COVID-19 : Grand Est, EHPAD, cri d’alarme de l’APHP…la situation se dégrade rapidement

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

26 mars 2020

Paris, France—Au 26 mars, alors qu’une prolongation du confinement a été préconisée en début de semaine, la France compte officiellement 1331 personnes décédées du Covid-19 à l’hôpital, soit 231 de plus en une journée (+17,5%). La vague de cas annoncée se répand et on compte désormais parmi les victimes du SARS-CoV-2 plusieurs soignants. Les régions du Grand-Est et l’Ile-de- France sont les plus touchées alors que sur tout le territoire, les EHPAD décrivent des situations de plus en plus dramatiques. De son côté, le Directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch a appelé à l’aide. Le Directeur Générale de la Santé, le Pr Jérôme Salomon a lancé un appel aux soignants volontaires.

Une  épidémie d’aggravation rapide

Outre les 231 nouveaux décès au 25 mars, le Directeur général de la Santé, a ajouté hier soir lors de son point quotidien, que 11 533 personnes étaient hospitalisées Covid+ sur le territoire national, dont 2827 en réanimation dans un état grave (311 de plus en un jour). 59% d'entre eux ont entre 60 et 80 ans et 68% des cas ont des co-morbidités selon Santé Publique France.

Parmi les personnes décédées du virus depuis le début de l'épidémie, 86% d'entre elles sont âgées de plus de 70 ans, 93 % ont 65 ans ou plus et 57 % des cas avaient des comorbidités.

Hôpital, EHPAD, ville : comment les décès sont comptabilisés ?

A ce jour, le nombre officiel de décès liés au Covid-19 ne comptabilise que les décès survenus à l’hôpital. Le Directeur Général de la Santé a indiqué lors de son intervention quotidienne du 25 mars que « les informations concernant les décès en EHPAD et en ville seraient rendues publiques ».

Il a expliqué qu’un dispositif se mettait en place pour regrouper les signalements des EHPAD. « Nous aurons les données la semaine prochaine », a-t-il précisé, soulignant que tous les cas suspects, même non-diagnostiqués seraient comptabilisés comme Covid+.

Pour ce qui est des décès en ville, il a rappelé que tous étaient enregistrés à l’état civil, qui transmettrait ces données à Santé Publique France et à l’Insee. Il a ajouté qu’il fallait du temps pour saisir et analyser les données mais qu’une déclaration hebdomadaire avait été demandée.

Grand Est, Ile-de-France : les deux régions les plus touchées

Concernant les régions les plus touchées, le Grand Est affronte une situation sanitaire devenue critique comme en témoigne la construction express d’un l’hôpital de campagne, les évacuations sanitaires aériennes par l’armée et la mobilisation d’un « TGV médicalisé » pour transporter jeudi matin 20 patients dans un état grave de Strasbourg aux Pays de la Loire où les hôpitaux ont encore des capacités d’accueil suffisantes en réanimation. S’y ajoute l’évacuation d’une trentaine de patients vers l’hôpital de Mannheim en Allemagne.

Selon les chiffres de l'Agence régionale de santé du Grand Est du mercredi 25 mars, le bilan du coronavirus Covid-19 dans la région s'aggrave avec 3 068 personnes hospitalisées et 506 personnes décédées depuis le début de l'épidémie.

En Ile-de-France, mardi, le cap des 1000 patients graves pris en charge dans les services de réanimation des hôpitaux a été dépassé. Et mercredi soir, 1154 personnes étaient en réanimation (+12% en 24 heures). « Jusque-là, je savais devant moi que j’avais une visibilité d'une semaine sur la capacité d'en prendre davantage. Là, j'ai une visibilité de trois jours », a indiqué le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, sur les antennes de France Info mardi.

Alors que la capacité en lits de réanimation devrait être augmentée de 1200 à 1500, le directeur de l’AP-HP appelle à l’aide. Sur le plan purement médical, il demande à bénéficier d'un respirateur pour chaque malade grave rapidement. « Je ne veux pas qu'on connaisse les difficultés qu'on a connues sur les masques, car les respirateurs permettent de sauver des vies. » Il lance aussi un appel pour mobiliser des milliers de soignants supplémentaires au sein des hôpitaux. « On a besoin de toutes les équipes, de tous les personnels, qu'ils soient volontaires ou qu'on fasse appel à la réquisition. Aujourd'hui, les techniciens, les médecins, les infirmiers, travaillent tout le temps. Je ne veux pas qu'on soit face à un épuisement ». Enfin, il s’inquiète de possibles pénuries de médicaments. « Il va falloir produire des médicaments essentiels et assurer l'approvisionnement », indique-t-il.

Les EPHAD frappées de plein fouet

Les témoignages d’EPHAD en détresse se multiplient sur l’ensemble du territoire sans que l’on connaisse réellement l’ampleur de la situation, le nombre de résidents contaminés ou décédés et de personnel contaminé.

