dr Myron S. Cohen
 

En raison des problèmes méthodologiques liés à l'essai – dont beaucoup ont été identifiés par les chercheurs eux-mêmes – l’éditorialiste conclut que « les nouvelles données de Boulware et coll. sont plus provocantes que concluantes ».

Il note que la méthodologie de l’essai ne permet pas d’être sûr que les participants ont été exposés au SRAS-CoV-2, et ne fournit pas la confirmation en laboratoire que les symptômes rapportés sont bien associés à un COVID.

L’éditorialiste souligne que les symptômes rapportés par les participants étaient peu spécifiques, et qu’il était donc difficile de savoir avec certitude combien de participants étaient effectivement atteints de Covid-19. Aussi, l’observance aux traitements notamment dans le bras HCQ ne semble pas avoir été optimale.

 
L’inclusion de patients à risque plus élevé de Covid sévère, aurait plus mener à des résultats différents. Dr Myron S. Cohen
 

Il ajoute que les participants étaient jeunes, avec un âge médian de 40 ans, et qu’ils avaient donc moins de comorbidités que les personnes plus susceptibles de développer un Covid-19 sévère, donc « l’inclusion de patients à risque plus élevé de Covid sévère, aurait plus mener à des résultats différents ».

Enfin, dans l'essai, le long délai entre la perception de l'exposition au SARS-CoV-2 et l’initiation du traitement par hydroxychloroquine (≥3 jours chez la plupart des participants) suggère que ce qui était évalué était la prévention des symptômes ou de la progression de Covid-19, plutôt que la prévention d'une infection par le SARS-CoV-2, indique encore l’éditorialiste.

 « Les avantages potentiels de l'hydroxychloroquine en prévention restent à déterminer », conclut le Dr Cohen.

 
Les avantages potentiels de l'hydroxychloroquine en prévention restent à déterminer. Dr Myron S. Cohen
 

Boulware et ses collègues rapportent des liens d'intérêts potentiels avec Rising Pharmaceuticals. Le Dr Cohen rapporte des liens d’intérêt avec Gilead et Merck.

 

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