POINT DE VUE

Mesurer la pression artérielle au cabinet et en ambulatoire

Pr Ph Gabriel Steg

Auteurs et déclarations

9 juin 2020

Le blog du Pr Gabriel Steg – Cardiologue

TRANSCRIPTION

Gabriel Steg — Bonjour. Aujourd’hui je voudrais vous parler d’un sujet assez pratique qui sont les objectifs tensionnels dans l’hypertension artérielle traitée par médicaments. Il y a beaucoup de débats sur quels sont les objectifs qu’on doit se donner, mais globalement, en Europe, le consensus est assez simple : on considère qu’une hypertension artérielle traitée par des médicaments est contrôlée si, lors de la mesure au cabinet médical, les chiffres de systolique sont inférieurs à 140, de diastolique inférieurs à 90 et que ceci est confirmé par une mesure ambulatoire, de préférence une mesure par MAPA qui retrouve une systolique inférieure à 130 et une diastolique inférieures à 80. Ça, c’est le cas de figure idéale. Il y a aussi l’hypertension artérielle non contrôlée où il y a à la fois une pression artérielle élevée au cabinet médical – systolique supérieure ou égale à 140, diastolique supérieure ou égale à 90 et une pression artérielle ambulatoire également élevées, mesurée supérieure ou égale à 130 pour la systolique est supérieure ou égale à 80 pour la diastolique.

Et puis il y a deux formes un peu différentes dont je voudrais vous entretenir : une que vous connaissez bien, qui est l’hypertension artérielle à la blouse blanche où la pression artérielle et considérée élevée au cabinet médical, mais normale en automesure tensionnelle en ambulatoire. On attribue généralement cette hypertension à la blouse blanche à l’émotion, le stress de la consultation et on sait que plus on répète les mesures, plus cette élévation artificielle des chiffres de pression artérielle, surtout les chiffres de pression systolique, vont avoir tendance à s’amenuiser, à s’amoindrir, voire à disparaître. Alors, c’est évidemment important de reconnaître l’hypertension « à la blouse blanche » parce qu’un traitement agressif qui viserait à normaliser à tout prix les chiffres tensionnels lors de la consultation au cabinet médical pourrait se traduire, en ambulatoire, par des effets secondaires notables liés à une hypotension excessive.

Et puis il y a également ce qu’on appelle l’hypertension artérielle masquée, celle où, au contraire, les chiffres mesurés au cabinet médical sont dans les clous – systolique inférieure à 140, diastolique inférieure à 90, mais, par contre, la mesure ambulatoire n’est pas satisfaisante avec soit l’élévation de la systolique, soit l’élévation de la diastolique. C’est fréquemment observé chez les sujets plutôt plus jeunes et une étude récente d’un groupe célèbre, le groupe de Giuseppe Mancia a examiné la reproductibilité de l’hypertension masquée, celle qui est présente en ambulatoire, mais pas au cabinet médical et de l’hypertension à la blouse blanche, celle qui est présente au cabinet médical, mais pas en ambulatoire. Ce qu’on observe c’est qu’en fait les deux types de pseudo-hypertension ou d’hypertension de ce type-là sont assez peu reproductibles et que plus on répète les mesures, plus on a tendance à régresser vers la moyenne, ce qui est classique dans des mesures à forte variabilité comme les mesures la pression artérielle. Ce que ça nous explique, également, c’est que — on le savait déjà depuis longtemps — la répétition des mesures et la conjonction des mesures au cabinet médical et en ambulatoire sont essentielles.

On comprend assez instinctivement pourquoi il peut y avoir une hypertension à la blouse blanche. Il est moins clair pourquoi il peut y avoir une hypertension artérielle masquée. Une première explication assez tentante, c’est de se dire que les patients ne prennent pas régulièrement leur traitement et qu’ils ont tendance à le prendre soit juste avant de venir à la consultation soit, même, parfois, au moment où ils viennent à la consultation médicale et des études avec des piluliers électroniques ont bien montré ce type de comportement. Néanmoins, cela ne rend pas compte entièrement de l’hypertension artérielle masquée et beaucoup de travaux physiopathologiques sont encore en cours pour mieux comprendre cette hypertension artérielle. Ce qui est certain pour le praticien, c’est qu’on ne peut plus se contenter seulement de mesurer le contrôle tensionnel au cabinet médical de même qu’on ne peut plus faire le diagnostic de l’hypertension artérielle seulement au cabinet médical. Il faut conjuguer la mesure de la pression artérielle au cabinet médical et en ambulatoire. Les Anglo-Saxons aiment beaucoup la mesure ambulatoire de la pression artérielle, les Français ont une bonne expérience de l’automesure, à condition d’utiliser une méthodologie bien reproductible, bien expliquée au patient et des appareils validés. Ce sont des efforts qui sont, finalement, modestes au regard des récompenses, tant pour le patient que pour le médecin. À bientôt.

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