Cancer du poumon muté EGFR: impact majeur de l’osimertinib sur le risque de récidive

Neil Osterwell

2 juin 2020

Etats-Unis — Dans le traitement du cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) de stade IB, II ou IIIA présentant des mutations activatrices de l’EGFR (EGFRm), une thérapie adjuvante post-opératoire par l’inhibiteur de tyrosine-kinase de dernière génération osimertinib (Tagrisso®, AstraZeneca) a permis de réduire de près de 80% le risque de récidive ou de décès, selon l’essai de phase 3 ADAURA. Les résultats ont été présentés lors du congrès virtuel de l’ASCO 2020[1].

L’essai randomisé a évalué la thérapie ciblée contre placebo après une résection complète d’un cancer du poumon localisé ou localement avancé avec une marge chirurgicale négative. Il a été interrompu de manière prématurée sur les recommandations du comité indépendant de surveillance en raison du bénéfice constaté dans le bras osimertinib.

Une thérapie adjuvante post-opératoire par osimertinib a permis de réduire de près de 80% le risque de récidive ou de décès.

« Ces résultats apportent la preuve du bénéfice de l’osimertinib à un stade précoce de la maladie en traitement adjuvant pour des patients sélectionnés. Cela devrait certainement changer notre manière de prendre en charge ces patients après chirurgie », a souligné le Dr Tina Cascone (MD Anderson Cancer Center, Houston, Etats-Unis), invitée à commenter l’étude, lors d’un point presse en ligne.

« Encadrer les opérations chirurgicales par ces inhibiteurs de troisième génération de la tyrosine kinase ciblant l’EGFR, qui sont très puissants, semble démontrer qu’on peut massivement guérir les patients. C’est un résultat exceptionnel », a commenté de son côté, le Dr Jean-Pierre Delord (directeur du Centre de lutte contre le cancer Claudius Regaud à l’IUCT-Oncopole, Toulouse), auprès de Medscape édition française.

Traitement du CBNPC localement avancé ou métastatique

On estime que 30% des patients atteints d’un CBNPC sont candidats à une chirurgie lors du diagnostic, mais le taux de récidive à cinq ans après opération et chimiothérapie adjuvante standard reste élevé. Il est de 45% pour les tumeurs de grade IB, 62% pour celles de grade II et 76% en cas de tumeurs de grade III, a précisé l’auteur principal de l’étude, le Dr Roy Herbst (Yale Cancer Center and Smilow Cancer Center, New Haven, Etats-Unis), lors du point presse.

L’osimertinib est un inhibiteur de la tyrosine-kinase (ITK) de troisième génération ciblant les récepteurs du facteur de croissance épidermique (EGFR) avec des mutations activatrices (en majorité des mutations L858R) associées ou non à une mutation de résistance aux ITK de première génération (mutation T790M). Il est indiqué en première ligne dans le traitement du CBNPC localement avancé ou métastatique.

Quid des stades précoces ?

Ce médicament étant efficace et bien toléré dans le traitement de stades avancés de ce cancer, le Dr Herbst et son équipe ont voulu vérifier si un bénéfice pouvait également s’observer avec des stades plus précoces de la maladie. Pour cela, ils ont mené une étude internationale de phase 3, randomisée en double aveugle, à laquelle ont participé des centres des Etats-Unis, d’Europe, d’Asie et d’Australie.

Au total, ils ont inclus 682 patients ayant eu une résection complète d’un CBNPC de stade IB, II ou IIIA, avec ou sans chimiothérapie adjuvante. Ils ont été répartis en différents groupes, en fonction du stade du cancer, de l’origine (asiatique ou non) ou du type de mutation activatrice de l’EGFR (EGFRm). Deux-tiers des patients avaient un cancer de grade II ou IIIA.

Survie sans récidive à 2 ans : 90% des patients

Dans chaque groupe, les patients ont été randomisés pour recevoir quotidiennement 80 mg d’osimertinib par voie orale ou un placebo. Lorsque le comité de surveillance a recommandé d’interrompre l’essai en raison du bénéfice observé avec le médicament, les patients avaient été suivis pendant au moins un an. L'étude était prévue pour durer au maximum trois ans.

En considérant l’ensemble des patients, les résultats montrent une diminution du risque de récidive ou de décès de 79% chez les patients sous osimertinib, comparativement au groupe contrôle. Chez les patients opérés pour un cancer de grade II ou IIIA, ce risque est réduit de 83%.

En ce qui concerne la survie sans récidive à deux ans, elle concerne 89% des patients prenant l’inhibiteur de tyrosine-kinase, contre 53% dans le groupe placebo. Dans le cas des cancers localement avancés (II ou IIIA), on observe un taux de survie sans récidive à deux ans de 90%, contre 44% dans le groupe sous placebo.

La survie médiane sans récidive, critère principal d’évaluation dans cette étude, n’a pas pu être déterminée dans le groupe osimertinib, en raison de l’interruption précoce de l’étude. Elle atteint 28,1 mois dans le groupe placebo en prenant l’ensemble des patients. De même, la survie globale n’a pas pu être évaluée.

Changement de pratique

Le traitement était bien toléré et le profil de sécurité est apparu similaire à ce qui a été précédemment observé dans les études cliniques évaluant ce médicament, a précisé le Dr Herbst. Aucun événement indésirable entrainant un décès n’a été rapporté dans les groupes sous osimertinib. Les effets indésirables de grade 3 ou plus ont concerné 10% des patients prenant le médicament.

Dans le bras osimertinib, 3% des patients (n=10) ont développé une maladie pulmonaire interstitielle, tandis que 7% (n=22) ont présenté un allongement de l’intervalle QT, contre 1% (n=4) dans le groupe placebo.

« Les résultats montrent qu’un traitement adjuvant par osimertinib s’avère très efficace et devrait apporter un changement de pratique dans la prise en charge des patients atteints d’un CBNPC de grade IB, II ou IIIA après résection complète de la tumeur », a conclu le Dr Herbst.

« Ce sont des résultats que nous n'avons pas vu en cancérologie depuis probablement le début de la chimiothérapie. C'est énorme. Nous ne savons pas ce que cela donnera sur la survie globale mais on peut imaginer qu'il y aura un effet », a commenté pour sa part le Pr Frédérique Penault-Llorca (Vice-présidente Unicancer – Directrice générale du Centre Jean Perrin de Clermont-Ferrand) lors d'un point presse Unicancer.

 

L’essai a été financé par AstraZeneca.

Le Dr Herbst a déclaré des liens d’intérêt avec plusieurs compagnies dont AstraZeneca.

Le Dr Cascone a également des liens d’interêt avec AstraZeneca.

 

 

 

Cet article a été publié initialement sur medscape.com sous l’intitulé: « Adjuvant Osimertinib Extends DFS in Localized NSCLC », adapté par Vincent Richeux.

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....