Hépatite E transmise par le rat: un nouveau cas diagnostiqué à Hong Kong

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

18 mai 2020

Hong Kong, Chine — Les autorités sanitaires de Hong Kong ont rapporté un nouveau cas d’infection humaine par le virus de l’hépatite E du rat, portant à 11 le nombre de cas connus de transmission à l’homme de cette souche virale sensée se cantonner à l’animal. La voie de transmission n’a pas encore été identifiée.

« On ne pensait pas que la souche affectant les rats pouvait se transmettre à l’homme. Ceci dit, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir d’un point de vue sanitaire. Les cas restent très rares. Pour le moment, aucune infection de ce type n’a été détectée en Europe », a commenté, auprès de Medscape édition française, le Pr Jacques Izopet (CHU de Toulouse), directeur du Centre national de référence pour l’hépatite E.

 
Pour le moment, aucune infection de ce type n’a été détectée en Europe. Pr Jacques Izopet
 

Premier cas en 2018

Tous les cas actuellement connus ont été diagnostiqués dans la ville de Hong Kong. Le premier a été révélé en 2018. Il a été observé chez un homme de 56 ans, qui a développé une hépatite chronique peu après une greffe du foie. Le nouveau cas récemment dévoilé concerne un homme de 61 ans, qui présentait également les symptômes d’une hépatite chronique.

Quatre espèces et des génotypes

Le virus de l’hépatite E a été identifié pour la première fois à la fin des années 1980. On distingue désormais quatre espèces pour ce virus : les orthohépevirus A, B, C et D. Les souches A, elles-mêmes divisées en quatre génotypes, sont celles qui infectent habituellement les humains. Elles se retrouvent chez de nombreux mammifères.

Le porc est le principal réservoir des génotypes 3 et 4 qui circulent quasi exclusivement dans les pays industrialisés. Le mode de transmission le plus fréquent est alimentaire, par la consommation de produits contaminés, consommés crus ou peu cuits. Les génotypes 1 et 2, qui n’évoluent pas vers des formes chroniques, se cantonnent aux pays en voie de développement où le virus circule sous forme d’épidémie d’hépatites aiguës.

Le virus de l’hépatite E du rat est un orthohépevirus C, qui infecte également d’autres animaux comme le furet.  Les souches B se retrouvent chez les oiseaux, tandis que les orthohépevirus D infectent les chauves-souris. Des souches qui pourraient également se transmettre à l’homme ? « Ce n’est pas impossible », répond le Pr Izopet. « Avec l’hépatite E, on va de surprise en surprise ».

 
Avec l’hépatite E, on va de surprise en surprise. Pr Jacques Izopet
 

Depuis l’apparition du premier cas, plusieurs équipes de recherche de différents pays ont tenté d’évaluer la prévalence de cette infection virale dans la population générale. Dans une étude menée à Hong Kong, le Dr Siddharth Sridhar (université de Hong Kong) et ses collègues ont effectué un dépistage par recherche d’ARN viral sur 2 860 patients présentant une fonction hépatique anomale ou une immunodépression [1].

Le virus de l’hépatite E du rat a été détecté chez six patients présentant une hépatite, soit un taux d’infection de 0,27%. Un seul cas a été identifié chez les sujets immunodéprimés (0,15%). Ces hépatites E apparaissaient sous des formes plus légères que ce qui est observé avec les autres hépatites E affectant habituellement les humains, notent les auteurs.

Aliments ou eau souillés

En Europe, des équipes ont mené des études similaires, notamment en Allemagne. « Aucune de ces études n’a pu attester de la présence de ce virus chez l’homme dans les pays européens », a commenté le Pr Izopet, qui a également mené un dépistage en France qui s’est avéré négatif dans une petite cohorte de patients présentant les symptômes d’une hépatite.

Selon le virologue, d’autres travaux devront toutefois être conduits pour évaluer la prévalence de cette infection à plus large échelle, en plus d’une surveillance à mettre en place pour étudier la circulation du virus. « La transmission à l’homme étant plus difficile, il apparait peu probable que les cas soient nombreux en Europe. Du moins, la prévalence ne devrait pas être plus élevée que ce qui est observé en Asie ».

A Hong Kong, la source et voie de transmission n’ont pas été identifiées. La contamination peut se faire à travers des produits, des aliments ou de l’eau de boisson souillés par des excréments de rat. Dans le dernier cas recensé, l’enquête menée par les autorités souligne l’absence de rats dans l’environnement direct de l’homme infecté, ce qui laisse envisager une contamination par l’eau de boisson.

En attendant d’identifier le mode de contamination, les autorités de Hong Kong ont émis des recommandations à destination de la population pour réduire les risques d’infection. Elles préconisent notamment de veiller à bien désinfecter les zones où peuvent se trouver des rats, à se laver les mains avant de manger et à stocker la nourriture dans les endroits appropriés.

Hépatite répandue en France

L’étude des premières infections humaines par le virus de l’hépatite E du rat montre qu’ « elles ne semblent pas plus pathogènes que celles associées à la souche affectant habituellement l’homme », confirme le Pr Izopet. « On constate toutefois que la souche du rat peut également provoquer une hépatite chronique pouvant potentiellement évoluer vers une cirrhose ».

 
La souche du rat peut également provoquer une hépatite chronique pouvant potentielle-ment évoluer vers une cirrhose. Pr Jacques Izopet
 

Pour rappel, l’hépatite E est asymptomatique dans la grande majorité des cas et la guérison est habituelle chez les individus immunocompétents. Il existe, en revanche, un risque d’évolution vers un stade chronique lorsque l’infection survient chez un patient immunodéprimé, par exemple sous traitement anti-rejet après une greffe d’organe.

En France, après une hausse des dépistages initiée à partir de 2010, avec l’arrivée de tests diagnostique plus performants, l’infection par le virus de l’hépatite E s’est avérée beaucoup plus fréquente que prévu. Selon de récentes données, près d’un quart de la population française a été en contact avec ce virus, ce qui fait désormais de l’hépatite E la première cause d’hépatite aiguë virale en France.

Les formes chroniques sont traitées par ribavirine, en monothérapie pendant trois mois. « Le traitement est efficace chez 80% des patients », a rappelé le Pr Izopet, qui précise que la ribavirine s’est également montrée efficace dans le traitement des patients infectés par le virus transmis par le rat.

 

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