Les disparités de prévalence et de mortalité par COVID-19 sont-elles imputables à la génétique ?

Dr Claude Biéva

Auteurs et déclarations

23 avril 2020

Belgique – Le patrimoine génétique pourrait-il jouer un rôle dans notre susceptibilité à l'infection par le SARS-CoV-2 ? Plusieurs pistes le suggèrent.  L’une d’elle est avancée par une équipe de l'hôpital universitaire de Gand (UZGent). Elle suggère que le polymorphisme D du gène ACE1 (qui code pour l’enzyme de conversion de l'angiotensine 1) expliquerait en partie le nombre d'infections et de décès respectifs par pays. L'étude s'est focalisée sur 33 pays d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen Orient et les résultats montrent que plus le polymorphisme est présent dans un pays, moins il y a d'infections et de décès enregistrés. Commenté par le Pr Joris Delanghe (UZGent), premier auteur de la publication.

L'allèle D du gène de l'ACE1

 « Nous sommes partis du constat que le SARS-CoV-2 utilise les récepteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine 2 pour entrer dans la cellule et que l'allèle D du gène de l'ACE1 module l'expression de l'ACE2, explique le Pr Delanghe. Nous savons aussi qu'il existe un polymorphisme du gène de l'ACE1 (D/I délétion/insertion) qui régule les concentrations de l'ACE2. L'idée était donc de rechercher un lien entre ce polymorphisme et la prévalence de l'infection et des décès liés au Covid-19 ».

Un cas sur 2 expliqué par la génétique 

Au total, 33 pays ont été sélectionnés*. Les données sur la fréquence de l'allèle D du gène de l'ACE1 disponibles pour ces pays ont été croisées avec les données épidémiologiques (prévalence, mortalité) sur le Covid-19 dans le monde (185 pays) fournies en temps réel par la Johns Hopkins University. Selon le Pr Delanghe : « nous voyons clairement pour les 33 pays, une corrélation inverse entre la transformée logarithmique de la prévalence du Covid et la fréquence de l'allèle D du gène de l'ACE1 (r² = 0,378, p = 0,001). De la même façon, une corrélation significative est retrouvée entre la fréquence de l'allèle D du gène de l'ACE1 et la mortalité liée au COVID-19 (r² = - 0,510, p = 0,01) ». Une fréquence faible de l'allèle D est décrite dans des populations d'Asie sévèrement touchées par le virus (Chine et Corée). 

*Ces 33 pays sont l'Algérie, l'Arabie Saoudite, l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, Chypre, l'Egypte, l'Iran, la Jordanie, la République Tchèque, le Danemark, l'Estonie, la Finlande, la France, l'Allemagne, la Grèce, la Hongrie, Israël, l'Italie, la Lituanie, la Moldavie, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Slovaquie, la Slovénie, l'Espagne, la Suède, la Suisse et la Turquie.

Fig.1 Prévalence de COVID 19 dans 33 pays (au 1er avril 2020 vs. fréquence de l’allèle ACE1 (%): log (prévalence; no. de cas/10habitants) = 5,308 – 0,052 (fréquence de D-allele, %), r2= 0,361; p = 0,0002.​

A l'autre bout de la droite, une fréquence élevée de l'allèle D se retrouve dans les pays scandinaves et des pays d'Europe de l'Est qui affichent des chiffres de prévalence et de mortalité plus bas. La Belgique indiquée en rouge est plutôt dans le groupe des pays où la fréquence de l'allèle D est intermédiaire mais la prévalence élevée, « ce qui, pour le Pr Delanghe, confirme bien que la génétique n'explique pas tout. Environ 38% de la variabilité de la prévalence serait explicable par cette fréquence de l'allèle D ».

Un outil épidémiologique de déconfinement ? 

Pour le Pr Delanghe, « ces données suggèrent que le patrimoine génétique explique chez un individu sur 2 la variabilité de la prévalence et de la mortalité dans les populations considérées ». Que déduire de cette corrélation ? Sur le plan clinique d'abord, on peut penser que connaître le polymorphisme ACE1 D/I d'un malade permettrait de prédire l'évolution de la maladie, légère ou sévère. Ensuite sur le plan épidémiologique, ce serait une donnée de première importance au même titre que la détection des anticorps neutralisants dans le plasma comme marqueur de l'infection. Il serait envisageable d'affiner une procédure de déconfinement sur base de cette susceptibilité plus ou moins forte de chaque individu à être contaminé. En pratique, la question est de savoir si cette recherche est réalisable à l'échelle d'une population, même s'il s'agit d'une méthode PCR qu'un grand nombre de laboratoires commence à maîtriser dans le cadre du dépistage du SARS-CoV-2.

 

Cet article a été publié initialement sur MediQuality le 21 avril 2020.

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