Médicaments : changement des habitudes d'achat pendant le confinement

Philippe Anaton

5 mai 2020

 

Actualisation -- Les résultats après cinq semaines de confinement en France ont été publiés par l’ANSM . Ils  mettent en évidence un retour vers la normale de la consommation des traitements de pathologies chroniques depuis la mi-avril, après un phénomène de « stockage » (voir article ci-dessous).

De plus, ils confirment la très forte diminution de la délivrance des vaccins (entre ‑35 et ‑71% semaine 16 ; entre -15 et -78% sur les semaines 12 à 16) mais aussi des produits destinés aux actes diagnostiques médicaux tels que coloscopies (-82% semaine S16), scanners (-66 % semaine S16)  et IRM (-67 % semaine S16).

Il est également constaté une forte baisse de consommation de la corticothérapie orale (jusqu’à -70%) et des antiinflammatoires non stéroïdiens ou AINS (jusqu’à ‑75%) –probablement en lien avec la mise en garde concernant l’utilisation des antiinflammatoires.

Pour le traitement du Covid-19, les achats sur prescription médicale de chloroquine et hydroxychloroquine ont atteint des pics respectivement le 27 février et le 8 mars. « L’association hydroxychloroquine et azithromycine, qui n’était qu’exceptionnellement utilisée avant l’épidémie de Covid-19, a bondi de 7 000 % en semaine 13 pour atteindre environ 10 000 patients », indique l’ANSM. AL

 

Début de confinement : les patients ont stocké des médicaments

France/ 04 mai 2020 – Selon une analyse de la Cnam et de l’ANSM, les patients atteints de maladies chroniques ont fait des réserves de médicaments. Paracétamol, hydroxychloroquine et azithromycine en lien avec le Covid-19 ont également été sur-délivrés en officine.

Anomalies de consommation

L'épidémie de Covid-19 a-t-elle été responsable d'anomalies dans la consommation de médicaments ? La réponse est indéniablement positive, à en croire une analyse de la Cnam et de l'ANSM, rendue publique le 17 avril dernier. Intitulée « usage des médicaments de ville en France durant l'épidémie de Covid-19 », cette étude a comparé la dispensation en pharmacie d’officine de médicaments remboursés sur ordonnance depuis le début de l’épidémie, à celle “attendue”, estimée sur la base de la même période en 2018 et 2019.

Les auteurs de cette étude ont visé trois objectifs :

  1. chiffrer l'utilisation des médicaments pour les pathologies chroniques cardiovasculaires, du diabète, des pathologies psychiatriques ou d'autres pathologies chroniques.

  2. mesurer l'utilisation des médicaments utilisés habituellement à but préventif et/ou non thérapeutiques comme les vaccins, la contraception orale, la contraception d'urgence, et les "produits nécessaires pour réaliser des actes d’exploration d’imagerie (scanner ou IRM) ou de coloscopie".

  3. décrire la consommation médicamenteuse en lien avec l'épidémie de Covid-19 : paracétamol, ipuprofène, hydroxychlroquine, associée ou non à l'azithromycine.

Stockage de médicaments au cours des 2 premières semaines de confinement

Il apparait clairement que les deux premières semaines de confinement (semaines 12 et 13) ont été marquées par une très forte délivrance de traitements pour des maladies chroniques.

Dans le détail, la surconsommation de médicaments cardiovasculaires en semaine 12 a été de +20% et de +40% pour les médicaments du diabète.

Sur la même semaine on a également constaté une surconsommation de +31,8% des antidiabétiques, et de +32,5% pour les statines.

 

En semaine 12, près de 600 000 personnes de plus se sont rendus en pharmacie pour la délivrance d'un antihypertenseur, et 470 000 en semaine 13. Pour les antidiabétiques, les chiffres ont atteint quelque 230 000 en semaine 12 et 175 000 en semaine 13. Pour les statines, 270 000 personnes de plus se sont rendus en pharmacie en semaine 12 et 220 000 de plus en semaine 13.

La consommation des antidépresseurs marquait une hausse de +21,5% en semaine 12, soit 182 000 personnes de plus et une augmentation de +21,5% pour les antipsychotiques, en semaine 13, soit 50 000 personnes de plus.

