POINT DE VUE

Confinement, actualités stressantes, soignants épuisés : quelles sont les conséquences psy du Covid-19 ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

19 mars 2020

Paris-France—Comment faire face au flux d’informations alarmantes en continu sur l’épidémie de Covid-19 ? Comment va-t-on réagir au cantonnement chez soi, à nos pertes de libertés ? Les soignants vont-ils craquer ? Nous avons posé ces questions au Dr Guillaume Fond, psychiatre à l’hôpital de la conception à Marseille (AP-HM).

Dr Guillaume Fond

Medscape édition française : Quel impact la mise en quarantaine peut-elle avoir sur la santé mentale (conséquences de l'isolement, du huis-clos familial, décompensation de certains troubles psychiatriques...) ?

Dr Guillaume Fond : Ceci dépend des conditions. Si les gens sont confinés chez eux, cela ne représente pas de trouble majeur en général, au même titre qu'un arrêt de travail pour un état grippal. Au contraire, cela est l'occasion de se retrouver dans un temps immobilisé, ce qui peut être parfois paradoxalement salutaire dans une vie qui va souvent à 100 à l'heure. Ce virus nous rappelle à tous que nous ne sommes pas tout puissant et que la santé est plus importante que beaucoup de valeurs véhiculées par notre société.

Faut-il s’attendre à des décompensations psychiatriques chez certains patients ?

Je dirais que les gens qui vont  être le plus touchés sont les gens ordinaires avec des troubles anxieux légers. La perte de contrôle, notamment sur les activités de la vie quotidienne, les revenus, l’avenir de la société (cracks boursiers…)  génère des angoisses, plus que la mortalité du virus, par exemple.

Il y aura probablement plus de demandes d’anxiolytiques, de somnifères auprès des généralistes.

Pour les patients qui ont des pathologies psychiatriques graves, je ne suis pas particulièrement inquiet car ceux qui ont des pathologies sévères sont assez déconnectés de la réalité, en fait. A part pour les patients schizophrènes avec syndrome de persécution qui sont très vulnérables à ce type de situations.

*Interrogé sur ce point par Medscape édition française, le Dr Jean-Victor Blanc, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, donne un avis un peu différent : « La situation est assez anxiogène chez des personnes qui sont plus vulnérables au stress, à l’angoisse. Quand toute la société baigne dans cette ambiance anxiogène, alimentée par les médias, les patients fragiles d’un point de vue psychiatrique viennent plus facilement aux urgences… »

La communication actuelle autour de l'infection au coronavirus peut-elle être source de troubles psy chez les adultes, personnes âgées et enfants ? Pourrait-on faire mieux, Y-a-t-il des façons de communiquer à éviter ? Lesquelles ?

Comme tout ce qui est anxiogène, cela peut aggraver des troubles anxieux chez les personnes vulnérables mais paradoxalement, se recentrer sur quelque chose de très concret et collectif peut aussi libérer des tracas habituels du quotidien. Concernant la façon de communiquer, il faut absolument éviter les injonctions paradoxales et les incertitudes. Tout ce qui n'est pas clair laisse la place à des théories du complot. J'ai par exemple lu que le virus serait le produit de l'intelligence artificielle, ce qui est bien sûr ubuesque mais qui peut marquer les personnes qui ne sont pas formées en biologie. Ceci nous enseigne d'ailleurs qu'il est capital que la population générale ait un bon niveau de culture scientifique, il me semble regrettable que les médias fassent si peu de place à la science aux heures de grande écoute et qu'il faille une épidémie pour s'informer dans l'urgence.

Les soignants sont en première ligne. Quel impact psy cette crise peut-elle avoir spécifiquement pour eux ? Comment peut-on les protéger au mieux/peuvent-ils se protéger au mieux ?

A partir du moment où on a l’impression que l’on paie les pots cassés, qu’il y a eu une mauvaise anticipation et qu’on prend des risques au niveau individuel, cela génère énormément d’anxiété. Les libéraux et notamment, je pense aux infirmiers libéraux sont très exposés. Même s’ils arrivent à se procurer des masques, il faut les changer toutes les 4 heures et on n’y arrivera pas.

Pour l’hôpital, les soignants sont formés et près à faire face. Des protocoles sont mis en place. Ce qui peut altérer leur énergie, c'est devoir faire face non pas à des malades mais à des personnes non informées qui vont faire perdre du temps au système de soin. Par exemple, les pharmacies sont prises d'assaut pour des gels hydroalcooliques et des masques, alors que le port de masque n'est recommandé que pour les personnes présentant des symptômes ORL. Ce qui génère le burnout n’est pas tant la charge de travail que le sentiment de faire du mauvais travail ou du travail qui ne sert à rien.

 

Voir cette vidéo du Dr Guillaume Fond sur les côtés « positifs » du confinement

https://youtu.be/_040d0RLoBU

 

A lire aussi : Le confinement va-t-il tous nous rendre fous ? Analyse du Lancet

Le Dr Guillaume Fond n’a pas de lien d’intérêt en rapport avec le sujet.

Crédit photo : Tijana Feterman.

 

Retrouvez les dernières informations sur le COVID-19 dans le   Centre de ressource Medscape dédié au coronavirus  .
 

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