POINT DE VUE

Violences conjugales : ne pas hésiter à consulter même en période de confinement

Véronique Duqueroy

Auteurs et déclarations

19 mars 2020

« Restez chez vous ». Certes. Mais pour certains, et en particuliers certaines, le confinement à domicile peut entrainer une augmentation des risques de violences sexuelles et conjugales, et de maltraitance à l’enfance. Le 16 mars, le Secrétariat d’état chargé des inégalités alertait, dans un communiqué, sur le « terreau propice aux violences conjugales » que constituent ces mesures d’isolement exceptionnelles, et recommandait d’appeler le 17 ou de consulter le site arretonslesviolences.gouv.fr. Encore hier sur twitter, Marlène Schiappa, encourageait les femmes en difficulté à appeler le 3919. Est-ce la meilleure stratégie dans le contexte épidémique actuel ? Quel est le rôle du praticien ? Medscape a interrogé le Dr Marie Le Bars, médecin généraliste à Lyon, spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences conjugales.

[Tous les trois jours une femme est assassinée par son conjoint ou ex-conjoint en France, selon l’AFP]

Dr Marie Le Bars

Medscape : Comment anticipez-vous la prise en charge des victimes de violences conjugales dans le contexte sanitaire actuel de COVID-19?

Dr Marie Le Bars : Cela va être très compliqué. Tous les médecins travaillent déjà de front contre l’épidémie, et les généralistes sont également en première ligne. Les consignes actuelles sont de « ne consulter votre médecin qu’en cas d’extrême urgence » pour ne pas encombrer les salles de consultation, mais je pense qu’au contraire, les femmes victimes de violences devraient pouvoir bénéficier d’une consultation avec leur médecin traitant en utilisant l’attestation de déplacement dérogatoire pour motif de santé. D’autant que si elles ne sont pas symptomatiques, elles ne risquent pas de disséminer le virus.

Que pensez-vous des mesures mises en place actuellement contre les violences conjugales?

Habituellement, nous donnons comme consigne de téléphoner au 3919, l’appel étant gratuit et masqué. Mais lorsque la victime est ainsi confinée avec un conjoint violent, cela devient beaucoup plus complexe, car la surveillance est accrue. Il faut donc, par tous les moyens possibles, essayer d’inciter la victime à sortir. Et elle pourra le faire en allant voir son médecin.

Les messages du Secrétariat d’état chargé des inégalités sont donc en contradiction avec la réalité de l’épidémie?

Oui. Les femmes ne pourront pas téléphoner car elles sont constamment surveillées à la maison. L’idée initiale du 3919 était bonne mais on ne pouvait pas imaginer l’arrivée de cette épidémie qui vient remettre en cause [cette stratégie]. Nous sommes dans une situation exceptionnelle avec laquelle il faut composer. Pour les violences conjugales et la maltraitance à l’enfance, il faut donc faire sortir les victimes pour aller au cabinet médical.

Puisque le confinement est un facteur de risque de violences, doit-il faire partie désormais de l’interrogatoire médical pendant l’épidémie?

Oui, il faut en parler encore plus aux patient(e)s qu’on voit en cabinet mais surtout pas lors des consultations par téléphone comme c’est conseillé actuellement. En consultation, il faut aborder, avec la victime, la possibilité de s’enfuir. Ce n’est pas parce qu’elle est en confinement qu’elle ne doit pas partir, chez un voisin, un ami ou un parent. Aller chez son généraliste permettra aussi d’obtenir un certificat médical pour aller par la suite porter plainte.

La proposition de loi de levée du secret médical en cas de violences conjugales qui a été adoptée change-t-elle la marge de manœuvre du médecin pendant l’épidémie ?

Il faut toujours s’adapter au rythme de la patiente. Si elle ne veut pas porter plainte, il faut proposer de la revoir en consultation. Il faut bien sûr l’encourager à en parler le plus possible à son entourage (amis, voisins…) et l’accompagner. Mais il faut surtout essayer de la revoir, lui donner un rendez-vous dans une semaine ou deux. Selon la situation, on pourra l’orienter vers une assistante sociale, un juriste ou un foyer d’hébergement [les centres étant encore ouverts actuellement pendant l’épidémie].

 

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