Stages, PACES…Quand l’organisation des études de santé doit s’adapter à l’épisode épidémique

Philippe Anaton

27 mai 2020

France – Report de stage, simplification des épreuves de certains concours…  La situation épidémique vécue par la France a eu un impact fort sur l’organisation des études de santé.

Les ECN entre les 6 et 10 juillet 2020

Jusqu'à la dernière minute, le suspens était à son comble : le stage d'hiver des internes en médecine, qui avait déjà été prolongé d'un mois, allait-il se terminer début juillet ? Il a fallu attendre une ultime réunion le 22 avril dernier, entre les associations étudiantes et le ministère de la Santé, pour connaitre le dénouement : après avoir été allongé d'un mois, le semestre d'hiver prendrait fin à la fin du mois de mai et celui d'été commencerait (enfin) le 2 juin, rapporte l’Intersyndicale Nationale des Internes (Isni).

Le bouleversement du calendrier des études de santé est l'une des conséquences de l'épidémie de Sars-CoV-2, et pas des moindres. Outre le report d'un mois du stage des internes, mobilisés pour la plupart dans les unités Covid-19, les pouvoirs publics ont dû revoir le calendrier de la totalité des concours en études de santé. Ainsi les épreuves de Paces seront organisées cette année la troisième semaine du mois de juin, tandis que les épreuves classantes nationales (ECN) se tiendront entre les 6 et 10 juillet selon « des modalités logistiques spécifiques qui seront prochainement détaillées ». Les ECNi, par ailleurs, sont maintenues une année de plus, « et concerneront les étudiants entrant en première année du Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Médicales en 2020 ».

Paces réduit à un QCM à Toulouse et Marseille

Mais, si les épreuves de Paces ne semblent pas bouleversées outre mesure, dans certaines régions, les étudiants sont loin d’être serein. Ainsi, le 7 mai dernier, un groupe d'étudiants en santé de Toulouse (31) diffusait un communiqué témoignant de leur inquiétude ; ils y rappelaient que, du fait du confinement, leurs cours se sont arrêtés le 12 mars, « et la continuité pédagogique n’a logiquement pas pu être mise en place ». Ce confinement a créé des conditions de travail particulièrement inégalitaires : « absence d’accès au bibliothèques universitaires (refuge pour un grand nombre d’entre nous), exposition à des situations familiales parfois difficiles, nuisances sonores, concentration difficile ». Mais ils dénonçaient surtout que leurs épreuves se trouvent réduites à un simple QCM. En effet, sur décision des doyens des trois facultés de Toulouse (Purpan, Rangueil et Maraichers), les épreuves du second quadrimestre qui devaient originellement se dérouler sur deux journées ne dureront qu'une heure et quinze minutes. Qui plus est, le coefficient du concours de second quadrimestre sera le même que celui du concours de premier quadrimestre, ce qui parait totalement injuste aux yeux de ces étudiants : « Une potentielle pondération de ces notes par rapport à celles du concours du 1er quadrimestre pourrait se justifier mais ce n’est même pas envisagé. Nous allons jouer notre année sur une épreuve de 1h15. » Et d'ajouter : « Il n’est pas concevable que notre avenir se joue sur un coup de dé ».

Les facultés de Toulouse ne sont pas les seules à être concernées. À Marseille (13) également, les épreuves de second trimestre ont été réduites à un simple QCM. Alerté de la situation de ces étudiants toulousains à la suite de la diffusion d'un reportage sur France 3, le doyen de la faculté de Rangueil a informé, dans un droit de réponse publié sur France 3, que « la gestion en toute sécurité du flux des 900 étudiants par jour sur le site du parc des expositions de Toulouse, a quant à elle imposé la réduction de la durée des épreuves. Nous sommes actuellement dans l’attente de la réponse du ministère à une demande de modifications des coefficients du second semestre, écourté par le confinement. »

Auto-répartition des stages à Tours

Ailleurs à Tours (37), c'est l'organisation même du choix des terrains de stage des internes qui a pâti de la situation épidémique. Dans un tweet rageur daté du 26 avril dernier, l'association des internes de Tours dénonçait une situation totalement ubuesque : « Le saviez-vous ?

En @RCValdeLoire ce sont les internes bénévoles qui assurent leur propre répartition des stages pour le semestre à venir! »

Pour compléter la répartition des terrains de stages des internes, l'Agence régionale de santé (ARS) Centre Val de Loire a en effet adressé fin avril à l'association des internes de Tours les tableaux et les listes d'appel, afin qu'ils les complètent eux-mêmes. L'ARS a invoqué, comme pour justifier cette situation, la situation épidémique actuelle et les mesures de confinement alors à l'œuvre, empêchant la réunion de répartition en amphithéâtre. Les internes de Tours reprochent surtout aux ARS de ne pas avoir fourni de moyens logistiques permettant de dématérialiser et d'automatiser ces procédures de choix. Résultat, les internes tourangeaux ont dû bricoler avec des réunions Zoom et des tableaux Excel un mode de répartition des internes sur leurs terrains de stage. Le même schéma « auto-répartition » des stages s’est déroulé à Marseille, et à Poitiers (86).

À Paris (75), en revanche, l'ARS Ile-de-France avait procédé à une dématérialisation du choix des internes. Mais cela n'a pas empêché un gros cafouillage dans le calendrier de choix de stage. L'Isni a même déposé un référé pour la prise en compte de l'ancienneté de certains internes ayant effectué une année de recherche, référé rejeté par le tribunal administratif de Paris. Mais il est difficile de savoir si ces embrouillaminis franciliens sont à mettre sur le compte du Covid-19...

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....