COVID19 : comment les soins de ville se sont organisés malgré tout

Véronique Hunsinger

Auteurs et déclarations

21 avril 2020

Paris, France -- Ce n’est pas le moindre des paradoxes de l’épidémie actuelle. Vendredi dernier, 31 305 patients étaient hospitalisés pour une infection par Covid-19 en France dont 6248 nécessitant des soins lourds de réanimation. Le nombre est encore très élevé si l’on considère les capacités d’accueil de l’hôpital, en particulier en réanimation dont le nombre de places théoriques n’est que de 5000 en temps normal. Cependant, ce nombre est très faible par rapport au nombre total de patients infectés, ce qui est normal puisque les complications concernent moins de 15% des malades.

Le Covid-19 est avant tout une pathologie de médecine de ville

D'après les estimations du syndicat de médecins généralistes, ce seraient 1,6 million de patients présentant des symptômes probables ou avérés de COVID-19 qui ont été pris en charge au pic maximal de l'épidémie entre le 17 mars et le 3 avril. «Le Covid-19 est avant tout une pathologie de médecine de ville», souligne le Dr Jacques Battistoni, président de MG France. «A la fin du mois de février, alors que les cas commençaient à se multiplier, notamment en Alsace, nous avons senti que le système sanitaire allait être débordé et nous avons interpellé le gouvernement. En effet, la communication des pouvoirs publics a été, à plusieurs moments, incohérente et inadaptée. Il y a eu des messages contradictoires qui ont fait que les médecins généralistes n'ont pas pu être suffisamment impliqués car la population ne venait plus les consulter».

Il est vrai que lors des stades 1 et 2 de l'épidémie, c'est l'hôpital qui devait prendre en charge les malades même sans complication, puisque le but était alors d'empêcher la propagation du virus. «A ce moment là, lors que nous avions un patient susceptible d'être infecté par le coronavirus, nous devions l'isoler et appeler le centre 15 pour que celui-ci organise la prise en charge hospitalière», rappelle le Dr Battistoni. «C'est pourquoi les généralistes ont été écartés de fait de la préparation à la riposte contre l'épidémie».

Les cabinets se sont organisés

Pourtant, en même temps que le Plan blanc était activé dans les hôpitaux, les cabinets de médecine générale se sont organisés pour recevoir les patients. «Nous avons créé des flux séparés de patients en organisant la communication auprès des patients avec les secrétariats», souligne le Dr Battistoni. «Nous avons également fait un très gros effort sur la télémédecine car c'est une des mesures barrière pour réduire la propagation du virus dans la population».

La Dr Alice Perrain, membre du bureau de MG France, est généraliste à Amboise et préside la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). «Tous les praticiens de la commune n'avaient pas forcément des locaux adaptés pour accueillir les patients COVID de manière sécurisée», raconte-t-elle. «C'est pourquoi nous avons décidé de mutualiser nos moyens en mettant en place des centres dédiés ainsi que les moyens de protection dont nous manquions. Nous avons également organisé un contact avec un infectiologue du CHU de Tours pour pouvoir discuter des cas compliqués et savoir quand il faut réaliser ou non un prélèvement».

En Ile-de-France, une quarantaine de centres de consultations ambulatoires dédiés aux patients Covid 19 sont en fonction depuis début avril, en lien avec l'Assurance maladie et l'agence régionale de santé. Certains sont des centres temporaires créés spécifiquement dans des locaux mis à disposition par les municipalités ou des lieux adossés à un centre hospitalier. D'autres ont été créés dans des maisons ou centre de santé existants. «Cela aurait été compliqué pour nos patients les plus précaires de se rendre dans un centre dédié», explique la Dr Agnès Giannotti,vice présidente de MG France, qui exerce dans le 18e arrondissement de Paris. «C'est pourquoi nous avons organiser deux centres de consultations dans des maisons de santé de l'arrondissement. Dans le cadre de notre CPTS, nous avons également réorganisé les tournées des infirmières libérales afin qu'elles ne fassent prendre aucun risque à leur patients habituels et qu'elles puissent également prendre en charge le suivi de patients Covid à domicile qui le nécessitent».

Des bâtons dans les roues...

Des centres de consultations avec des généralistes et des infirmières libérales ont également été organisés en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, souvent dans des locaux prêtés par les communes. Mais selon les généralistes de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), certaines ARS refusent d'indemniser les praticiens exerçant dans ces centres, alors qu'un arrêté du ministre de la santé, signé le 28 mars, leur permet de le faire. «Deux poids, deux mesures dans un pays pourtant bien jacobin où certains directeurs d'ARS, bien au chaud et l'abri dans leur bureau, refusent d'aider les médecins généralistes qui travaillent, en première ligne, au péril de leur vie», s'est offusqué le syndicat dans un communiqué.

L'activité de ville s'est effondrée

Le second paradoxe de cette crise épidémique est que l'activité de médecine de ville s'est effondrée au mois de mars. «Dès les premiers jours du confinement, la fréquentation des cabinets de médecine générale a diminué de moitié», estime le président de MG France. Un sentiment confirmé par le directeur général de l'Assurance maladie, Nicolas Revel, mercredi 15 avril devant la commission des affaires sociales du Sénat : sur les trois semaines précédentes, l'activité des généralistes a baissé de 40% tandis que celles des autres spécialistes a chuté de 50%. Des mesures d'accompagnement financier devraient être accordées prochainement aux médecins libéraux. (Lire Dégringolade de l'activité libérale : la CNAM promet des aides​​​​​​​)

 

 

 

 

 

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