COVID-19 : faut-il craindre un risque de transmission avec les enfants?

Vincent Richeux

11 mai 2020

Paris, France — La réouverture des crèches et des écoles à la fin du confinement va-t-elle contribuer à relancer l’épidémie par le SARS-Cov2 ? Alors que cette mesure décidée par le gouvernement fait toujours débat, Santé publique France apporte un éclairage en amont en publiant un état des lieux de la littérature, notamment sur la question de la contagiosité des enfants [1].

Une ré-ouverture imminente qui suscite beaucoup d’inquiétudes

Le 13 avril 2020, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé une sortie du confinement à partir du 11 mai 2020, qui s’accompagnera de la réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées.

Cette réouverture désormais imminente des établissements scolaires ne fait pas l’unanimité et suscite beaucoup d’inquiétudes, notamment de la part des enseignants et des parents qui redoutent un risque accru de nouvelles contaminations pouvant affecter les enfants (Voir encadré). Qu’en est-il réellement ?

Santé publique France a publié un état des lieux de la littérature concernant l‘infection par le Covid-19 chez les moins de 18 ans. L’objectif est d’aider à « orienter les choix des décideurs et autorités publiques et leur modalité de mise en œuvre », en prenant en compte « la vulnérabilité sociale » induite chez certains par la fermeture des écoles.

Une réouverture sous tension

En France, le retour sur le chemin de l’école se fera sur « la base du volontariat » pour les écoles maternelles et élémentaires à partir du 11 mai, selon le ministère de l’Education nationale. Pour les collèges, l’ouverture débutera de manière progressive à partir du 18 mai, en commençant par les classes de 6ème et de 5ème. Pour les lycées, la décision sera prise en mai.

Il ne pourra pas y avoir plus de 15 élèves par classe. Du gel hydroalcoolique sera à disposition et les gestes barrières ainsi que la distanciation sociale seront vivement encouragées. Le port du masque est obligatoire pour les enseignants et les collégiens, mais « fortement déconseillé » pour les enfants de l’école maternelle et « non recommandé » en école élémentaire.

Plusieurs voix se sont élevées contre cette réouverture des classes. En début de semaine, dans une lettre ouverte au président de la République publiée dans La Tribune, l’association des maires d’Ile-de-France, dont fait partie la maire de Paris, Anne Hidalgo, ont dénoncé un déconfinement « à marche forcée » et  demandé de la repousser à une date ultérieure dans les départements classés en rouge.

D’autres maires de France, mais aussi des chefs d’établissements ont évoqué leurs craintes de voir les gestes barrières difficiles à faire appliquer dans le contexte scolaire et d’exposer ainsi les élèves et le personnel éducatif à un risque sanitaire. Certains redoutent également de faire l’objet de poursuites judiciaires en cas de contamination survenue au sein d’un établissement scolaire.

Des données encore limitées

« Les données disponibles concernant le Covid-19 chez l’enfant sont encore limitées », rappelle Santé Publique France. Néanmoins, elles à tendent à montrer que « les enfants semblent autant sujets à l’infection par le SARS-CoV-2 que les adultes ». En Chine, le taux d’infection chez les enfants de moins de 10 ans a été évalué à 7,4%, contre 7,9% en population générale.

Pourtant, depuis le début de l’épidémie, les plus jeunes semblent épargnés par l’infection. Les cas pédiatriques de Covid-19 représentent en effet moins de moins de 1,5% des cas en France. « Les enfants infectés présentent majoritairement des formes asymptomatiques ou peu graves », ce qui les amène à être sous-représentés à l’hôpital et donc moins susceptibles d’être testés, explique l’agence de santé publique.

Point rassurant : les formes graves et les décès restent exceptionnels chez les enfants. Aucun décès n’a été rapporté chez les moins de dix ans en Chine et en Corée du Sud, précise Santé publique France. Néanmoins, « les données françaises confirment que les formes graves semblent un peu plus fréquentes chez les très jeunes enfants ».

Entre le 1er mars et le 24 avril 2020, 141 enfants et adolescents de moins de 18 ans ont été hospitalisés pour une infection par le Covid-19, ce qui représente 0,16% des cas hospitalisés. Parmi eux, 27 ont été admis en réanimation et 5 sont décédés (2 enfants âgés de 3 à 5 ans et 3 adolescents).

La synthèse n’aborde pas les cas des enfants hospitalisés pour des réactions inflammatoires évoquant les symptômes de la maladie de Kawasaki, qui seraient en lien avec l’infection. Ces cas ont été rapportés après la rédaction de la synthèse. En Ile-de-France, 25 enfants présentant ces symptômes ont été testés positifs au Covid-19. Tous ont eu une évolution favorable après un passage en réanimation.