« On sait qu’en Ile-de-France, sur les 700 EHPAD, il y en a à peu près entre 100 et 150 qui pourraient être déjà touchés par le Covid-19 », a déclaré en début de semaine Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) qui regroupe 1000 hôpitaux publics et 3800 EHPAD publics, sur FranceInfo.

La polémique enfle sur le manque de moyens qui leur sont octroyés notamment en termes de masques et de tests et sur les secours apportés à ces personnes âgées souffrantes.

Appel aux volontaires

Le Directeur général de la santé a lancé mercredi soir, un appel à volontaires à tous les professionnels de santé, y compris les retraités, pour venir en appui au personnel soignant de leur région mais aussi des zones les plus touchées. Il a par ailleurs indiqué que  la plateforme francilienne de mobilisation Renforts-Covid.fr avait été un succès avec déjà 7000 inscrits pour aider en Ile de France, dont 2500 infirmier.es.

De son côté le chef de l’Etat a insisté sur le fait que plus de 100 000 personnes s’étaient engagées sur la plateforme « je veux aider », dont 40 000 pour la réserve sanitaire, a insisté le chef de l’Etat.

Mobilisation de l’armée, plan pour l’hôpital, nouveau comité scientifique

Face à cette situation inédite, le 25 mars au soir, en direct de l’hôpital de campagne de Mulhouse, le président Emmanuel Macron a annoncé le lancement de l’opération « Résilience » qui mobilisera les forces armées pour aider la population face à l’épidémie.

Il a également promis un plan massif d’investissement pour l’hôpital et de revalorisation pour les soignants. Il a garanti « une prime exceptionnelle pour les soignants » ainsi qu’à l’ensemble des fonctionnaires mobilisés et une majoration des heures supplémentaires.

Aussi, un nouveau comité de 12 chercheurs et médecins*, baptisé Care, a été mis en place le 24 mars afin de conseiller l'exécutif sur la gestion de l'épidémie de coronavirus et les essais cliniques en cours. Le comité Care sera présidé par Françoise Barré-Sinoussi, virologiste à l’Institut Pasteur-Inserm, Prix Nobel 2008 pour la découverte du virus du Sida.

Manque de masques et de tests

De toutes parts, des voix s’élèvent pour protester contre le manque de masques et de tests diagnostiques, de réactif et même d’écouvillons pour réaliser les tests.

Concernant les masques, « […] lorsque le Covid est apparu, il ne restait qu’un stock d’Etat de 117 millions de masques chirurgicaux pour adultes et aucun stock stratégique d’Etat de masques FFP2 », rapportait le ministre de la santé Olivier Véran dans un point presse samedi soir.

L’Académie de médecine, décrit très bien ici les décisions qui ont mené à ce stock insuffisant en cas d’épidémie.

Ces dernières semaines, le gouvernement a donc décidé la réquisition des stocks et de la production nationale. Il a passé commande de 250 millions de masques à l’étranger et enclenché auprès des fabricants français une production de 6 et prochainement 8 millions de masques par semaine, a-t-il expliqué.

Concernant les tensions sur les tests diagnostiques et les réactifs, Jérôme Salomon a assuré que l’Etat était « mobilisé ».

« 25 000 à 30 000 tests diagnostiques quotidiens pourront être réalisés d’ici une dizaine de jours », a-t-il indiqué lors de son allocution du 25 mars.

En attendant, même les personnels soignants, doivent réserver les masques en priorité à certaines catégories de professionnels de santé, notamment en infectiologie, en réanimation.

Le Directeur général de la Santé a précisé que les tests sérologiques (à la recherche d’anticorps), qui permettront de savoir quelle part de la population est protégée, « arrivent ».

La situation en Italie

Du côté de l’Italie, où l’épidémie aurait environ 10 jours d’avance sur nous, l’épidémie ne faiblit pas vraiment. Sur les 7503 décès survenus en Italie au 26 mars au matin, 743 morts, ont été comptabilisés le 24 et 683 le 25 mars. Toutefois, la contagion semblerait confirmer son ralentissement.

* Outre Françoise Barré-Sinoussi, le Care sera composé de Jean-Philippe Spano (cancérologue), Yazdan Yazdanpanah (infectiologue-épidémiologiste), Franck Molina (chercheur au CNRS), Dominique Valeyre (professeur de pneumologie), Bertrand Thirion (chercheur à l’Inria), Sylviane Muller (chercheuse au CNRS), Laetitia Atlani-Duault (chercheuse à l’IRD et anthropologue), Marie-Paule Kieny (chercheuse à l’Inserm, infectiologue), Muriel Vayssier (Directrice du département Santé animale de l’Inra), Marc Lecuit (professeur d’infectiologie) et Christophe Junot (chef du département médicaments et technologies pour la santé du CEA). Certains spécialistes sont déjà membres du Comité scientifique.

 

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