Tests sérologiques en France : on avance…

Marine Cygler

Auteurs et déclarations

5 mai 2020

Paris, France – A l'heure où le déconfinement se prépare, il devient impératif de connaître la prévalence de l'infection dans la population.

Les tests sérologiques, capables de détecter les anticorps produits par un individu lorsqu’il a été en contact avec le virus, sont donc très attendus. 

Mais, alors que certains pays disposent déjà de tests sérologiques, la France semble à la traîne. Pourquoi ? Il semble que cela soit parce que le conseil scientifique et les autorités ont fait le choix de passer au crible les différents tests à visée commerciale afin de s’assurer de leur fiabilité. Une fiabilité qu’il n’est pas si simple d’acquérir (voir encadré en fin de texte).

A ce jour, il semble que pour beaucoup de tests sérologiques déjà commercialisés dans d’autres pays ou sur internet, le nombre de faux positifs mais surtout de faux négatifs soit problématique et que leurs résultats ne signifient au final pas grand-chose.

Cette tâche d’évaluation des tests sérologiques incombe aux chercheurs de l’Institut Pasteur de Paris, du CNRS, de l'Inserm et de l'Université de Paris qui ont développé différents tests de détection d'anticorps anti SARS-CoV-2.

Ces tests ont servi de calibrage au Centre national de référence (CNR) des virus des infections respiratoires pour évaluer les tests commerciaux. La liste de ceux qui ont été homologués par le CNR vient d'être transmise à la Direction générale de la Santé (DGS). Celle-ci devrait rendre public cette semaine ceux qui auront reçu l'homologation.

Mais, ces tests ont aussi permis de commencer à évaluer la séroprévalence de l’infection dans la population française (Voir encadré et lire Premières données sur l‘immunité collective au COVID-19 en milieu lycéen).

En parallèle, des recherches sont en cours pour s’assurer que la détection des anticorps contre le SARS-CoV-2 signifie bien que la personne infectée a été immunisée contre le virus et qu’elle est protégée d’une nouvelle infection. Une question cruciale.

Deux types de tests mis au point par les chercheurs français

Les tests qui ont été mis au point sont de deux types :

  • ceux qui permettent de répondre à la question : « une personne a-t-elle rencontré le virus dans les semaines précédentes quel que soit son état clinique ? » et donc : « a-t-telle été infectée ? ». Ce sont les tests de détection.

  • Ceux qui permettent de répondre à la question : « les anticorps sont-ils capables d'empêcher l'entrée du virus dans une cellule ? » et donc « les individus sont-ils immunisés ? ». Ce sont les tests de neutralisation.

Des tests de détection classiques et expérimentaux

Dans la première catégorie de tests, les chercheurs français ont mis au point deux tests classiques ELISA qui utilisent comme antigènes cibles soit la protéine N entière du SARS-CoV-2 (ELISA N) soit le domaine extracellulaire du spicule du virus (ELISA S). « Ils correspondent aux tests commerciaux qui seront prochainement homologués » indique Pr Olivier Schwartz, responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur. De fait, leur avantage est d'utiliser une technique facilement transposable dans les laboratoires d'analyse en ville.

A côté de ces deux tests, des tests expérimentaux ont aussi été mis au point. Ils nécessitent un appareillage particulier et se prêtent plus à une utilisation à des fins de recherche. Il s'agit du test extrêmement sensible S-Flow par cytométrie de flux, et du test LIPS par immunoprécipitation qui reconnaît en même temps différents antigènes, autrement dit plusieurs protéines virales.

Premiers résultats en population

Grâce à ces tests, la prévalence de l’infection et le délai d'apparition des anticorps ont été documentés dans différentes populations en France. Les résultats détaillés seront publiés prochainement, annonce l'Institut Pasteur.

A titre d’exemple, à partir d'échantillons sanguins de 209 habitants de l'Oise ayant présenté des symptômes légers (fièvre ou toux par exemple) 15 jours auparavant (3 et 4 mars), une séropositivité a été détectée chez 32% des individus.

Aussi, pour en savoir plus sur la séropositivité chez les personnes asymptomatiques, les chercheurs ont décidé de se tourner vers les donneurs de sang car pour donner son sang en général il faut être exempt de tout symptôme depuis un mois. Donc par définition, les donneurs sont des cas asymptomatiques. A partir des échantillons de 200 donneurs de sang de l'Oise, prélevés entre le 20 et le 24 mars 2020, les chercheurs ont établi le pourcentage de cas asymptomatiques à 3 % dans cette population.

