POINT DE VUE

Effets bénéfiques de l’huile de coco sur la santé : que dit la littérature récente ?

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

3 juin 2020

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

Pourquoi l’huile de coco jouit-elle d’une si bonne réputation en nutrition? Est-ce justifié? Quels sont les effets de sa consommation sur les paramètres lipidiques, l’inflammation ou la prise de poids? Que dit la littérature récente?

TRANSCRIPTION

Depuis quelques années, l’huile de noix de coco jouit d’une excellente réputation un peu partout dans le monde. Déjà en 2016, dans une enquête américaine, 72 % des interrogés disaient, selon leur opinion, que l’huile de coco était excellente pour la santé. Plus récemment, je me suis intéressé à faire un sondage sur mon compte Instagram @PUMSUNIV où une majorité de soignants et d’étudiants en santé sont inscrits et j’ai posé cette question : « d’après vous, l’huile de coco est-elle bonne pour le cœur ? » 59 % des personnes qui suivent ce compte @PUMSUNIV ont répondu « oui. »

Pourquoi l’huile de coco a-t-elle cette excellente réputation ? Les hypothèses sont :

  • même si elle est riche en graisses saturées, l'huile de coco n’augmenterait pas le LDL-cholestérol.

  • elle est riche en polyphénols, qui ont effet antioxydant bien connu, et aurait donc des effets antioxydants et anti-inflammatoires.

  • grâce à sa teneur en graisses saturées « à chaînes moyennes », elle aurait un effet bénéfique pour perdre du poids en augmentant la dépense énergétique.

  • elle aurait un effet bénéfique sur le métabolisme du glucose.

Est-ce vrai ? Que dit la science si on résume les données disponibles aujourd’hui ?

Huile de coco et cholestérol

Il y a quelques années, une métarégression à partir de sept essais randomisés[1] suggérait qu’effectivement l'huile de coco n’augmenterait pas le LDL-cholestérol. Mais plus récemment, une méta-analyse publiée dans Circulation [2] regroupant 16 essais randomisés, confirme que le taux de LDL-cholestérol s’élève avec une consommation d’huile de coco quand on compare avec une consommation d’autres matières grasses. Et c’est une augmentation qui est tout à fait significative, de l’ordre de 10 mg/dL. Donc cette idée que l’huile de coco n'élève pas le LDL-cholestérol, il faut l’oublier — c’est faux.

Est-ce que l’huile de coco a des effets sur les autres paramètres lipidiques ? La réponse est oui, puisque l’huile de coco augmente le HDL-cholestérol de manière statistiquement significative. Alors vous me direz « on monte un peu le LDL-cholestérol, ce qui n’est peut-être pas bon, mais on monte aussi le HDL-cholestérol, et ça, on pense que c’est bon. » En réalité, encore une fois, si on fait la synthèse de la littérature, aujourd’hui, autant on sait que l’augmentation du LDL-cholestérol augmente le risque cardiovasculaire et que quand on baisse le LDL-cholestérol on diminue le risque, autant les choses sont beaucoup moins claires pour le HDL-cholestérol. À ce jour, il n'a pas été démontré que monter le HDL-cholestérol — par une quelconque méthode que ce soit — diminue de risque cardiovasculaire. Donc on ne peut pas dire que l’huile de coco a un effet bénéfique, ni même un effet neutre, sur les paramètres lipidiques. Pourquoi cet effet ? Il faut arrêter de dire que l’acide laurique est un acide gras à chaînes moyennes. Certes, il a 12 atomes de carbone versus 14 ou 16 pour les acides gras classiquement à chaînes longues, mais il se comporte, dans son métabolisme, comme les acides gras à chaînes longues et non pas comme les acides gras à chaîne moyenne de type 10 atomes de carbone qui, eux, effectivement, n’ont pas — ou peu en tout cas — d’impact sur le LDL-cholestérol. 

 
Donc on ne peut pas dire que l’huile de coco a un effet bénéfique, ni même un effet neutre, sur les paramètres lipidiques.
 

Des effets anti-inflammatoires ?

Toujours dans cette méta-analyse, [2] les chercheurs n’ont pas retrouvés d'effets sur l'inflammation. Il faut dire que, autant pour le LDL-cholestérol il y a une forte puissance puisque tous les essais ont évalué l’effet de l’huile de coco sur le LDL-cholestérol, autant, ici, c’est une sous-partie de ces études qui est évaluée, donc la puissance n’est pas importante, mais en tout cas aucun signal d’un bénéfice quelconque sur l’inflammation n’apparaît.

Un effet sur la perte de poids et le métabolisme du glucose ?

En ce qui concerne le poids, c’est la même chose. On sait que les acides gras à chaînes moyennes peuvent augmenter un peu la dépense énergétique de repos, mais n’oublions pas que l’huile de coco contient aussi une grande quantité d’acides gras à chaînes longues, et que finalement, l’effet sur la dépense énergétique est probablement nul, ou s’il existe, il est cliniquement non significatif.

En ce qui concerne l’impact sur le métabolisme du glucose, là encore cette méta-analyse ne trouve strictement rien. [2]

Conclusion

Aujourd’hui, il faut être raisonnable quand on regarde ces données scientifiques. L’huile de coco n’est pas une huile qui doit être privilégiée pour des raisons de santé. On peut, bien évidemment, comme n’importe quel aliment, en consommer pour le plaisir, mais enlevons de la tête de nos patients que l’huile de coco doit être consommée pour se prémunir contre les maladies cardiovasculaires. Et on doit, selon plusieurs recommandations, privilégier une diversité d’huiles, en particulier l’huile d’olive, celles de diètes méditerranéennes, l’huile de colza, l’huile de noix, l’huile de soja, et pourquoi pas de tournesol et autres huiles, pour une alimentation diversifiée. Mais en aucun cas l’huile de coco ne doit être une huile à privilégier.

 
L’huile de coco n’est pas une huile qui doit être privilégiée pour des raisons de santé.
 

Je vous remercie de votre attention et je vous dis à très bientôt sur Medscape.

 

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