L’augmentation de la ROSP 2019 tombe à pic

Philippe Anaton

Auteurs et déclarations

23 avril 2020

Paris, France—Alors que l’activité des cabinets libéraux dégringole en cette période de confinement, avec une perte d'activité estimée à 40% pour les généralistes et à 70% pour les médecins des autres spécialités, l’arrivée dans l’escarcelle des médecins de la rémunération sur objectifs publics (ROSP 2019), en hausse pour la deuxième année consécutive, est bienvenue.

Mieux que prévu

La publication la semaine dernière des montants de versement de la rémunération sur objectif de santé publique (ROSP) par l'assurance maladie a mis fin à un long suspens et à un début de polémique.

En effet, en février dernier, la Fédération des médecins de France (FMF) avait publié une première estimation des montants qui allaient être versés, en moyenne, au titre de la ROSP 2019.

La FMF établissait que le montant de la ROSP 2019 allait être, peu ou prou, du même niveau que celui de la ROSP 2018 et le syndicat concluait que cette rémunération démontrait une stabilité quasi-parfaite de la ROSP. Et que cette rémunération voulue et défendue par la CNAM comme un outil de revalorisation des honoraires médicaux manquait « clairement son but ».

L'assurance maladie, en publiant ces données, a démenti les estimations de la FMF : en effet, cette année, le montant de la ROSP adulte est en augmentation. « Pour la seconde année consécutive, les résultats de la Rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp), largement refondue et modernisée depuis 2016, sont en hausse avec, comme conséquence, une rémunération accrue pour les 73 582 médecins libéraux concernés en 2020 », s'enorgueillit la CNAM.

La ROSP adulte enregistre ainsi une hausse de +2%. Les médecins généralistes adhérant à la ROSP devraient avoir perçu un montant moyen de 5021 euros contre 4915 euros versés l'an dernier, et réglés entre les 18 et 21 avril.

Si l'on y inclut également les MEP (médecins à expertise particulière), la rémunération moyenne de la ROSP 2019 est de 4820 euros contre 4705 euros en 2018, soit une augmentation de +2,4%.

Concernant la ROSP médecin traitant de l'enfant, elle s'élève cette année à 200 euros pour les médecins généralistes contre 153 euros l'an dernier, et 881 euros pour les pédiatres contre 730 euros en 2018. Les cardiologues pour leur part vont percevoir en moyenne 2124 euros en 2019, contre 2146 euros l'an dernier, soit une baisse de 1%.

La rémunération globale des cardiologues s’élève en 2019 à 9,2 millions d’euros soit 4 349 cardiologues rémunérés en moyenne 2 124 euros.

La ROSP gastro-entérologue pour l'année 2019 est de 1417 euros en moyenne contre 1405 euros l'an dernier. Elle est donc quasi stable.

La ROSP des endocrinologues ne sera versée qu'en mai prochain, « une fois la rémunération des indicateurs déclaratifs calculée ».

Le montant de la ROSP des centres de santé s'élève en moyenne à 7774 euros contre 7646 euros versés au titre de l'année 2018, soit une augmentation de +1,6%.

Voilà pour les montants. Si l'on note une augmentation quasi générale de l'ensemble des ROSP, c'est que l'atteinte des indicateurs a été meilleure cette année que l'an dernier. Pour rappel, les indicateurs sont répartis en trois grands volets : la prévention, le suivi des pathologies chroniques, et l'optimisation des prescriptions.

Prévention : des améliorations sur la vaccination antigrippale ou l’antibiothérapie

Pour la ROSP médecins traitant adulte, et sur le volet prévention, seuls les indicateurs de dépistage des cancers sont en baisse, comme l'an dernier du reste. « Le dépistage du cancer du sein, cancer le plus fréquent et le plus mortel chez la femme, ne progresse pas cette année (- 0,2 point). Le dépistage du cancer colorectal connaît également un recul (- 0,9 point). Le dépistage du cancer du col de l’utérus enregistre, lui aussi, un ralentissement (- 1,1 point) », relève l'assurance maladie.

Si la consommation d'antibiotiques reste 30% supérieure à la moyenne européenne, on note dans les indicateurs ROSP une réduction importante du nombre de traitements antibiotiques chez les patients adultes âgés de 16 à 65 ans, soit -2,9 points en 2019.

Les indicateurs de prévention de la grippe progressent également : 56,4 % pour la vaccination des patients de 65 ans et plus (+ 1,2 point) et +1,6 point pour les patients âgés entre 16 et 64 ans en ALD ou présentant une maladie respiratoire chronique.

