Emmanuel Macron reçoit 2 représentants du CIH et fait des promesses

Stéphanie Lavaud

15 mai 2020

Paris, France – Sans tambour, ni trompette, le président Emmanuel Macron a reçu ce vendredi matin les Drs Anne Gervais et François Salachas, deux représentants du Collectif Inter Hôpitaux 5CIH) qui se bat, depuis désormais plusieurs mois, pour ne pas dire années, pour une réforme de l’hôpital public. Lors de cette rencontre en petit comité, le Président de la République aurait reconnu avoir sous-estimé les problèmes et annoncé un changement de cap abandonnant la logique financière pour privilégier « dorénavant les objectifs de santé publique ». Et des promesses auraient été faites, notamment sur la revalorisation des salaires.

Faut-il y croire ? Le Président est-il en train de se ré-inventer et de ré-inventer par la même l’hôpital public, dont il a pu constater l’efficacité sur le terrain après l’épisode du Covid ? A en croire les premières réactions au communiqué du CIH, la métamorphose laisse tant soit peu dubitatifs les principaux intéressés.

Le Collectif a maintenu la pression

Plusieurs mois déjà que les revendications concernant l’hôpital public se sont cristallisées autour de l’abandon de la gestion du payement à l’acte telle que pratiquée actuellement, la revalorisation du salaire des soignants et le retour de l’autonomie du corps médical dans les décisions touchant à l’hôpital.

Elles ont constamment pris de l’ampleur, avec en point d’orgue une manifestation très suivie en novembre dernier et l’annonce des démissions administratives de 1200 chefs de service en janvier. Stoppées net par la crise du Covid-19 – qui a vu chacun assurer sa part de travail et bien plus –, ces revendications repartent à la hausse à mesure que l’urgence provoquée par le coronavirus dans les services hospitaliers diminue. Et depuis quelques semaines, les représentants de l'hôpital public entendent remettre la pression sur le Président de la République et le gouvernement pour que les leçons de la crise épidémique soient entendues et l'hôpital public réformé (Lire Hôpital public : après les paroles, le Collectif inter-hôpitaux veut des actes).

On se souvient, le 27 février dernier, du face à face poignant entre le Président de la République et le Dr François Salachas, neurologue à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, saisi par les caméras de télévision, une séquence qui avait beaucoup tourné sur les réseaux sociaux ensuite. Emmanuel Macron y avait fait la promesse d’une rencontre pour aborder posément les problèmes rencontrés par l’hôpital public. Le rendez-vous a finalement eu lieu ce matin, en présence du Ministre de la Santé, Olivier Véran, et de Madame Armenteras, conseillère du Président de la République, apprend-on dans un communiqué du CIH.

Moment crucial

Que s’est-il dit ? Les deux représentants du CIH ont présenté au Président « l’historique du CIH, les demandes fondatrices du mouvement (effectifs et lits là où cela est nécessaire, rémunération réévaluées, Ondam à hauteur des besoins de santé publique, Gouvernance partagée) ».

Il faut dire que le moment est particulièrement bien choisi pour impulser un nouvel élan. Les deux médecins viennent devant Emmanuel Macron forts de la gestion de la crise, exemplaire malgré des tensions en personnels et en matériels, et peuvent tirer les leçons du Covid en s’appuyant sur les arguments qu’ils ont toujours défendus : « valeur et efficacité des équipes, soutien par l’administration avec le soin comme objectif et non l’équilibre budgétaire » (voir encadré). Le CIH parle d’ailleurs d’un moment « crucial pour refonder l’hôpital au sein d’un système de santé sous tendu par la santé publique ».

