COVID-19 : le premier centre de lutte contre le cancer en Europe livre ses premières observations

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 mai 2020

France— Nous avons encore peu de retours sur la prévalence du Covid-19 chez les patients atteints de cancer, les facteurs de risque, l’impact des traitements anti-cancéreux sur le pronostic des patients ou le taux de mortalité lié à l’infection dans cette population.

Toutefois, à l’occasion d’une session plénière virtuelle intitulée « COVID-19 et cancer » du congrès de l’AACR (American Association for Cancer Research), le Pr Fabrice Barlési (directeur médical et directeur de la recherche clinique de Gustave Roussy, Villejuif) a présenté les premières données recueillies par le premier centre de lutte contre le cancer en Europe, le centre régional de lutte contre le cancer Gustave Roussy [1].

« Gustave Roussy a été fortement impacté comme les autres hôpitaux d’Ile-de-France dans la gestion de l’épidémie de Covid-19, voire plus pour ce qui est de la réanimation (voir encadré) », a rapporté le Pr Barlési [2].

12% d’infection Covid-19

Le directeur médical a communiqué quelques observations probablement représentatives de la situation en Ile-de-France, région durement touchée par l’épidémie.

Sur le terrain, les patients atteints de cancer avec suspicion d'infection par le SARS-CoV-2 ont été admis à Gustave Roussy à partir du 12 mars. Tous les patients Covid-19 testés positivement et gérés à Gustave Roussy entre le 14 mars (1er cas positif) et le 15 avril ont été inclus dans une base de données « redcap ». Le diagnostic d'infection au SARS-CoV-2 a été posé par RT-PCR ou scanner thoracique seul dans respectivement 93,4 % et 6,6 % des cas. Les caractéristiques sous-jacentes des cancers et la prise en charge de l’infection par Covid-19 ont été collectées.

 
le taux d’infection par le SARS-CoV-2 ne semble pas être plus élevé que dans la population générale
 

Au total, 7 251 patients atteints de cancer ont été pris en charge à Gustave Roussy au cours de cette période, dont 3 616 ont été hospitalisés. En tout 1 302 malades ont été testés. Parmi eux, 12 % étaient atteints de Covid-19, dont 137 atteints de cancer et 37 sans pathologie cancéreuse associée.

« Globalement, le taux d’infection par le SARS-CoV-2 dans la population de nos patients atteints de cancer ne semble pas être plus élevé que dans la population générale. Nous pensons que des tests adéquats et des mesures de protection, ainsi que le faible taux d'événements indésirables liés au traitement du SARS-Cov-2 (5,5 %), justifient une prise en charge optimale de la tumeur sous-jacente des patients atteints de cancer », analysent les chercheurs.

Quel pronostic ?

La majorité des patients ont été hospitalisés (75 %) et traités selon différentes options : hydroxychloroquine (HCQ) / azithromycine (AZI) (n=40 ; 30 %), inhibiteur de l'IL-6 (n=10), antiviral (n=6) ou corticoïdes (n=13).

Quinze patients ont été admis en unité de soins intensifs (11 %). Une aggravation clinique s'est produite chez 34 patients (24,8 %).

À la date d’analyse (20 avril 2020), 95 patients sortis du centre (69,3 %), 22 patients étaient toujours hospitalisés (16,1 %) et 20 patients étaient décédés (14,6 %) ce qui reste similaire, voire légèrement inférieur à la situation en Ile-de-France (18 %). Il ne semble donc pas y avoir de risque plus important de décès pour les malades de cancer pris en charge. Tous les décès ont été considérés comme liés à l'infection par le SARS-CoV-2.

Profil des patients COVID et facteurs de risque 

Parmi les 137 premiers patients atteints d’un cancer diagnostiqués avec le SARS-CoV-2, la plupart des cas étaient des femmes (58 %) avec un âge médian de 61 ans, dont 36 patients (26 %) d’au moins 70 ans.

Les cancers sous-jacents les plus fréquents étaient des tumeurs solides (115), notamment des tumeurs mammaires (n=23), gastrointestinales (n=18), de la tête et du cou (n=17), génito-urinaires (n=17), gynécologiques (n=17) ou des hémopathies (n=22).

Au diagnostic Covid-19, 79 patients (58 %) avaient un cancer métastatique / actif et 56 patients (41 %) étaient considérés en rémission ou sous traitement.

Concernant les facteurs de risque, alors que le sexe, l’âge, l’indice de masse corporelle, être fumeur ou avoir reçu un traitement par immunothérapie ou thérapie ciblée dans les 3 mois précédents l’infection ne semblent pas influencer le pronostic de la maladie, Gustave Roussy a pu mettre en exergue des facteurs de risque associés au COVID chez les patients atteints de cancer.

« Un mauvais état général, une pathologie hématologique et une chimiothérapie cytotoxique pour une maladie métastatique dans les 3 mois précédents l’infection au Covid-19, sont autant de facteurs associés à un risque de détérioration clinique (besoin en oxygène élevé ou décès) 2 à 3 fois plus élevé », a rapporté le Pr Barlési.

Aussi, dans une moindre mesure, il semble que les patients présentant un cancer hématologique – leucémie, malade de Hodgkin… – présentaient un risque accru de détérioration.

Concernant les autres traitements, les résultats pour la radiothérapie et la chirurgie ne sont pas disponibles car ils ont été adaptés ou repoussés pendant la période de confinement.

Les capacités de la réanimation augmentée de 250 % en quelques jours

Les capacités de réanimation du centre Gustave Roussy ont bondi de 250 % en quelques jours. Le service a pris en charge au total 37 patients atteints de Covid-19 dont 18 non atteints de cancer. 30 patients ont dû être intubés. Le taux de décès à ce jour (22 %) est très inférieur à ce qui est observé par ailleurs. 22 % des malades passés en réanimation sont retournés à domicile.

Retrouvez les dernières informations sur le COVID-19 dans le  Centre de ressource Medscape dédié au coronavirus
 

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