Olivier Véran annonce un « Ségur de la santé » : les réactions sont prudentes

Philippe Anaton

18 mai 2020

France -- Dans la foulée de l’intervention d’Emmanuel Macron, le ministre de la santé, a accordé une interview au Journal du Dimanche, confirmant un « Ségur de la santé » pour refonder, entre autres, les rémunérations des personnels hospitaliers. Les réactions des principaux intéressés sont prudentes, pour ne pas dire, méfiantes.

Large concertation le 25 mai

Après que le président de la République a amorcé le dialogue sur les revendications de l’hôpital public en fin de semaine dernière, à travers notamment une rencontre avec 2 représentants du Collectif Inter-Hôpitaux et une visite à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris, c’était au tour d’Olivier Véran, ministre de la santé, de prendre la suite et de s’atteler à la déclinaison des propositions d’Emmanuel Macron.

Dans un entretien exclusif au Journal du dimanche , le ministre de la Santé a annoncé le début d’une large concertation sur la revalorisation entre autres des salaires des personnels hospitaliers. Dénommé « Ségur de la santé », cette concertation devrait réunir autour de la même table le 25 mai prochain les syndicats ainsi que les collectifs hospitaliers (notamment le Collectif Inter-Hôpitaux et le Collectif Inter Urgences).

D’emblée, Olivier Véran annonce la couleur : « Nous allons augmenter les rémunérations, travailler sur un plan d’investissement ambitieux et enclencher une transformation profonde de tout ce qui ne tire pas l’hôpital vers le haut. » Au chapitre des salaires, le ministre de la Santé a annoncé une négociation en suivant quatre points : l’augmentation des salaires, l’assouplissement du régime des heures supplémentaires, la valorisation du travail collectif, et la montée en compétence. Pour illustrer le dernier point, Olivier Véran a évoqué le cas de « médecins qui exercent des missions de formation ou de recherche et qui doivent être reconnues ». De même une infirmière qui décrocherait un doctorat doit connaitre une évolution salariale, ce qui pour l’heure n’est pas le cas.

Augmenter le salaire des personnels infirmiers

Plus spécifiquement, en ce qui concerne le salaire des infirmières, le ministre a annoncé qu’il souhaitait qu’il atteigne la moyenne des salaires des infirmiers dans l’OCDE, à savoir 44 000 euros par an. Actuellement les salaires des infirmières françaises sont en deçà de cette moyenne de 6000 euros. Il a également assuré qu’il allait accélérer la sortie de la T2A (paiement à l’acte), et vouloir présenter son plan cet été, pour que les principales mesures soient prises en compte dans le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2021. 

Peu de réactions

Peu de réactions ont pour le moment suivi les déclarations d’Olivier Véran. Christophe Prudhomme, porte-parole de l’association des médecins urgentistes de France (Amuf) y a vu une remise en cause des 35 heures. « On a l’impression que le ministre de la Santé nous fait du Sarkozy : travailler plus pour gagner plus !! », affirmait-il hier sur BFM TV.

Du côté du Collectif inter-hôpitaux, on semblait plus serein. « Le cabinet nous a assuré que la hausse de la rémunération et l’assouplissement du régime des heures supplémentaires étaient deux réformes distinctes. Cependant nous ne sommes pas dupes et nous allons suivre cela de très près », expliquait le Dr Anne Gervais

Seule la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) semble enthousiaste à l’annonce des mesures annoncées par Olivier Véran. « La FHP salue l’ambition affichée de prendre en compte les besoins des professionnels du soin confrontés depuis plusieurs années aux restrictions budgétaires », commence-t-il dans un communiqué. Et de poursuivre : « Nos professionnels de santé ont fait preuve d’un dévouement exceptionnel dans la lutte contre le virus mais on ne peut pas reprendre comme avant. Un choc d’attractivité est indispensable dans les établissements de santé. » 

Maintenir la pression

La CGT Santé action sociale a, quant à elle, décidé de maintenir la pression sur le gouvernement, en organisant des « mardis de la colère », en proposant un mois revendicatif du 19 mai au 16 juin, ponctué par une journée d’action et de mobilisation hebdomadaire les mardis. En point d’orgue, la CGT santé action sociale appelle le 16 juin à l’organisation d’une journée nationale et intersyndicale estimant que les leçons de la crise n’ont pas été tirées. 

Il faut dire que les hospitaliers, forts de leur gestion de la crise, et après avoir été largement applaudis et remerciés, comptent bien maintenir la pression sur le gouvernement de façon à ce que les revendications émises avant la pandémie ne soient pas lettres mortes. Jeudi dernier, ils organisaient une manifestation devant l’hôpital parisien Robert Debré. « Hôpital public, pas de retour à l’anormal » pouvait-on lire notamment sur les pancartes.

Pas question en effet de prendre le risque de retourner au monde d’avant. Le professeur Agnès Hartemann, l’un des porte-paroles du Collectif inter hôpitaux avait par ailleurs évoqué la crainte d’un retour à une gestion purement comptable de l’hôpital, en post-covid. « On voit réapparaitre de vieux réflexes de la direction gestionnaire, on a nouveau des tableaux Excel, on nous calcule notre activité en mars/avril, on nous pointe qu’elle est en négatif » dénonçait-elle dans une vidéo début mai.

« Les médailles on n'en veut pas »

Les annonces de restructuration et de revalorisation feront-elles oublier l’épisode des médailles, très mal accueilli par les principaux concernés. Dans un communiqué, le collectif inter-urgences a dit tout le mal qu’il pensait de cette initiative et dans un tweet, il fait savoir : « Les médailles on n'en veut pas. On veut un changement de paradigme dans la gestion et la gouvernance de notre système de santé, et une revalorisation de nos carrières et de nos métiers, pour garantir une stabilité des personnels et la fluidité et qualité des parcours de soins. »

Espérons que c’est bien ce changement de paradigme qu’Olivier Véran a nommé du terme très éculé et démodé de « Ségur de la santé »… 

 

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