Enfin, les chercheurs ont pu caractériseer les délais d’apparition des anticorps chez des personnes hospitalisées atteintes de COVID-19, à partir d'échantillons sanguins de 51 patients positifs au COVID-19 avec des formes sévères ou critiques, provenant de l’hôpital Bichat à Paris. Il en est ressorti que les anticorps apparaissaient 5 à 6 jours après les premiers symptômes et qu’ils possèdaient une activité neutralisante dès 7 à 14 jours. Un délai qui est probablement plus long chez les personnes pauci-symptomatiques ou asymptomatiques, et les titres d’anticorps plus faibles.

Séroneutralisation et protection immunitaire

De leur côté, les tests de séroneutralisation permettent de voir si les anticorps sont réellement efficaces pour neutraliser le virus. Car au-delà de la présence d'anticorps, les chercheurs veulent savoir si ces anticorps confèrent une protection contre le virus. Il s'assurent de la qualité des anticorps sur des cultures cellulaires : un test utilise directement le virus infectieux SARS-Cov-2 qui nécessite un accès en laboratoire P3, et un autre test avec un « pseudovirus » qui permet de travailler hors P3.

« Le fait d'avoir des anticorps n’est pas synonyme d'une protection. C'est probablement le cas mais ce n'est pas formellement démontré », commente le Pr Schwartz qui rappelle par exemple que pour le coronavirus MERS-CoV l'immunité contre une réinfection est assez faible.

« Une étude de suivi des soignants a commencé à l'hôpital Necker. Il s'agit de faire régulièrement des tests de détection des anticorps dans une cohorte de personnes qui restent très exposées. Nous suivrons le nombre d'accidents, c'est-à-dire les infections qui surviennent au cours du temps. » L’objectif est de savoir si les personnes peuvent être infectées plusieurs fois, a indiqué à Medscape édition française Marc Eloit, responsable du laboratoire de découverte d'agents pathogènes à l'Institut Pasteur.

Un suivi d'importance et sur du long terme qui permettra d'obtenir les seuils de protection, à savoir à partir de quel titre d'anticorps initial il y a protection. Des données qui sont aussi indispensables pour l'élaboration d'un futur vaccin efficace.

Pourquoi les tests sérologiques peuvent ne pas être fiables ?

  • Tout d'abord en raison de la méthode elle-même : comme pour une mesure de la glycémie pour les diabétiques, il faut se piquer le bout de votre doigt avec une lancette. Or, en négligeant l'hygiène ou en prélevant trop peu de sang, le résultat du test peut être biaisé.

  • Le processus de validation actuel est loin d’être optimal : la certification pour les diagnostics in vitro (DIV) en Europe, qui inclut les tests COVID-19, est réglementée par une directive qui permet de certifier sans évaluation indépendante. Ce n'est que lorsque le futur règlement IVD entrera en vigueur en mai 2022 que les tests devront être vérifiés par un laboratoire de référence de l'UE et un autre organisme. « Donc, les tests actuels obtiennent le marquage CE en tant que dispositif médical avec peu de difficulté, donc cette certification n’a que peu de sens », résume le Pr Martin Schulz (président de la commission des médicaments des pharmaciens allemands) pour Medscape édition allemande.

  • Faux tests : il existe des preuves qu'il y a des contrefaçons sur Internet, et l'OMS a publié une mise en garde à ce sujet.

  • Le problème du délai : quand exactement les immunoglobulines dirigées contre le SRAS-CoV-2 apparaissent-elles et sont-elles détectables par les tests ELISA ?  Cela n'est pas clair et semble variable. Au plus tôt une semaine après le début de la maladie ? Ou seulement après 14 jours ? Il n'est que certain que les IgM avant les IgG. Si le test s'avère négatif, c'est peut-être parce qu'il est tout simplement trop tôt pour les détecter, car malgré l'infection il n'y a pratiquement pas d'anticorps.

  • Sensibilité et spécificité : ces valeurs ne sont communiquées que par les fabricants et souvent sur de faibles échantillons. Lorsque la sensibilité est de 85%, un faux résultat négatif se produit dans 15 cas sur 100. Cela signifie qu'une infection a eu lieu sans détection d'anticorps.

  • Réactivité croisée : Il existe d'autres virus corona en circulation. « Qui peut être sûr que les anticorps contre le SRAS-CoV-2 actuel sont réellement ceux contre le Sars-Cov-2 ? » Si cela n’est pas le cas, un résultat (faux) positif apparaît parce que, par exemple, un coronavirus plus inoffensif a été détecté.

  • Une deuxième infection non exclue : même si le test détecte correctement les anticorps anti-SARS-CoV-2, il ne dit pas si la personne en question est immunisée contre une nouvelle infection ou combien de temps elle est immunisée.

Source : Nach Expertenwarnung: Keine Schnelltests auf Antikörper gegen SARS-CoV-2 mehr in Apotheken, doch Internethandel boomt. Dr. Angela Speth, 23 avril 2020.

 

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