Pour les autres pathologies chroniques les niveaux de consommations étaient également au-dessus des moyennes constatées les années précédentes : « en semaine 12 + 31,8% pour les antirétroviraux VIH en association (soit + 9 000 personnes), de l’ordre de + 20% pour les antiparkinsoniens, + 25% pour les antiépileptiques, + 41% pour la délivrance de produits à base de lévothyroxine et + 46% pour les traitements des maladies obstructives respiratoires (dont une partie pourrait être en lien avec le Covid-19) ».

 

Baisse des médicaments liés à un acte médical

A contrario, constatent les auteurs de cette étude, les délivrances de médicaments qui nécessitent le recours à un professionnel de santé marquent une forte baisse les semaines 12 et 13 : « les anti-VEGF indiqués principalement dans la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) et l’œdème maculaire diabétique et nécessitant une injection intraoculaire par un ophtalmologiste ont baissé de 13% et 40% en semaines 12 et 13 ». L'achat de vaccins a baissé de 50% en semaine 13 pour les vaccins anti HPV, le ROR et les vaccins antitétaniques. Les vaccins penta/hexavalents des nourrissons étant en baisse de 23% en semaine 13 soit 23000 nourrissons non vaccinés. Les produits destinés aux actes diagnostiques ont chuté de 20% en semaine 12, et de 60% en semaine 13 : préparation pour coloscopie, produit iodé pour scanner, produit de contraste pour IRM.

Par ailleurs, la mise en garde contre les anti-inflammatoires était responsable d'une baisse de la consommation de 60% en semaine 13, soit 500 000 d’achats en moins.

Hydroxychloroquine : stockée par les personnes traitées pour lupus ou PR

Pour ce qui est des médicaments en lien avec le Covid-19, le nombre de personnes avec délivrance de paracétamol a marqué une augmentation d’un million et demi les semaines 12 et 13. Chloroquine et hydroxychloroquine ont été fortement délivrées de manière successive, « à partir de fin février pour la chloroquine et à partir de la semaine 10 pour l’hydroxychloroquine ». La délivrance de chloroquine marquait un pic entre les 25 et 28 février, « en passant de moins de 50 personnes par jour à plus de 450 ». Pour l'hydroxychloroquine, le pic de consommation se situait le 18 mars, « avec près de 5 000 personnes avec délivrance le même jour pour le seul régime général ». Mais ce pic concernait surtout des personnes déjà traitées avec l'hydroxychloroquine, pour le lupus, ou encore la polyarthrite rhumatoïde.

Ces patients se sont mis à stocker de peur de manquer d'hydroxychloroquine « après les annonces médiatiques d’un potentiel effet de l’hydroxychloroquine mais aussi des traitements débutés en lien avec le Covid-19 ». Le nombre de personnes supplémentaires ayant bénéficié d'un traitement à base d'hydroxychloroquine ou de chloroquine est estimé à 28 000 sur les semaines 12 et 13. Sur la même période, le nombre de personnes supplémentaires ayant bénéficié d'azithromycine est de l'ordre de 54 000.

Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, 1ère consommatrice d’hydroxychloroquine

« La population nouvellement sous hydroxychloroquine (population incidente) était relativement jeune, 62% de moins de 60 ans avec 57% de femmes et globalement plus favorisée socialement avec plus de 30% des personnes résidant dans les 20% des communes les plus favorisées », établissent les auteurs de ce rapport. La chloroquine a été la plus prescrite à La Réunion, mais c'est la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui a été la plus consommatrice d'hydroxychloroquine (41,9 pour 100 000 habitants) devant l'Ile-de-France (30,7 pour 100 000 habitants). À l'échelle départementale, Paris arrivait en première position (56 pour 100 000) suivi par les Bouches-du-Rhône (51 pour 100 000), les Alpes-Maritimes (42 pour 100 000), le Territoire de Belfort (39 pour 100 000), le Var (38 pour 100 000), la Corse-du-Sud (37 pour 100 000), les Hauts-de-Seine (35 pour 100 000), l’Ardèche (34 pour 100 000), les Pyrénées orientales (32 pour 100 000) et le Cantal (32 pour 100 000).

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