Mortalité et immunité collective : les effets paradoxaux du confinement

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

25 mai 2020

Paris, France — En France, à la date du 11 mai 2020 marquant la fin du confinement, entre 2 et 5 millions de personnes ont été contaminées par le SARS-CoV-2, selon une étude de l’institut Pasteur, publiée dans Science[1]. Les résultats suggèrent ainsi un taux d’immunisation de la population française compris entre 3 et 7%, largement insuffisant pour éviter une seconde vague de contamination.

 
Un taux d’immunisation de la population française compris entre 3 et 7%, largement insuffisant pour éviter une seconde vague.
 

L’analyse montre également que la faible immunisation de la population est directement liée au confinement, qui a eu « un impact majeur » sur la transmission du virus, selon les auteurs. Le R0, qui correspond au nombre moyen de personnes infectées par cas est passé de 2,90 à 0,67 pendant le confinement, ce qui signifie une baisse de 77% de la reproduction du SARS-CoV-2.

« Dans un contexte de grande incertitude, ces analyses de modélisation permettent de mieux comprendre cette épidémie et l’impact du confinement sur la propagation de SARS-CoV-2 », explique Simon Cauchemez, responsable de l’unité modélisation mathématique des maladies infectieuses à l’Institut Pasteur. 

Un total de 95 200 hospitalisations

En se basant sur une modélisation mathématique et statistique, l’équipe dirigé par Simon Cauchemez a tenté de reconstruire l’évolution de l’épidémie en France à partir d’une analyse détaillée des hospitalisations et des décès par COVID-19, ainsi que des résultats d’enquêtes épidémiologiques. L’étude a été menée en collaboration avec Santé publique France et l’Inserm.

Début mai, 95 200 hospitalisations liées à une infection par le SARS-CoV-2 et près de 16 400 décès à l’hôpital ont été recensés en France, essentiellement en région parisienne et dans les régions de l’Est du pays. L’âge moyen des personnes infectées hospitalisées était de 68 ans, avec une légère majorité d’hommes (56%).

Concernant les décès à l’hôpital, ils sont survenus à un âge moyen de 79 ans et concernaient des hommes dans 60% des cas. Plus de 80% des décès ont touché des patients âgés de plus de 70 ans.

Ces données ne concernent que les infections les plus sévères. Pour avoir une évaluation plus large, les chercheurs les ont complétées avec des données d’enquêtes épidémiologiques, dont celle menée à bord du navire de croisière « Diamond Princess », où plus de 3 000 passagers ont été testés.

Taux de mortalité à 0,7%

Les résultats montrent que le risque d’hospitalisation en France est de 3,6% chez les personnes infectées par le SARS-CoV-2, tandis que le taux de mortalité s’élève à 0,7%. Chez les hommes de plus de 80 ans, la mortalité monte à 17%. Comparativement aux femmes, les hommes hospitalisés ont 60% de risque en plus d’être admis en soins intensifs, tandis qu’ils ont un risque de décès accru de 47%.

Le 11 mai, entre 3 et 7% de la population a été infectée, selon l’estimation. En Ile-de-France, cette proportion est de 7 à 16%, tandis que dans la région Grand Est, le taux d’infection serait compris entre 6% et 15%. « Ce niveau d’immunité de la population apparait insuffisant pour éviter une seconde vague d’infection », soulignent les auteurs.

En considérant un R0 proche de 3, observé avant le confinement, il faudrait un taux d’infection à 65% au sein de la population pour obtenir le bénéfice d’une immunité de groupe et contrôler la circulation du virus, précisent les chercheurs, qui appellent à maintenir les efforts pour limiter les contaminations. « Sans vaccin, l’immunité de groupe ne suffira pas à elle seule pour éviter une seconde vague ».

3 900 infections quotidiennes en post-confinement

Leur analyse permet également de mesurer l’impact « majeur » du confinement sur l’épidémie. Les chercheurs estiment qu’entre 150 000 et 390 000 infections par le SARS-CoV-2 se produisaient quotidiennement avant le confinement. Leur modélisation montre que le 11 mai, à la sortie du confinement, une moyenne de 3 900 infections surviendrait chaque jour en France.

Au niveau national, les admissions quotidiennes à l’hôpital pour aggravation des symptômes sont passées de 3 600 à 357 sur la même période, avec des baisses constantes observées dans toute la France. Les entrées quotidiennes en soins intensifs sont, quant à elles, passées de 700 fin mars à 66 le 7 mai 2020.

 
Les entrées quotidiennes en soins intensifs sont...passées de 700 fin mars à 66 le 7 mai 2020.
 

Les auteurs précisent que leur analyse ne tient pas compte de la dynamique de transmission du virus survenue dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), non représentative de la population générale. L’étude n’a donc pas inclus la mortalité observée dans ces établissements, où on estime que plus de 9 000 résidents sont décédés de l’infection.

Les chercheurs soulignent que leurs résultats ne seraient pas modifiés en tenant compte des décès hors hôpital. Néanmoins, si ces décès s’avèrent plus élevés que prévu, la part de la population infectée serait sous-évaluée, précisent-ils, ce qui impliquerait de mener une nouvelle évaluation.

 

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