Covid-19 et psychiatrie : recommandations pour les établissements autorisés

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

30 mars 2020

France – Les établissements autorisés en psychiatrie, au même titre que l’ensemble des établissements, adaptent leur prise en charge pour la mise en œuvre des consignes gouvernementales décidées face à l’augmentation rapide du nombre de cas COVID-19 en France. Une fiche de « consignes et de recommandations applicables à l’organisation des prises en charge dans les services de psychiatrie et les établissements sanitaires autorisés en psychiatrie » [1] a été rédigée le 22 mars 2020 dans le contexte du passage au stade 3 de l’épidémie au niveau national par le Ministère des Solidarités et de la Santé. Elle vise à accompagner les acteurs dans ces réorganisations urgentes. Nous en avons sélectionné les grandes lignes.

Pour Hospimedia, Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, a toutefois précisé que ces recommandations n’étaient pas définitives : « il nous faudra actualiser les préconisations au fur et à mesure. Dans ce contexte de crise, nous ne pouvons pas nous en tenir à des informations qui datent de plusieurs jours. » C'est pourquoi est mise en place une cellule de crise « pilotée par la Direction générale de l'organisation des soins (DGOS), qui se réunira deux fois par semaine et dont la fonction sera d'actualiser les notes et de faire la synthèse des remontées de terrain ».

Répondre à une potentielle augmentation des besoins de soins en psychiatrie

Pour répondre à la situation de crise et à une potentielle augmentation des besoins de soins en psychiatrie – suite à une aggravation des symptômes chez des patients déjà fragiles ou de l’apparition de symptômes dans la population tout venant –, « les établissements doivent modifier leur organisation pour renforcer leur capacité de réponse en ambulatoire, de façon à éviter des passages aux urgences d’une part mais aussi pour protéger leurs patients et leurs professionnels de la propagation du Covid-19 » établit la fiche.

D’une part, « l’impact du contexte d’épidémie et les mesures gouvernementales de confinement sont susceptibles d’avoir des conséquences psychologiques non négligeables sur un public déjà fragile, présentant des comorbidités somatiques importantes et/ou en situation d’isolement psycho-social ». D’autre part, « cette situation de crise sanitaire inédite et les mesures ordonnées par les pouvoirs publics peuvent favoriser l’apparition de troubles psychopathologiques ou de décompensations » au sein de la population tout venant.  Et, précise le document, « il importe que le dispositif de prévention et de soins dans le champ de la psychiatrie soit en capacité de répondre à cette situation de crise pour les publics concernés ».

Enfin, la prise en charge des patients avec une pathologie ou des symptômes psychiatriques qui présenteraient des signes respiratoires nécessite « la mise en place d’une articulation anticipée et claire avec les filières MCO et en particulier les plateaux de soins critiques ». L’articulation MCO-Psy pourrait nécessiter la mise en en place d’unités co-animées par des psychiatres et des médecins somaticiens, précise la fiche. Les recommandations et consignes qui suivent concernent la psychiatrie générale et la psychiatrie infanto-juvénile.

Prise en charge en CMP

Il importe de « réorganiser et de renforcer l’ambulatoire pour un maintien des centres médico-psychologiques (CMP) en première ligne et pour organiser le suivi des patients sortis d’hospitalisation ».

Cette première ligne est importante « pour éviter les hospitalisations en urgence et prévenir notamment les rechutes de pathologies chroniques ». Elle doit privilégier « une réponse téléphonique, la téléconsultation (ou autre solution de visio-conférence) et un ensemble de modalités qui permettent de maintenir le lien, en allant au-devant des patients ».

  1. Des prises en charge uniquement individuelles
    « Seules des prises en charge individuelles sont organisées au regard du rapport bénéfice - risque de chaque situation clinique. Les prises en charge de groupe et les activités sont suspendues pour limiter le risque de propagation virale ».

    La venue des patients, lorsqu’elle est nécessaire, est organisée de façon à éviter les temps d’attente au sein des salles d’attente et la concentration de personnes au sein de la structure. Les salles d’attente pourront être fermées, les patients étant invités à attendre à l’extérieur, précise le document officiel.

  2. Interventions à domicile au cas par cas et éducation aux gestes barrière
    Les interventions à domicile sont à évaluer au cas par cas au regard du rapport bénéfice-risque de chaque situation clinique, en lien avec les familles pour les patients de pédopsychiatrie.