Au chapitre de la iatrogénie médicamenteuses, les indicateurs là aussi s'améliorent : « La prévention de la iatrogénie pour les patients âgés de plus de 75 ans sous psychotropes reste quasiment stable (- 0,2 point) mais se situe à un niveau bas, déjà globalement bon (4,6%). Les indicateurs sur les durées de traitements par benzodiazépines hypnotiques et anxiolytiques continuent eux-aussi d’être bien orientés à la baisse (- 1,4 point et - 0,5 point). »

Pathologies chroniques : du mieux du côté du diabète

Sur le volet des pathologies chroniques, l'assurance maladie a classé ses indicateurs en fonction des pathologies : diabète, HTA, risques cardiovasculaires.

Au sujet du diabète, « la part des patients diabétiques ayant bénéficié d’un dépistage de la maladie rénale chronique poursuit sa progression avec une augmentation de 2,6 points, ce qui représente plus de 57 000 patients mieux pris en charge ». Satisfecit également en ce qui concerne le nombre de patients diabétiques qui ont eu droit à un examen du fond de l'œil (+2,3 points).

En revanche, pour ce qui concerne les indicateurs de suivi des patients à risque cardiovasculaire, l'on observe une baisse de 1,5 point sur la surveillance des traitements par anti vitamine K, et une stabilité de la prévention secondaire du risque cardiovasculaire.

Optimisation des prescriptions : plus de génériques

En matière d'optimisation des prescriptions, la majorité des indicateurs restent bien orientés.

En ce qui concerne les indicateurs de prescription dans le répertoire des génériques, on note respectivement + 2,6 points et + 2,4 points pour les antihypertenseurs et les autres traitements, ce qui représente respectivement 3,5 millions et 17,1 millions de boîtes prescrites en plus dans le répertoire des génériques.

A l’inverse, la prescription de statines dans le répertoire des génériques diminue en raison d’une progression de la prescription de Liptruzet® (association fixe ézétimibe/atorvastatine, hors répertoire). Cependant, respectivement 94 % et 88 % des médecins se situent au-dessus de l’objectif cible pour les antihypertenseurs et les statines.

La prescription de biosimilaires parmi les prescriptions d’insuline glargine (un analogue de l’insuline humaine de durée d’action prolongée) poursuit sa progression de 2018 : son taux s’établit à 14,3 % des boîtes prescrites (+ 5,2 points en 2019).

Enfin, le nouvel indicateur sur la diminution de la co-prescription des inhibiteurs de la pompe à protons et des AINS chez les patients de moins de 65 ans sans facteur de risque va dans le bon sens (-0,8 point). A l’inverse, le nouvel indicateur décroissant concernant les traitements par ézétimibe a progressé de 1,0 point. Par ailleurs, la part des patients diabétiques traités par metformine augmente de 0,7 point, tandis que celle des patients ayant eu un dosage isolé de TSH connaît une hausse de 0,3 point.

Autres  Rosp 

Dans la ROSP médecin traitant de l'enfant de moins de 16 ans, les deux indicateurs de vaccination continuent de progresser : « +5,9 points pour l’anti méningocoque C et +1,3 point pour la vaccination rougeole-oreillons-rubéole (ROR). »

En ce qui concerne les pathologies chroniques de l'enfants de moins de 16 ans, l'indicateur relatif à l'exploration fonctionnelle respiratoire chez les patients asthmatiques reste stable à 43,2%.

Pour la ROSP cardiologue, à l'instar de la ROSP médecin traitant adulte, « les résultats de l’indicateur de prescription de statines dans le répertoire se dégrade (-3,9 points) en raison d’une progression de la prescription de Liptruzet® (hors répertoire). » Mais l'ensemble des indicateurs prévention s'améliore : «  + 1,0 point pour l’indicateur de surveillance biologique sous trithérapie anti-HTA,+1,1 point sur l’indicateur portant sur les patients sous trithérapie anti hypertensive dont un diurétique et - 1,8 point sur l’indicateur décroissant relatif à la limitation des anti-aggrégant plaquettaire (AAP). »

En matière de ROSP on note une nette progression des indicateurs sur « l’imagerie après intervention pour cancer colorectal (+ 1,8 point) et sur le dosage de la protéinurie pour MICI sous 5-ASA (+ 1,3 point). »

Idem pour la ROSP endocrinologue : on note une belle progression des deux indicateurs concernant la thyroïde : +2 points et +4,5 points.

Les indicateurs de la ROSP centres de santé épousent ceux de la ROSP médecin traitant de l'adulte à quelques différences près : les indicateurs de prévention de la grippe sont en progression, mais inférieurs à ceux observés chez les médecins traitants libéraux. En revanche, l'indicateur « relatif aux psychotropes chez le patient âgé affiche toujours un meilleur résultat dans les centres de santé ».

 

 

 

 

 

 

 

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