COVID-19 : dépistage systématique dans les EHPAD dès le 1er cas confirmé

Caroline Guignot

7 avril 2020

 

Actualisation du 7 avril – Dans son point presse d’hier soir (lundi 6), le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé le lancement quasi immédiat d’opérations « massives de dépistage » dans les établissement accueillant les personnes les plus fragiles, y compris dans les EHPAD.

 

La nouvelle stratégie mise en place dès aujourd’hui va « consister à tester tous les résidents et tous les professionnels à compter du premier cas confirmé du malade du coronavirus au sein de l’établissement ».

Ce dépistage étendu permettrait de regrouper les cas positifs dans les zones spécifiques des EHPAD « pour éviter la contamination des autres résidents ». Les personnels positifs mais asymptomatique « pourront ainsi travailler au sein d’unités regroupant des personnes déjà malades. »

Pour atteindre cet objectif, le ministre a annoncé des moyens humains et techniques sous forme « d’équipes mobiles » et de « bus de prélèvement ». SL

 

EHPAD : quid de la faisabilité des nouvelles préconisations sur le terrain ?

France/ 6 avril 2020 – La prise en compte des décès survenus dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) est venue alourdir le bilan de l’épidémie. Comment confiner nos aînés dans le respect de leurs droits, et sans provoquer un isolement qui serait néfaste pour leur santé psychique et physique ? Faut-il une filière dédiée de prise en prise pour une personne âgée infectée au Covid-19 ? Toutes ces questions ont l’objet, au cours de la semaine dernière, de débats éthiques et organisationnels que nous résumons ici.

2 028 décès dans les EHPAD

Alors que la barre d’ un million de cas confirmés de COVID-19 a été franchie depuis jeudi dernier au niveau mondial, la France connait, elle, plus de 90 000 cas d’infections recensés sur son territoire, et plus de 8 000 décès – un bilan national désormais alourdi par les premières estimations de l’impact du virus dans les EHPAD et autres structures médicosociales.

Lors de son point de situation samedi 4 avril, le directeur général de la santé (DGS) Jérôme Salomon a détaillé les chiffres officiels qui font état de 28 143 personnes actuellement hospitalisées en France en raison d'une infection au Covid-19 dont 6 838 sont en soins intensifs.
Depuis le début de l'épidémie, la France déplore 7 560 morts, dont 2 028 dans les EHPAD et autres établissements médicaux-sociaux (contre 1416 la veille) et 5 532 à l'hôpital (+441 en 24h).

EHPAD : pas de confinement individuel systématique

Concernant plus spécifiquement les EHPAD, le ministre de la santé, Olivier Véran, avait indiqué le 28 mars la nécessité d’évoluer vers un confinement individuel des résidents. Cette semaine, le conseil scientifique et le CCNE ont tous deux nuancé cette assertion en se prononçant en substance contre le principe d’un confinement individuel généralisé des résidents. « Le confinement individuel n’a (…) pas vocation à s’appliquer en toute généralité» statue le Conseil scientifique dans son avis du 30 mars, en soulignant que la « prise en compte des situations locales est ici essentielle ». Même son de cloche dans l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui indique qu’« un renforcement des mesures de confinement pour les résidents des EHPAD et des unités de soins longue durée (USLD), voire des mesures de contention pour ceux dont les capacités cognitives ou comportementales sont trop altérées pour qu’ils puissent les comprendre et les respecter, ne saurait être décidé de manière générale et non contextualisée, tant la situation des établissements diffère.»

Organiser l’accueil des familles et des proches

Dans son avis, le CCNE plaide, malgré le contexte d’urgence, pour que plusieurs garanties fondamentales soient respectées pour les résidents en EHPAD : le caractère temporaire et proportionné des mesures, la nécessité d’associer les familles et les tiers extérieurs à la prise de décisions à forts enjeux éthiques et la lutte contre l’isolement des aînés. Il insiste particulièrement sur la nécessité de préserver un espace de circulation physique afin d’éviter que le confinement, « quelle que soit sa justification » ne devienne pour les résidents «  une mesure de coercition ». Il évoque même que la visite des proches testés négativement soient possibles pour les résidents testés négativement eux aussi, voire même pour les familles, proches et résidents qui le souhaitent, que l’aîné « puisse au moins temporairement les rejoindre à leur domicile », ces propositions imposant évidemment « que des tests puissent être proposés à grande échelle ».

