Asthme, BPCO : la SPLF émet des recommandations dans le contexte du COVID-19

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 avril 2020

France – En cette période de circulation intense du virus, les patients asthmatiques doivent-ils revoir leur traitement ? Et qui de ceux atteints de maladies respiratoires chroniques. Voici quelques recommandations émises par la Société de pneumologie de langue Française (SPLF) concernant l’asthme, ainsi que des propositions pour la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) dans le contexte de l’épidémie du COVID-19 [1,2]. (Lire aussi Covid-19 et asthme : les recommandations des pneumologues)

Les asthmatiques ne semblent pas surreprésentés 

« Les asthmatiques et notamment les asthmatiques sévères sont une population à risque d’infections respiratoires virales sévères qui peuvent par ailleurs induire des exacerbations de l’asthme, rappelle la Société savante. Elle rassure toutefois en indiquant que, dans l’épidémie actuelle de Covid-19, « les asthmatiques ne semblent pas surreprésentés », d’après les données préliminaires dont elle dispose. Néanmoins, la SPLF reste prudente indiquant qu’il n’existe pas de donnée spécifique concernant les exacerbations d’asthme et a fortiori les exacerbations graves, en relation directe avec cette infection et que, fait, « d’un point de vue théorique, il n’est pas exclu que l’infection par COVID-19 puisse être responsable d’une exacerbation d’asthme ».

Message 1. Tous les traitements de fond de l’asthme doivent être maintenus

Pendant la période de l’épidémie, tous les traitements de fond de l’asthme doivent être maintenus et adaptés pour que l’asthme soit parfaitement contrôlé (à évaluer sur un score de symptôme habituel comme l’ACT, l’ACQ …).

Par ailleurs, les corticoïdes inhalés n’exposent pas à un risque d’infection virale respiratoire plus sévère en général et d’infection par le SARS-CoV-2 sur les données disponibles. Donc, le traitement de fond par corticoïdes inhalés, éventuellement associé à d’autres molécules (LABA, LAMA, montelukast…), doit être maintenu pendant la période de l’épidémie.

Il en va de même des biothérapies. Qu’elles soient commercialisées (omalizumab, mepolizumab, benralizumab) ou en ATU (dupilumab), ces biothérapies doivent être maintenues, en gardant le rythme des injections prescrit. « Les biothérapies prescrites dans l’asthme ne sont pas immunosuppressives », précise la SPLF.

En pratique, ces médicaments peuvent être injectés par le patient à domicile, s’il a été formé par un personnel soignant, pour éviter les déplacements vers des établissements de soins.

La corticothérapie orale au long cours, quant à elle, doit comme habituellement être maintenue à la dose minimale efficace pour contrôler l’asthme et doit être poursuivie si elle est nécessaire pour conserver un bon contrôle de l’asthme.

Message 2. Pas de raison de différer le début d’une biothérapie

« En cas de mauvais contrôle de l’asthme, il n’y a pas de raison de différer le début d’une biothérapie si elle est indiquée » considère le groupe de travail Asthme et Allergies de la SPLF. Il est recommandé de ne pas débuter comme habituellement une biothérapie pendant une exacerbation, pour ne pas influencer les paramètres d’évaluation du traitement.

Message 3. Exacerbations : ne pas retarder l’administration des corticoïdes systémiques

La corticothérapie systémique est le traitement de l’exacerbation d’asthme. Le retard à l’initiation peut être fatal. En cas d’exacerbation d’asthme fébrile, même avec suspicion d’infection par COVID19, il ne faut pas retarder l’administration des corticoïdes systémiques à la posologie habituelle (0,5 à 1 mg/kg), et notamment de pas attendre un résultat de test diagnostique RT-PCR. La durée de traitement habituelle (5 jours) doit être maintenue même si l’infection par COVID-19 est confirmée.

Il est d’ailleurs rappelé que les corticoïdes ne sont pas des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), lesquelles ont été associées à des formes plus graves d’infection par COVID-19.

Les bronchodilatateurs doivent être administrés en priorité en utilisant une chambre d’inhalation si la situation clinique le permet.

En revanche, l’utilisation des nébulisations peut augmenter la dissémination du virus dans les aérosols et nécessite des précautions pour les soignants (lunettes, masque FFP2, surblouse) mais aussi pour l’entourage.

Par conséquent, l’utilisation des nébulisations à domicile, chez un patient suspect ou confirmé, doit être limitée au maximum et l’utilisation d’une chambre d’inhalation est à prioriser.

En résumé, la SPLF rappelle que les médicaments de l’asthme doivent être poursuivis à dose efficace pour que l’asthme, quelle que soit sa sévérité, soit contrôlé durant cette période épidémique à Covid-19.

Quid des patients BPCO ?

Le groupe BPCO de la SPLF a émis les 29 mars des propositions concernant la prise en charge des malades atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive dans le contexte de l’épidémie du Covid-19 [2].

Il y est notamment indiqué qu’il n'y a pas d'argument pour modifier le traitement inhalé de fond chez les patients BPCO stables, y compris les corticoïdes inhalés quand ceux-ci sont indiqués. De même, il n'y a pas d'argument pour modifier les modalités d'oxygénothérapie et de ventilation non invasive à domicile et il est souhaitable de maintenir les activités physiques, en privilégiant l'activité physique au domicile en contexte de confinement. Bien sûr, les gestes barrières doivent être scrupuleusement respectés pour limiter le risque d'infection Covid-19.

Le groupe précise toutefois que « les connaissances concernant les spécificités de prise en charge de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) en contexte d’épidémie COVID-19 restent limitées ». Il prévient donc que les propositions émises « sont basées sur des avis d’experts et sont susceptibles d’évoluer en fonction de l’évolution des connaissances ».

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....