Point rassurant : les formes graves et les décès restent exceptionnels chez les enfants.

Un risque de transmission « mal connu »

S’il a été suggéré une capacité accrue chez les enfants à transmettre le virus, les voies aériennes supérieures étant plus fréquemment atteintes dans cette tranche d’âge que les voies aériennes inférieures, « l'importance des enfants dans la transmission du virus reste mal connue », poursuit l’agence.

L’hypothèse d’une contagiosité équivalente à celle des adultes reste toutefois à vérifier. En l’absence d’enquête sérologique d’envergure, « il est très difficile d’évaluer la circulation du virus dans cette population lors de la première phase épidémique. L’appréciation du rôle des enfants lors du déconfinement est à ce stade des connaissances très incertaine », note Santé Publique France, qui précise que « la transmission à partir d’enfants infectés, éventuellement asymptomatiques, est possible mais n’a pas été observée ».

L'importance des enfants dans la transmission du virus reste mal connue.

La fermeture des écoles a été décidée comme moyen de contrôle de l’épidémie en se basant sur les connaissances acquises avec les épidémies de grippe, les enfants étant dans ce contexte un vecteur de transmission virale majeur, explique l’agence. Finalement, « pour le Covid-19, la présentation clinique et la proportion d’enfants parmi les cas laissent penser que leur rôle est moins important ».

Interrogé par Medscape édition française, le Dr Pierre Frange (Hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP, Paris) a également souligné qu’il est encore difficile de savoir si les enfants sont aussi contagieux que les adultes.  « Au départ, nous avons raisonné sur le modèle de la grippe. Puis les données scientifiques, notamment en Islande, ont montré que les enfants s'infectaient peu entre eux. »

Depuis, une nouvelle étude a montré qu'ils pouvaient s'infecter dans des proportions similaires aux adultes, a précisé le pédiatre. « Nous aurons des réponses rétrospectivement avec les études actuellement menées dans des populations pédiatriques ».

Les données scientifiques, notamment en Islande, ont montré que les enfants s'infectaient peu entre eux Dr Pierre Frange

Conséquences sur le bien-être

La fermeture des écoles a-t-elle eu malgré tout un bénéfice ? S’il est encore difficile de le vérifier, des études de modélisation indiquent que « l’effet de la fermeture des écoles sur l’atténuation du pic épidémique est limité ». Des données montrent toutefois que la fermeture des écoles apparait comme une mesure efficace contre l’épidémie lorsqu’elle est combinée à une distanciation sociale généralisée.

Santé publique France souligne toutefois que la fermeture des écoles et le confinement « peuvent avoir des conséquences sur la santé physique, mentale et le bien-être des enfants aujourd’hui et à long terme ». Des conséquences variables selon les populations, avec un risque de « creusement des inégalités sociales de santé, déjà fortes chez les enfants ».

Elle considère que la réouverture des écoles doit s’accompagner de mesures de prévention pour limiter la transmission, comprenant « l’éviction des enfants et adultes symptomatiques », considérée comme « une mesure majeure », « l’adaptation des mesures barrières et de distanciation sociale à l’âge des enfants » et la « mise en place de mesures environnementales spécifiques ».

L’agence recommande par conséquent d’impliquer les enfants pour devenir des « défenseurs de la prévention », en s’appuyant sur l’apprentissage des gestes barrières. Des ressources éducatives adaptées à leur âge devront aussi être mis à disposition du personnel de l’éducation, en s’aidant de ressources déjà disponibles, comme e-bug.

Expériences rassurantes à l’étranger

A l’étranger, les établissements scolaires de plusieurs pays ont déjà ré-ouverts leurs portes. La synthèse détaille quelques initiatives menées dans les pays de l’Union européenne, par exemple en Norvège ou au Danemark, où la réouverture des écoles s’est accompagnée de plusieurs mesures de prévention concernant notamment l’hygiène et le nettoyage des locaux.

Au Danemark, il est recommandé de maintenir une distance de deux mètres entre les élèves et de privilégier les activités à l’extérieur. Les classes sont divisés en petits groupes. Des supports pédagogiques ont été élaborés pour expliquer aux enfants et aux parents les mesures à suivre lors de la reprise de l’école.

En Taiwan, les écoles ont été rouvertes fin février. Les établissements ont été approvisionnés en masques, en gels hydro-alcooliques et en thermomètres. Les mesures incluent une fermeture des classes pendant 14 jours si un cas est confirmé. L’école est fermée à partir de deux cas.

« La dynamique de l’épidémie à Taiwan montre que l’épidémie a été bien maîtrisée depuis la réouverture des écoles grâce à l’ensemble des mesures mises en place (…) et à l’adhésion forte de la population », précisent les auteurs.

 

 

 

 

 

 

 

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