L’accueil des familles et proches, devrait aussi pouvoir être organisé pour les résidents en fin de vie. Mais le CCNE souligne que toute mesure impose préalablement que «  tous les moyens (humains et ressources) [aient été] identifiés et mobilisés, dans chaque établissement » et qu’un « déploiement rapide de moyens humains (…) soient toujours assurés, ainsi que des moyens supplémentaires » ce qui reste une gageure : la « crise sanitaire actuelle est révélatrice du manque de moyens préexistants, notamment humains, dans ces établissements, (…) la pénurie de personnels et des ressources indispensables aujourd’hui dans un contexte d’isolement déjà installé, [exacerbant] les difficultés auxquelles les professionnels de santé doivent faire face dans l’urgence» reconnaît-il.

Tests en EHPAD

Jeudi soir dernier, le premier ministre, Edouard Philippe indiquait que l’objectif était d'augmenter la capacité de test virologique ou sérologique. « Sur les tests virologiques, (…) nous allons monter à 30 000 tests par jour dès le début de la semaine prochaine. (…) Sur la question des tests sérologiques, nous voulons vérifier que les tests fonctionnent bien »  certains, utilisés dans d’autres pays s’étant avérés de précision insuffisante.

Si les tests seront essentiels au déconfinement, ils restent – pour ce qui est des tests diagnostiques – un élément crucial pour maîtriser aujourd’hui la propagation du virus, notamment dans les résidences de vie collective. Dans son  avis du 30 mars, le Conseil scientifique insiste sur la nécessité de prioriser les tests diagnostiques et biologiques pour tous les résidents et tous le personnel, qu’il s’agisse des tests diagnostiques – actuels ou futures- ou des tests visant à établir le statut sérologique des personnes. « En coordination avec les ARS, des prélèvements pourront être analysés en urgence pour déterminer le statut Covid négatif de l’ensemble du personnel et des résidents. De même, en cas d’infection, il sera possible de faire une analyse large pour déterminer le statut Covid des différentes personnes ou espaces dédiés au sein des EHPAD, afin de conforter les organisations de prise en charge de l’épidémie. Concomitamment, et en cas de besoin, une détermination du statut sérologique via des enquêtes systématiques pourra aussi être réalisé de manière élargie en utilisant les moyens de sérodiagnostic dès qu’ils seront disponibles » .

Sur ce point, au cours de son intervention face à l’Assemblée Nationale, le ministre de la Santé a justifié l’absence de systématisation des tests auprès des soignants dans les EHPAD, dans les conditions actuelles, en précisant qu’un test diagnostique n’a de valeur qu’à un instant t et ne permet pas d’écarter le risque de contamination ultérieur. Aussi, le principe retenu est de tester les professionnels dès qu’il présente des symptômes ou dès qu’il a été en contact avec un cas confirmé.

Quelle filière de prise en charge pour un patient Covid en EHPAD ?

Le Conseil scientifique a également proposé une liste de principes stratégiques opérationnels concernant la prise en charge des résidents infectés, qu’il laisse toutefois aux acteurs le soin de formaliser. Les pré-requis méthodologiques, humains et organisationnels relatifs à deux scénarios envisageables sont listés selon le scénario envisagé par l’EHPAD : le premier repose sur le renforcement des moyens dédiés au sein de la structure. Cette option impose la mise en place de zones distinctes pour les sujets infectés et non infectés, le soutien par du personnel supplémentaire, y compris de nuit, la mise à disposition de matériels de soins et de ventilation et la nécessité de bénéficier du support d’une équipe mobile ou implantée de soins palliatifs lorsque cela s’avère nécessaire.

Le second scénario est celui d’une filière de soins dédiée hors des EHPAD. Dans ce second cas, le texte plaide pour la mise en place d’unités « COVID + Anciens » au niveau hospitalier, les « chances de survie [étant] difficiles à optimiser, y compris en réanimation » pour ce public en services hospitaliers généralistes. Concernant l’hospitalisation et la réanimation, « tous les patients, y compris âgés, doivent quoi qu’il en soit bénéficier de soins adaptés à leur situation dans un environnement médicalisé et de qualité » malgré le contexte de saturation des services de réanimation » conclut le Conseil scientifique.

Quid de la faisabilité de ces préconisations sur le terrain ? Dans un article du Figaro , le 25 mars, Gaël Durel, président de l’Association nationale des médecins coordonnateurs en EHPAD et du médico-social alertait : « il n’y a pas de place à l’hôpital » pour les résidents. « Il faut que l’hôpital vienne à nous d’une manière ou d’une autre » insistait pour sa part Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées. « Nous demandons la création d’une cellule d’urgence EHPAD pour les situations critiques.» Elle indiquait « travailler avec l’État sur un nouveau protocole afin de déverrouiller les disponibilités» pour les EHPAD où la situation est critique. Le temps presse.

 

 

Cet article a été initialement publié sur le site Univadis.fr le 3 avril 2020 sous l’intitulé « COVID-19 : premiers chiffres disponibles en EHPAD ». Adapté et réactualisé par Medscape édition française.

 

 

 

 

 

 

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