Enfants et coronavirus : le Royaume-Uni s’inquiète de rares cas de syndrome inflammatoire

Nicky Broyd

29 avril 2020

Royaume-Uni --- Le Royaume-Uni s'interroge sur un possible lien entre le Covid-19 et l'apparition d'une maladie ressemblant à la maladie de Kawasaki après quelques cas observés chez des enfants, en raison de symptômes qui s'en rapprochent, comme les troubles intestinaux et l'inflammation cardiaque. La prudence reste de mise, au vu du très petit nombre de cas. Néanmoins, l’alerte est lancée auprès des cliniciens pour qu’ils se montrent attentifs à repérer ces cas infantiles.

La maladie de Kawasaki est une vascularite fébrile aiguë systémique du jeune enfant et du nourrisson qui affecte les vaisseaux de moyen et petit calibre, peut-on lire dans Orphanet. Sa gravité est liée au fait qu’un pourcentage non négligeable des patients non traités (25 à 30 %) a des séquelles cardiovasculaires, notamment des anévrismes coronaires qui peuvent être mortels. A noter que la cause de la maladie de Kawasaki est inconnue, mais « il y a de bonnes raisons de penser toutefois qu’infection et maladie de Kawasaki sont étroitement liées » précise Orphanet. On sait toutefois qu’ « un mécanisme immunitaire est sûrement impliqué dans la pathogénie, notamment dans l’atteinte de l’endothélium vasculaire ».

Un état inflammatoire généralisé

Le service de santé national britannique, NHS, a alerté sur un nombre de cas en augmentation au cours des 3 dernières semaines d’un nouveau syndrome ayant conduit quelques enfants aux Urgences et qui pourraient être liés au coronavirus.

Les symptômes, observés à Londres et dans d’autres endroits du Royaume-Uni, sont décrits comme un état inflammatoire généralisé, avec des symptômes ressemblant à ceux du syndrome de choc toxique et à des cas atypiques de maladie de Kawasaki, avec des paramètres sanguins évoquant une infection à Covid-19 sévère.

Ces symptômes ont été observés chez des enfants testés positifs pour le virus, et d’autres avec des tests négatifs.

Appel à être attentif

L’alerte, en provenance de la Société britannique de soins intensifs pédiatriques (PICS UK), publiée sur twitter, mentionne que « des douleurs abdominales et des syndromes gastro-intestinaux sont des caractéristiques communes, de même que l’inflammation cardiaque » avant d’ajouter « il est de plus en plus inquiétant que le syndrome inflammatoire lié au SARS-CoV-2 puisse survenir chez les enfants ou bien qu’un autre pathogène infectieux, encore non identifié, soit associé à ces cas. »

Le Pr Stephen Powis, directeur médical au NHS a fait savoir qu’il avait demandé à ce que ses collègues prennent en compte cette alerte et la considère comme une urgence : « Il est évidemment très important que lorsqu’un praticien voit un tel cas et s’inquiète d’un possible cluster, il alerte les autres cliniciens de façon à être sûr de les identifier si cela survient ailleurs ».

Les experts du NHS vont regarder attentivement ces cas de façon à voir s’ils peuvent établir un lien, a-t-il ajouté, « il est trop tôt à ce stade pour dire si un lien existe ».

Un lien plausible avec le virus mais non avéré

De son côté, le conseiller médical du gouvernement, le Pr Chris Witty a commenté : « Je pense qu’il est tout-à-fait plausible que ce soit causé par le virus, au moins dans certains cas, parce que nous savons que chez les adultes – chez qui la maladie est plus forte que chez les enfants–, de gros problèmes sont causés par des processus inflammatoires, et que cela a l’air de ressembler à ce type de processus inflammatoire, d’un type un peu différent. Il pourrait s’agir d’une nouvelle présentation, a-t-il considéré, avant d’ajouter : « ce n’est pas définitif, nous allons rechercher aussi d’autres causes, mais un lien [avec le virus] est certainement plausible ».

De son côté, la Société d’urgences pédiatriques a insisté sur la nécessité que les pédiatres, les urgentistes et les anesthésistes soient avertis des symptômes.

Dans un communiqué, le Pr Russell Viner, président du Collège royal de pédiatrie et de santé de l’enfant, a affirmé : « Nous savons déjà qu’un petit nombre d’enfants peuvent faire une maladie sévère à Covid-19, mais c’est très rare – des données provenant de toutes les parties du monde nous montre que les enfants semblent être la frange de la population la moins affectée par le virus.  

« Les nouvelles maladies peuvent se présenter sous une forme qui nous surprennent, et les cliniciens doivent être conscients de tout nouveau symptôme particulier ou de pathologies sous-jacentes qui rendent un patient plus vulnérable au virus ».

Une nouvelle présentation clinique ?

Le Pr Adilia Warris, pédiatre et spécialiste en maladies infectieuses (Université de Exeter) a précisé que les enfants qui comptent pour 1 à 5% des cas de Covid-19 diagnostiqués, ont souvent des formes plus légères que les adultes et que les décès dans cette population sont extrêmement rares.

« Comme nous ne connaissons pas tout l’éventail de présentations cliniques possibles du Covid-19, nous restons ouverts à la possibilité qu’une présentation clinique qui ne puisse être expliquée par d’autres causes, soit due au virus, ou à un pathogène encore inconnu. »

« Faites attention, s’il vous plait, au fait que le nombre absolu de cas concerné est très faible (il se compte sur les doigts d’une main pour le moment). L’appel à interpeller les collègues sur des expériences comparables de la semaine dernière devrait permettre de savoir ce qui se passe, et s’il existe des raisons d’investiguer plus avant ».

 

 

Cet article a été initialement publié en anglais sous le titre « COVID-19: Alert Over Multisystem Hyperinflammatory State in Children » sur Medscape UK le 27 avril 2020, traduit et adapté pour Medscape édition française.

 

 

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....