SARS-CoV-2 : se transmet-il par voie sexuelle ?

Dr Claude Biéva, Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

7 mai 2020

Chine/Etats-Unis – Est-ce que le coronavirus peut se transmettre par la voie sexuelle à l'image du VIH, du papillomavirus et d'autres… ? Peu de publications sont sorties sur le sujet d’où l’intérêt de deux études récentes qui ont recherché la présence de SARS-CoV-2 dans le sperme, l’une chez des patients peu symptomatiques et l’autre chez des patients hospitalisés en phase aigüe de la maladie ou guéris [1,2].

Comportement atypique

Les virus ont souvent une fâcheuse propension à se transmettre par voie sexuelle. C'est le cas du virus de l'immunodéficience humaine de loin le plus expert en la matière mais également des virus des hépatites B et C, du virus herpès, du papillomavirus, du Zika transmis par les moustiques mais dont on considère qu'il peut aussi se propager par voie sexuelle et même du SARS en 2003 avec le signalement de quelques cas. D'où cette question légitime face à un virus qui tous les jours surprend par son comportement atypique et bouleverse nos certitudes infectiologiques : quels risques prend-on au sein d'un couple « sérodiscordant » ? Certaines pratiques sont-elles plus à risque que d'autres ? Faut-il se protéger ou faire chambre à part quand l'un travaille en situation à risque (personnel soignant) et l'autre pas ? 

Du SARS-CoV-2 dans le sperme de 8,7% des patients en convalescence

Une petite étude de cohorte chinoise publiée dans le JAMA Network Open, a mis en évidence la présence de SARS-CoV-2 dans le sperme de patients hospitalisés en phase aigüe de la maladie mais également en convalescence.

Pour évaluer la transmission du virus par le sperme, entre le 26 janvier et le 16 février 2020, tous les patients avec un COVID-19 confirmé en laboratoire (RT-PCR) âgés d’au moins 15 ans à l'hôpital municipal de Shangqiu, ont été invités à fournir un échantillon de sperme.

Sur 50 patients identifiés, 12 patients n’ont pas pu fournir d’échantillon de sperme en raison d’une dysfonction érectile, d’un coma ou d’un décès avant l’entrée dans l’étude.

Par conséquent, 38 participants ont fourni un échantillon de sperme. Parmi eux, 23 (60,5%) étaient guéris cliniquement et 15 (39,5%) avaient encore une infection aiguë.

Les chercheurs ne précisent pas la méthode de recherche du SARS-CoV-2 dans le sperme mais indiquent que 6 patients (15,8%) avaient des résultats positifs pour SARS-CoV-2, dont 4 des 15 patients (26,7%) qui avaient une infection aiguë et 2 des 23 patients (8,7%) qui étaient en convalescence. Il n'y avait pas de différence significative en fonction de l’âge, des antécédents de maladie urogénitale, de délais depuis le début des symptômes, de l’hospitalisation ou du début de la convalescence.

Caractéristiques des patients dont le sperme a été testé positif

Patient

Age approximatif

Tps depuis début symptômes (j)

Tps depuis début hospitalisation (j)

Tps depuis guérison (j)

1

20

6

2

NA

2

20

10

6

NA

3

30

11

5

NA

4

40

9

8

NA

5

50

12

10

2

6

30

10

13

3

 

Si d’autres études confirmaient la présence du virus dans le sperme chez des patients cliniquement guéris, « l'abstinence ou l'utilisation du préservatif pourraient être considérées comme des mesures de protection », concluent les chercheurs.

 

Absence de virus dans le sperme à 30 jours chez des patients peu symptomatiques

Une autre étude, sino-américaine[2], a pour sa part récolté des échantillons de sperme chez 34 hommes (âge médian: 37 ans), avec un diagnostic de Covid-19 peu sévère. Et cette fois, il en ressort que le SARS-CoV-2 n'a pas été détecté dans le sperme dans un temps médian de 31 jours après le diagnostic de Covid-19.

Les auteurs ne sont pas contentés de cette réponse et ont voulu savoir si les cellules testiculaires avaient pu être infectées sur le long terme. Cette question n'est pas innocente car on sait que certains virus sont capables de passer la barrière hémato-testiculaire.

Ce sont les 2 portes d'entrée du virus dans les cellules qui ont été ciblées, à savoir l'expression des gènes codant pour le récepteur de l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 (ACE2) et la sérine protéase transmembranaire 2 (TMPRSS2). Les résultats montrent que moins de 0,1% de ces gènes sont exprimés, suggérant que le SARS-CoV-2 ne peut envahir significativement les cellules testiculaires. 

Mais le rapport sexuel en lui-même est un moment propice à la contamination

A ce jour, les données permettant de conclure à une transmission du virus par le sperme sont limitées. En revanche, rien n'exclut qu'il ne se transmette par certains gestes ou pratiques (buccales, anales) notamment du fait de sa présence démontrée dans les fèces. Le rapport sexuel en lui-même est un moment propice pour contaminer ou être contaminé et il paraît difficile d'appliquer les mesures barrières de port de masques et de distanciation !

Les infectiologues estiment qu'une relation intermittente avec une personne qui ne vit pas sous le même toit est à risque du fait que ces 2 personnes n'ont pas le même niveau de risque. C'est le même message pour un couple vivant sous le même toit où l'un exerce une activité professionnelle à risque (personnel soignant …) et l'autre pas. Le risque de contamination est donc présent et la distanciation s'applique – sous réserve d'une réponse fiable apportée par les tests de dépistage du virus et des anticorps neutralisants…

Investiguer plus avant

Ces deux études ont des limites telles que leur petite taille et le suivi à court terme des patients dans la première étude.

Aussi, la détection de particules virales dans le sperme ne démontre pas directement que l’infection est sexuellement transmissible, tempère Ian Jones, professeur de virologie, à l’Université de Reading, Royaume-Uni pour Medscape Medical News.« Je ne suis au courant d'aucun cas d'infection transmise sexuellement, donc le risque ici, même si l'étude est vérifiée à plus grande échelle, est très limité », souligne-t-il.

A noter également, que d'autres d’autres études devraient s'intéresser aux données concernant l'excrétion virale, la survie et la concentration de virus dans le sperme, indiquent les chercheurs.

Enfin, pour évaluer la transmission sexuelle du virus de façon globale, il faudrait aussi s'assurer que le virus n’est pas présent dans les sécrétions vaginales. Resterait ensuite à s’assurer que l’infection n'affecte pas la fonction reproductrice de l'homme et de la femme. 

Cet article a été publié initialement sur MediQuality le 26 avril 2020 et adapté par Aude Lecrubier pour Medscape édition française.

Retrouvez les dernières informations sur le COVID-19 dans le  Centre de ressource Medscape dédié au coronavirus  .
 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....