    Il est ainsi demandé aux soignants d’accorder la plus grande importance à l’éducation aux gestes barrière et à la distanciation sociale, à leur répétition pluriquotidienne, ainsi qu’à l’éducation à la santé et la promotion à la santé sur l’épidémie en cours et les moyens de s’en prémunir.

  3. Privilégier une organisation téléphonique et la téléconsultation
    « Les structures de soins doivent mettre en place une organisation privilégiant les contacts téléphoniques et les téléconsultations (ou autre solution de visio-conférence). »

    Il est essentiel que des contacts réguliers soient maintenus avec les patients et les familles (maintien du lien, informations pour les consultations maintenues ou reportées) et le suivi des patients doit être organisé dans la mesure du possible par téléphone. Une information (mail, courrier, téléphone…) doit être adressée à l’ensemble des personnes de la file active, dans la mesure du possible, sur ces modalités d’organisation adaptées.

    Les situations non programmées doivent aussi pouvoir être prises en charge par téléphone sans délai pour éviter un passage des personnes par les urgences ou des arrivées inopinées de patients dans les structures de soins.

    Les prescriptions et modifications de traitement peuvent être adressées par fax/mail directement aux pharmacies des patients, avec copie au médecin traitant, permettant d’assurer une bonne réactivité, précise le document.

    Pour certains patients, les ordonnances sont renouvelées pour 3 mois, avec la mention 23/03/2020 3 Coronavirus (COVID-19) « renouvellement d’exception / contexte COVID » pour les rares ordonnances logiquement non renouvelables comme pour les hypnotiques.

Aménagements en hospitalisation complète

Il est rappelé qu’un séjour hospitalier doit s’interrompre dès lors qu’il est possible d’organiser le suivi du patient en ambulatoire. Les patients dont la prise en charge peut se poursuivre en ambulatoire doivent sortir, avec un programme de suivi adapté et rapproché de post hospitalisation afin de garantir la continuité de soins.

  1. Chambres individuelles privilégiées et visites interdites
    Les chambres individuelles sont à privilégier. Les repas sont servis en chambre pour les patients à risque et les repas au réfectoire doivent être organisés afin de permettre le respect des distances préconisées. Les visites des familles et des proches des patients, sauf avis médical contraire, sont interdites au sein de l’unité mais aussi dans l’enceinte de l’établissement, sauf pour certaines situations exceptionnelles

  2. Entrée ou maintien en soins sans consentement
    Certains établissements rencontrent des difficultés à obtenir des certificats médicaux justifiant l’entrée ou le maintien en soins sans consentement, faute de ressource médicale. Il ne peut en aucun cas être dérogé à ces exigences, même en période épidémique.

    Les établissements se mettent en contact avec leur juridiction locale pour organiser les audiences du juge des libertés et de la détention de façon dématérialisée (audiences en visio ou autre procédé).

Gestion des patients Covid-19

Le dépistage des patients Covid-19 devra se faire dans le respect des recommandations du Haut Conseil de Santé Publique.

Pour l’exploration d’un foyer de cas possibles, il convient actuellement de se limiter à 3 tests positifs par unité considère le document gouvernemental.

Parmi les réorganisations des unités d’hospitalisation, les schémas suivants doivent être envisagés :

  • Une unité d’hospitalisation ou un secteur dédié doivent être réservés au confinement des cas possibles ou confirmés de Covid-19 ne nécessitant pas d’hospitalisation en soins somatiques et nécessitant la poursuite d’une hospitalisation complète en psychiatrie (unité Covid-19 psychiatrique exclusivement) ;

  • Une unité d’hospitalisation mixte, co-animée par des psychiatres et des somaticiens, peut être organisée pour les besoins des patients Covid-19 présentant une pathologie psychiatrique décompensée et un état somatique qui le justifie, afin d’éviter des transferts systématiques vers le MCO ;

  • Les patients qui justifient au regard de leurs signes cliniques d’une hospitalisation sur un plateau de soins critiques doivent être transférés en MCO. Les unités Covid-19 bénéficient d’une équipe soignante dédiée. Les personnels de ces unités devront bénéficier d’une formation spécifique.

 

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