COVID-19 et cancer : les oncologues craignent un effet rebond

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

30 avril 2020

France— Face au COVID-19, la cancérologie a tenté de minimiser au maximum les retards de prise en charge. Elle alerte cependant sur la baisse des consultations de diagnostic et craint un « effet rebond » après l’épidémie avec une perte de chance pour les patients.

Globalement, les interventions et les traitements urgents ont été maintenus dans les centres et services de cancérologie depuis de début de l’épidémie de Covid-19. Pour cela, chacun a suivi les recommandations nationales et mis en place des mesures pour sécuriser la prise en charge des patients atteints de cancer, notamment les systèmes barrière (gel hydroalcoolique, lavage des mains…), des systèmes de filtrage (prise de température, questionnaires, patient non-accompagné…) et des unités spécifiques aux patients Covid. En parallèle, pour assurer le suivi des patients atteints de cancer, les téléconsultations et les soins ambulatoires se sont développés.

Une continuité des soins primordiale quand on sait que « la plupart des études cliniques réalisées, par exemple pour les cancers du sein, de l’ovaire, ORL et du sarcome font état d’un risque accru de rechute et de mortalité de 20% par mois de perdu dans la prise en charge », précisait dernièrement le Pr Jean-Yves Blay (Président d’Unicancer) [1.]

« Cependant le nombre de consultations diagnostiques diminuent et cela laisse à penser que certains patients attendent à domicile. Or, il convient de les encourager à se rendre dans leur hôpital. Un rebond d’activité de 20 à 30% à la fin du confinement est attendu et les CLCC se mobilisent en ce sens », indique un communiqué UNICANCER[1].

« Ce que nous avons constaté depuis bientôt deux mois dans l’Ouest de la France, c’est que les patients qui sont sous traitement continuent leur traitement mais que les nouveaux patients n’arrivent plus car les campagnes de dépistages collectifs se sont arrêtées. Quant au dépistage individuel, nous ne voyons quasiment personne, notamment pour le sein. Probablement que les gens se sont restreints et abstenus de consulter leur médecin traitant », a commenté le Pr Olivier Campone (responsable de la filière sein à l'Institut de Cancérologie de l'Ouest (ICO) Nantes-Angers – Vice-Président d’UNICANCER) pour Medscape édition française.

 « Nous nous attendons à un effet post-confinement avec une montée en flèche de nouveaux patients qu’il va falloir prendre en charge en espérant que ce retard au diagnostic ne soit pas un retard dans la prise en charge et synonyme de pronostic grevé. C’est ce qui commence à se voir dans d’autres pathologies chroniques comme les pathologies cardiovasculaires ou le diabète où les gens attendent et arrivent paradoxalement dans des situations bien plus compliquées, avec des complications plus importantes », ajoute-t-il.

Interrogé sur la prévisible augmentation des interventions chirurgicales en post-confinement en raison des actes retardés et ce, dans un contexte de tension d’approvisionnement en médicaments anesthésiques, le Pr Campone a dit s’inquiéter de la mise en place de la priorisation des opérations. « Est-ce que demain nous n’allons pas arriver à un modèle de priorisation de l’intervention en fonction du pronostic lié à la maladie sous-jacente faute de médicaments permettant de réaliser des anesthésies ? Cela n’est pas souhaitable ».

Adapter la prise en charge de certains patients au contexte épidémique

  • La survenue du Covid-19 chez des patients atteints d’une maladie cancéreuse doit faire l’objet d’une recherche scientifique pour une thérapeutique adaptée.

  • Les RCP (réunions de concertation pluridisciplinaires) doivent s’appuyer sur les recommandations de sociétés savantes, sur celles des réseaux de cancérologie ou d’Unicancer,  pour discuter les prises en charge des cas complexes liés au Covid-19.

  • Les traitements per os (thérapeutiques ciblées, hormonothérapie, chimiothérapie, cytotoxiques…) sont à privilégier pendant cette période s’ils donnent des résultats équivalents aux chimiothérapies cytotoxiques habituelles administrées par voie intraveineuse.

  • Des approches locorégionales non chirurgicales doivent être discutées en RCP devant une atteinte pauci-métastatique.

  • Les thérapies ciblées/immunothérapie/traitement de maintenance ayant prouvé leur efficacité chez un patient donné ne doivent pas être interrompues, un espacement des inter-cures ou une flexibilité des schémas thérapeutiques peuvent être proposés et discutés en RCP.

  • Un suivi par téléconsultation avec le médecin traitant doit être assuré, dans la mesure du possible, pour limiter les déplacements pendant la période de confinement. Il est nécessaire de maintenir le contact des patients cancéreux avec le personnel médical, paramédical et les structures sanitaires pour ne pas ajouter un sentiment d’abandon au stress du confinement dans un parcours de soins déjà complexe et anxiogène.

  • L’admission dans les services de soins palliatifs doit être mûrement réfléchie, en évaluant les risques liés au déplacement et à l’exposition au Sars-CoV-2 d’une part, et le bénéfice attendu de l’hospitalisation d’autre part.

Source : Académie de médecine, 12 avril 2020

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