POINT DE VUE

Pourquoi et comment dépister l’hyperphagie boulimique chez le patient diabétique?

Dr Boris Hansel

Auteurs et déclarations

13 juillet 2020

Le blog du Dr Boris Hansel - Diabétologue et nutritionniste

Dépister l’hyperphagie boulimique peut radicalement changer la prise en charge du patient diabétique. Le Dr Hansel explique pourquoi.

TRANSCRIPTION

Il existe chez les patients diabétiques une pathologie nutritionnelle qui est largement sous-diagnostiquée, elle est pourtant facile à dépister : l’hyperphagie boulimique, ou le binge-eating disorder en anglais et qu’on peut appeler aussi le BED. Dépister l’hyperphagie boulimique peut radicalement changer la prise en charge du patient diabétique.

L’hyperphagie boulimique : une authentique pathologie

L’hyperphagie boulimique est reconnue comme une authentique pathologie depuis 2013, selon le manuel des critères diagnostiques du DSM-5. Schématiquement, il s’agit d’un trouble du comportement alimentaire caractérisé par la survenue de crises de boulimie au moins 1 fois par semaine, pendant au moins 3 mois — et attention, il n’y a pas de purge, c’est-à-dire pas de vomissements, pas de prise de laxatifs, ni de diurétiques, etc.

La crise de boulimie est définie par trois points spécifiques :

  1. on mange vite,

  2. on mange beaucoup,

  3. et il y a une perte de contrôle de la prise alimentaire.

La prévalence de l’hyperphagie boulimique chez les patients diabétiques est mal définie — quand on regarde les publications, elle touche de 1% à 25% des patients. Mais ce qui est clair, c’est que cette fréquence de l’hyperphagie boulimique est particulièrement élevée chez les patients obèses. J’ai déjà discuté, il y a quelques mois, de ce problème de l’hyperphagie boulimique chez les personnes obèses. Si on ne sait pas quelle est la prévalence exacte chez patients diabétiques, on sait que moins de la moitié des patients touchés par ce trouble du comportement alimentaire sont traités spécifiquement pour cette pathologie. Pourquoi observe-t-on cela ? Parce que beaucoup de soignants ne pensent pas à cette pathologie, les patients n’en parlent pas parce qu’ils ne savent pas faire la différence entre la gourmandise, le grignotage et cette authentique pathologie, et finalement ni les soignants, ni les patients ne parlent de ce problème. Si j’en parle, c’est parce que les conséquences peuvent être importantes, notamment chez les patients diabétiques de type 2.

Quelles conséquences sur les patients TD2 ?

Cette hyperphagie boulimique provoque une prise de poids avec donc un impact sur l’équilibre glycémique et les facteurs de risques cardiométaboliques. En outre, l’hyperphagie boulimique favorise une survenue plus précoce du diabète parce qu’elle favorise une prise de poids souvent à un âge relativement jeune, avec donc un diabète de type 2 qui s’exprime chez les patients prédisposés un peu plus tôt, et qui vont alors être exposés plus longtemps à une hyperglycémie, avec, à la clé, les complications micro- et macro-angiopathiques.

Aujourd’hui, je voudrais avant tout pour insister sur le dépistage de l’hyperphagie boulimique chez les patients diabétiques, et en particulier chez les diabétiques de type 2, avec ou sans excès de poids, ou encore chez les diabétiques de type 1 qui peuvent être en surpoids et chez lesquels l’équilibre glycémique n’est pas trop bien compris ― chez lesquels on ne sait pas pourquoi, à certains moments, la glycémie augmente alors que le patient ne déclare rien de particulier.

Pour ce dépistage, on peut au minimum utiliser des questionnaires. Il y a notamment un questionnaire en cinq questions qui s’appelle SCOFF, traduit en français (SCOFF-F, voir encadré ci-dessous). C’est, à mon sens, un excellent outil de dépistage. Cela ne fait pas le diagnostic d’hyperphagie boulimique, mais il permet de détecter les patients qui ont probablement, ou peut-être, un trouble du comportement alimentaire qui peut être une hyperphagie boulimique.

Il y a d’autres questionnaires validés, qui sont plus détaillés, mais à mon sens on peut se contenter, quand on suspecte le problème, après avoir fait ce dépistage, de discuter avec son patient à la recherche des crises de boulimie ― prise alimentaire excessive avec perte de contrôle, par crises, sans avoir faim ― et de voir que ces crises de boulimie arrivent au moins une fois par semaine et qu’il y a un sentiment de culpabilité, un sentiment de ventre plein après les crises. Bref, on peut, avec un interrogatoire un peu poussé, affiner et faire le diagnostic.

Pourquoi faut-il faire ce diagnostic ?

L’hyperphagie boulimique peut occasionner des complications, notamment chez le patient diabétique de type 2, et surtout, cela va nous permettre de comprendre pourquoi un patient n’arrive pas à contrôler son poids, et pourquoi parfois les glycémies s’élèvent de manière inattendue. Le fait d’avoir une crise de boulimie, va en effet provoquer une montée de la glycémie, et sur le plan thérapeutique, cela va nous amener — et c’est fondamental — à d’autres recommandations que celle de suivre un régime équilibré, avec des conseils diététiques concernant les apports en graisse et les apports en sucre. Ici, c’est vers un traitement comportemental qu’il faudra s’orienter, et là, il y aura plusieurs possibilités.

Je vous remercie de votre attention et je vous dis à très bientôt sur Medscape.

Questionnaire SCOFF-F

(ou DFTCA : définition française des troubles du comportement alimentaire, traduction française validée du SCOFF) [1]

1. Vous faites-vous vomir parce que vous vous sentez mal d’avoir trop mangé?

2. Vous inquiétez-vous d’avoir perdu le contrôle de ce que vous mangez?

3. Avez-vous récemment perdu plus de 6 kg en 3 mois?

4. Pensez-vous que vous êtes gros(se) alors que d’autres vous trouvent trop mince?

5. Diriez-vous que la nourriture domine votre vie?

 

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