Pas de retour à « l’anormal » et demande « d’annonces fortes immédiates »

Du côté des revendications, la revalorisation des salaires des soignants, l’importance du « collectif » et l’argument du non-retour à « l’anormal », beaucoup entendu ces derniers temps, ont été portés à la connaissance du Président. Le CIH a ainsi demandé « des annonces fortes immédiates à commencer par des revalorisations salariales pour les personnels qui ne sauraient revenir à l’hôpital d’avant ». Ajoutant dans la foulée : « Les personnels sont la richesse de l’hôpital, leur mobilisation collective dans un objectif retrouvé de soin au service des patients, ne résistera pas au retour à « l’anormal ». Par ailleurs, « il a été rappelé la valeur première du terrain et de l’équipe de soins dans la construction de l’hôpital de demain ».

De son côté, le Président de la République a semble-t-il fait un début de mea culpa en reconnaissant « avoir sous-estimé les problèmes et l’urgence d’une traduction perceptible sur le terrain de la réforme « ma santé 2022 » qui n’est pas en mesure de répondre aux attentes ».

Plus surprenant, mais en accord avec ses déclaration sibyllines lors de ses déclarations télévisées, il a dit être sur la même longueur d’onde quant à la « vision de santé publique » et a annoncé un changement cap visant à abandonner la « logique financière » au profit des « objectifs de santé publique ».

Pour ce qui est du financement de l’hôpital public, une constante des revendications du CIH, Emmanuel Macron « a insisté sur la nécessité d’un investissement plus important que ce qu’il avait évalué auparavant » et a promis des annonces très rapides sur la revalorisation des salaires »  

Forts de la crise du Covid, qui « a démontré l’expertise et l’efficacité de l’hôpital quand les équipes sont écoutées, et que les budgets répondent aux besoins » (voir encadré), François Salachas et Anne Gervais disent avoir insisté pour obtenir « un pilotage reconnecté au terrain ».

Changement de cap ou non ?

Changement de ton et ré-inventions en vue du « monde d’après » ou belles promesses non suivies d’effet, difficile à dire. Les premières réactions sont méfiantes. Certains pourront regretter, à l’image du Dr Jean Scheffer, ancien chef de service au centre hospitalier d'Albi , que « le collectif n’ait été représenté que par deux universitaires et que ces derniers aient accepté de rencontrer le Président Macron, sans représentants des personnels (infirmières, aides-soignants), ainsi que des praticiens des hôpitaux généraux et psychiatriques et des usagers ». Quant au Pr Laurent Thines, neurochirurgien au CHU de Besançon, il invite à « ne pas se laisser endormir » en soulignant qu’« en pratique, les projets de restructuration et de suppression de lits et de personnels se poursuivent : Saint-Etienne, Caen, Nancy ? ». Il annonce même l’organisation une grande manif de soutien à l’hôpital le jeudi 28/05 à Besançon (si l’épidémie ne repart pas d’ici là, précise-t-il).

 

A l’hôpital, la crise sanitaire a changé la donne

Quand après avoir été infectée par le Covid, le Dr Hélène Gros a pu retourner dans le service en médecine interne et maladie infectieuse au Centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger qu’elle dirige à Aulnay-sous-Bois : « Les rapports entre les médecins et la direction avaient complètement changé » a-t-elle témoigné récemment dans une visioconférence organisée par le CIH. « Jamais plus je n'ai entendu le mot "impossible", tout ce que nous proposions à notre direction était pris en considération. Nous avons obtenu des équipes paramédicales renforcées jour et nuit, la présence de cadres de santé pour nous aider à nous organiser et le financement de lignes de garde supplémentaire. Nous avons pu prouver que, nous les médecins, étions capables de nous réorganiser en un temps record et qu'il suffisait de nous faire confiance ».

De son côté, Florence Pinsard, cadre de santé au Centre hospitalier de Pau a souligné que « cette crise nous a permis de retrouver ce que nous croyions définitivement perdu », avant d’ajouter « Nous avons vu un recentrage total sur les services orchestré par le terrain. Pour le monde d’après, nous voulons qu’on continue à nous faire confiance ». « Nous avons tous eu l'impression d'avoir été libérés et d'avoir retrouvé du sens à notre travail », a également confirmé la Pr Agnès Hartemann, cheffe du service de diabétologie de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris).

 

Crédit photo : Compte twitter Collage_HopitalPublic

 

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