COVID-19: faut-il s’inquiéter des troubles gastro-intestinaux ?

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

29 avril 2020

Paris, France — L’infection par le Covid-19 s’accompagne souvent de troubles digestifs, qui peuvent précéder l’apparition des symptômes respiratoires. De plus en plus d’études suggèrent qu’ils sont le signe d’un terrain favorable à une aggravation de la maladie, probablement en lien avec le développement d’une inflammation. Inévitablement, l’influence du microbiote intestinal est suspectée.

Au cours de l’infection par le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-Cov-2), l’apparition de troubles digestifs est relativement fréquente. Selon une récente étude américaine, près d’un tiers des patients atteints du Covid-19 présenteraient des symptômes gastro-intestinaux [1]. Il s’agit en majorité de diarrhée, de vomissements, de nausée et de douleurs abdominales.

L’apparition de manifestations gastro-intestinales est liée à la présence de récepteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2), porte d’entrée du SARS-Cov-2, au niveau de l’épithélium intestinal. Souvent, ces manifestations précèdent l’apparition de la fièvre et des symptômes respiratoires. Une diarrhée peut ainsi survenir quelques jours avant le développement d’une toux.

ARN viral dans les selles

« On sait que le virus se réplique très bien dans l’intestin et qu’il s’y maintient plus longtemps que dans les voies respiratoires supérieures. Des travaux ont montré que l’ARN viral peut être détecté dans les selles longtemps après sa disparition au niveau des voies aériennes », a indiqué le Pr Harry Sokol (Service de gastro-entérologie et nutrition, Hôpital Saint-Antoine, AP-HP, Paris), auprès de Medscape édition française.

Ce constat a amené à envisager un risque de transmission par voie féco-orale, qu’il reste encore à démontrer. « La charge virale est relativement importante dans les selles, mais il n’est pas prouvé que les virus qui s’y trouvent sont infectieux », précise le gastro-entérologue.

Si cette voie de transmission préoccupe les cliniciens, l’apparition de troubles au niveau gastro-intestinal est également suspectée d’être le signe d’un terrain favorable à une aggravation de l’’infection. « De plus en plus d’études vont dans ce sens en montrant que la présence de manifestations digestives est corrélée avec le développement de formes plus sévères de la maladie », note le Pr Sokol.

Dans l’étude américaine précédemment citée, l’infection a duré en moyenne plus longtemps chez les patients présentant des symptômes gastro-intestinaux comparativement à ceux qui n’en avaient pas. Cette étude rétrospective a inclus 278 patients testés positifs au coronavirus. Chez ceux présentant des troubles digestifs, la durée de l’infection après diagnostic était supérieure à 7 jours dans 33% des cas, contre 22% chez les patients sans troubles.

Menée en Chine sur une cohorte de 254 patients infectés par le coronavirus, une autre étude révèle des paramètres biologiques moins favorables en cas de symptômes gastro-intestinaux [2]. Le taux de protéine C réactive (CRP) apparait notamment deux fois plus élevé chez les patients présentant ces troubles (7,3 mg/L, contre 3,8mg/L chez les patients sans trouble), ce qui suggère un niveau d’activité inflammatoire supérieur.

Analogie avec la grippe

Les symptômes gastro-intestinaux peuvent ainsi être révélateurs du développement d’une inflammation en réponse à l’infection. Or, lorsque la réponse inflammatoire devient excessive et touche plusieurs organes, voire même l’endothélium du système vasculaire, comme l’ont récemment suggéré des chercheurs suisses, l’état du patient peut vite se dégrader [3]. (Lire Une dysfonction endothéliale à l’origine des complications vasculaires du COVID-19 ?)

Dans ce contexte, l’apparition d’une inflammation au niveau de l’intestin amène inévitablement à s’interroger sur le rôle éventuel du microbiote intestinal. « On sait que l’obésité ou le diabète font partie des facteurs de risque de développer une forme grave de l’infection par le coronavirus. Or, ces patients ont souvent un microbiote altéré », remarque le gastro-entérologue, spécialiste du microbiote. (Lire COVID-19 et obésité sévère : 7 fois plus de patients ventilés)

Un déséquilibre de l’écosystème bactérien au niveau intestinal (dysbiose) pourrait donc être corrélé à une aggravation des symptômes chez les patients infectés. « Cette corrélation a déjà été observée avec d’autres infections virales comme la grippe. Des études ont ainsi montré que les formes graves de grippe sont associées à la présence d’un microbiote altéré ».

D’autres travaux ont aussi révélé que les patients pris en charge pour une grippe ont moins de risque de voir leur état s’aggraver s’ils ont l’habitude de consommer des aliments riches en fibre, connus pour améliorer l’état de la flore intestinale. A l’inverse, un traitement comprenant des antibiotiques favoriserait une aggravation des symptômes.

L’orage inflammatoire lié à une dysbiose? 

Dans le cas de l’infection par le SRAS-Cov-2, « une dysbiose pourrait favoriser l’apparition de l’orage inflammatoire » observé chez beaucoup de patients infectés dont l’état se dégrade, indique le Pr Sokol. En revanche, un microbiote mieux préservé aiderait à modérer le système immunitaire et à éviter cet état inflammatoire délétère. « Pour le moment, ce ne sont que des hypothèses ».

 
Dans le cas de l’infection par le SRAS-Cov-2, « une dysbiose pourrait favoriser l’apparition de l’orage inflammatoire. Pr Harry Sokol
 

La possible implication du microbiote dans la progression de l’infection suscite beaucoup d’intérêt, au point même de faire l’objet d’une fausse information, largement diffusée ces derniers jours. Celle-ci présente la bactérie intestinale Prevotella comme étant la principale cause des décès survenus chez les patients infectés par le coronavirus, en raison de la réaction immunitaire excessive qu’elle provoque.

L’information se base sur une étude chinoise, parue en pré-print, qui affirme que le taux de Prevotella est plus élevé chez les patients atteints du Covid-19 que chez les autres. Très partagée sur les réseaux sociaux, elle expliquerait notamment pourquoi l’antibiothérapie a tout son intérêt dans le traitement controversé du Dr Didier Raoult.

« L’étude en question porte sur trois patients seulement et ne comporte pas de groupe contrôle. Prevotella est une bactérie assez banale qui se retrouve en abondance chez un tiers des adultes en bonne santé. Aucune donnée ne montre son implication. L’argumentaire s’appuie sur une fausse information », affirme le Pr Sokol.

Etude du microbiote des patients infectés

De son côté, le gastro-entérologue prévoit de lancer une étude pour caractériser le microbiote des patients atteints d’une forme grave de l’infection par le Covid-19. « Les populations bactériennes présentes dans l’intestin de ces patients seront comparées à celles de sujets sains. L’objectif est d’identifier les bactéries manquantes ou sous-représentées chez les individus malades ».

Il restera à savoir si une modification du microbiote peut prévenir l’aggravation des symptômes chez les patients infectés. « Il faudra alors vérifier si l’introduction de ces bactéries dans le microbiote des sujets malades peut s’avérer bénéfique. » Cette approche pourrait être testée dans un deuxième temps, après la phase de caractérisation du microbiote, a indiqué le Pr Sokol.

Retrouvez les dernières informations sur le COVID-19 dans le  Centre de ressource Medscape dédié au coronavirus .

 

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