Hôpital public : après les paroles, le Collectif inter-hôpitaux veut des actes

Véronique Hunsinger

7 mai 2020

Paris, France -- Les représentants de l'hôpital public entendent remettre la pression sur le Président de la République et le gouvernement pour que les leçons de la crise épidémique soient entendues et l'hôpital public réformé.

Des discours empathiques pour les soignants mais rien de tangible

On se souvient, le 27 février dernier, du face à face entre le Président de la République et le Dr François Salachas, neurologue à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, saisi par les caméras de télévision, une séquence qui avait beaucoup tourné sur les réseaux sociaux ensuite. Deux mois et demi plus tard, les représentants du Collectif Inter-hôpitaux (CIH) n'ont toujours pas été reçus par Emmanuel Macron comme ce dernier leur avait pourtant promis de jour-là. « Le premier problème est un problème de confiance avec le Président de la République qui a eu beaucoup de discours empathiques pour les soignants mais rien de tangible sur ce sur quoi nous l'avions alerté, a regretté le Dr Salachas, mardi midi lors d'une vidéoconférence de presse. Cela questionne sur l'authenticité de ce qui nous a été dit et sur la reconnaissance des soignants à travers le CIH ». Le collectif redemande aujourd'hui un rendez-vous à l'Elysée « dans des délais qui doivent être courts ». « Ce qui est en jeu aujourd'hui c'est la survie de l'hôpital public et nos revendications restent les mêmes qu'avant la crise épidémique » a ajouté le Dr Salachas.

Crédit photo : compte Twitter du CIH

Avec la crise sanitaire, les rapports médecins/direction ont complètement changé

Plusieurs soignants, membres du CIH, ont témoigné de leur expérience pendant la crise épidémique et des changements qu'elle a induits à l'hôpital public. Le Dr Hélène Gros est cheffe de service en médecine interne et maladie infectieuse au Centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. « Nous avons été confrontés à un afflux massif et brutal de patients COVID et nous avons connu le meilleur et le pire » raconte-t-elle. Dans les premiers jours de l'épidémie, l'Agence régionale de santé (ARS) rédigeait des « doctrines relayées par les directions et qui étaient à suivre à la lettre ». Le quotidien des soignants étaient rythmés par des MARS pour « messages d'alerte rapides sanitaires ». « A ce moment-là, toutes nos tentatives d'organisation internes étaient refusées, se remémore le médecin. Nous étions inquiets de ne pas pouvoir tester nos malades alors que notre laboratoire était équipé pour le faire depuis le début. Nous sentions la vague arriver et nous n'avions aucune possibilité de faire entendre notre bon sens de cliniciens ». Le Dr Gros est ensuite arrêtée pendant sept jours à la mi-mars après avoir été elle-même touchée par le Covid. A son retour, « le meilleur est arrivé ». « Jamais je n'avais vu une telle mobilisation de soignants et une telle solidarité du corps médical, souligne-t-elle. Les rapports entre les médecins et la direction avaient complètement changé. Jamais plus je n'ai entendu le mot "impossible", tout ce que nous proposions à notre direction était pris en considération. Nous avons obtenu des équipes paramédicales renforcées jour et nuit, la présence de cadres de santé pour nous aider à nous organiser et le financement de lignes de garde supplémentaire. Nous avons pu prouver que, nous les médecins, étions capables de nous réorganiser en un temps record et qu'il suffisait de nous faire confiance ».

Nous sentions la vague arriver et nous n'avions aucune possibilité de faire entendre notre bon sens de cliniciens  Dr Hélène Gros

« Cette crise nous a permis de retrouver ce que nous croyions définitivement perdu, a souligné Florence Pinsard, cadre de santé au Centre hospitalier de Pau. Nous avons vu un recentrage total sur les services orchestré par le terrain. Pour le monde d'après, nous voulons qu'on continue à nous faire confiance ». « Nous avons tous eu l'impression d'avoir été libérés et d'avoir retrouvé du sens à notre travail », a également confirmé le Pr Agnès Hartemann, cheffe du service de diabétologie de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris), dont l’émouvante intervention lors d’une conférence de presse au moment de la crise de l’hôpital public en janvier est encore dans les mémoires.

Pour le monde d'après, nous voulons qu'on continue à nous faire confiance  Florence Pinsard

Mais, pour l'heure, seules des primes ont été annoncées

Cependant, la réponse « institutionnelle et gouvernementale » ne semble aujourd'hui pas à la hauteur pour le collectif. « L'épidémie a frappé avec violence un hôpital public qui avait déjà été affaibli depuis deux décennies, estime le Pr Jean-Luc Jouve, chirurgien orthopédiste pédiatrie à l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille. Nos gouvernants ont d'abord montré de la compassion avec des visites sur le terrain, pleines de paternalisme. A Mulhouse, le 25 mars, le Président de la République a suscité l'espoir avec des mots forts. On aurait espéré que ce discours soit suivi de concertations avec les professionnels et de la publication d'un calendrier mais rien ne s'est produit ». Pour l'heure, seules des primes ont été annoncées par le gouvernement. « La prime récompense le mérite individuel mais ne peut en aucun cas se substituer à des revalorisations salariales reconnaissant la valeur des métiers, juge le Pr Jouve. « C'est un effort collectif qui a permis de tenir l'hôpital à flot et chacun a donné le maximum au mépris de sa propre santé ». Les revalorisations salariales, en particulier pour les paramédicaux, sont une priorité pour le CIH depuis longtemps. « Il y a urgence à prendre des mesures immédiates : outre les revalorisations salariales, nous réclamons l'adaptation des effectifs à la charge en soins, l'abandon du modèle de l'hôpital-entreprise et un changement de la gouvernance au profit des personnels médicaux, paramédicaux et des usagers » résume le Pr Jouve. « Des négociations doivent être menées avant l'été », a estimé également Hugo Huon, infirmier, membre fondateur du Collectif inter-Urgences.

C'est un effort collectif qui a permis de tenir l'hôpital à flot et chacun a donné le maximum au mépris de sa propre santé  Pr Jean-Luc Jouve

Ce rappel du CIH fait écho à d’autres

Ce rappel fait par le CIH à l'exécutif à ses propres promesses résonne avec d'autres. Dans une tribune dans le quotidien Le Figaro, un collectif de médecins qui ont été en première ligne dans la crise épidémique, notamment les Prs Eric Caumes, Karine Lacombe, Rémi Salomon ou encore Yazdan Yazdanpanah, appelle à « repenser l'hôpital au sortir de la crise du COVID 19 ». « Dans cette pandémie, le fonctionnement de l'hôpital a enfin retrouvé une logique et une autonomie médicales, écrivent les signataires. Le service de soin est redevenu la structure essentielle. La réforme de la gouvernance hospitalière promise et attendue doit s'inspirer de ces principes qui viennent de faire preuve de leur efficacité ». Des syndicats ont également emboîté le pas. « Ainsi le SNPHARE demande "un engagement ferme à la reprise rapide des discussions avec les organisations professionnelles représentatives sur l'avenir de l'hôpital public ». Un chantier qui devra largement occuper la fin du quinquennat.

Dans cette pandémie, le fonctionnement de l'hôpital a enfin retrouvé une logique et une autonomie médicales Les signataires

 

Crédit photo : compte Twitter du CIH

 

 

 

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