Crise de la réanimation pédiatrique en Ile-de-France : l’analyse de l’Igas

Philippe Anaton

19 mars 2020

France -- En février dernier, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a rendu publics, fin février, les résultats de son enquête flash sur la crise de la réanimation pédiatrique en Ile-de-France. On se rappelle en effet que la saturation des services de réanimation pédiatrique l'hiver dernier a conduit l'AP-HP à transférer, à 25 reprises, de jeunes patients hors région. Cette crise, et ses causes, à savoir le manque de personnels, le manque de lits ouverts, et le manque d'anticipation ne sont pas sans lien avec les difficultés que connaissent certains services de réanimation (notamment dans le Haut-Rhin) confrontés au Covid-19.

La capacité en lits est suffisante mais pas le nombre de personnels

Dans cette enquête flash menée le Dr Francis Fellinger et Christine d'Autume, les inspecteurs de l'IGAS ont commencé par établir un état des lieux de l'offre de soins dans le domaine en Ile-de-France : 68 lits de réanimation sont disponibles, répartis sur 5 sites de l'AP-HP. Et d'ajouter : « dans le champ de la surveillance continue, 209 lits sont autorisés en Ile-de-France ».

Conclusion de l’IGAS : les capacités sont suffisantes et peuvent permettre de faire face aux besoins de prise en charge, même lors de situations épidémiques, mais à condition que l'ensemble de ces lits soient ouverts.

Comment expliquer alors l'engorgement des services de réa pédiatrique ? Faut-il incriminer un pic épidémique de bronchiolites particulièrement aigu ? Non puisque, l'Igas constate que « l'activité liée à l'épidémie de bronchiolites 2019-2020 est à ce jour globalement superposable en volume de passage et d'hospitalisation aux années précédentes ». Reste la question des personnels, en particulier paramédicaux. Et c'est bien là que le bât blesse : « les difficultés de recrutement de personnel infirmier sont variables d'un site à l'autre, sans que la mission ne puisse déterminer de facteur explicatif discriminant. Ces difficultés sont toutefois partagées, avec une baisse significative des candidatures fin 2018 ».

 

Dispositifs d'alertes en période épidémique

Par ailleurs, les inspecteurs de l'Igas notent également que des dispositifs d'alertes ont été institués en période épidémique. Il s'agit d’Épivers et du plan "Hôpital en tension". Epivers permet de faire appel à des ressources additionnelles, notamment via des heures supplémentaires, un appel à l'intérim, etc. Les deux dispositifs d'alertes sont censés se coordonner et fonctionner de concert. Sur ces deux dispositifs la mission de l'Igas constate qu'il n'est pas possible d'avoir un suivi précis de leur mise en activité ; ce d'autant qu'aucune procédure ne décrit réellement le dispositif Epivers.

Manque d’anticipation

Autre facteur aggravant : aucune anticipation n'a été prise par la direction de l'AP-HP, alors que 900 lits de l'AP-HP étaient fermés en octobre 2019 et que 400 postes d'infirmières diplômées d’état (IDE) restaient vacants... Aussi, la mission constate qu'au 17 octobre 2019, 124 lits seulement étaient ouverts « sur une capacité totale autorisée de 140 lits de soins critiques, soit une réduction supérieure de 10% ».

Sauf que pour ouvrir des lits il faut du personnel paramédical en nombre suffisant, du fait des obligations réglementaires en termes de taux d'encadrement. Or, via l'intérim, impossible de recruter des infirmières formées aux soins de réanimation et de surveillance continue, puisqu'une « formation minimale de deux mois est jugée nécessaire ». Il a donc été fait recours aux heures supplémentaires, qui restent néanmoins limitées du fait de la législation (repos de sécurité) et de l'épuisement bien naturel des personnels sur-sollicités.

Pas de réflexion sur les effectifs infirmiers

Résultat : la mission déplore que la question des effectifs infirmiers n'ait pas fait l'objet d'une réflexion centrale de la direction de l'AP-HP, alors même que « la plupart des chefs de service de pédiatrie protestaient régulièrement contre la pénurie persistante d'infirmiers ».

Avec, pour effet, les transferts de patients du 22 octobre au 15 décembre, par manque de capacité d'accueil dû à la carence en personnel paramédical formé.

Les inspecteurs notent cependant que « si le siège de l'AP-HP n'est pas resté inactif face à l'augmentation régulière des transferts, il a régulièrement indiqué buter sur les difficultés de recrutement des IDE pour desserrer la contrainte et rouvrir des lits de soins critiques ». Ainsi l'AP-HP a activé le 26 novembre le niveau 3 du plan "Hôpital en tension", et a réouvert 3 lits supplémentaires à Necker, « portant sa capacité à 18 lits ». En revanche, 15 lits restent fermés en unité de surveillance continue. De ce bilan, la mission en tire un constat de bon sens : « il semble donc important dans ce contexte de créer des conditions favorables à la fidélisation des infirmières et puéricultrices, notamment en réduisant les délais de recrutement pour avoir des équipes les plus complètes possibles ».

Il semble donc important dans ce contexte de créer des conditions favorables à la fidélisation des infirmières et puéricultrices Igas

Faibles préconisations

L’Igas a établi des préconisations qui n'ont rien de révolutionnaire : « améliorer la préparation du plan hivernal et la gestion des alertes ; faciliter les recrutements dans les services de soins critiques et la fidélisation des infirmiers et puéricultrices ; affirmer la vocation régionale des services de soins critiques pédiatriques de l'APHP et poursuivre le développement des services hors APHP ».

Sur le point crucial, à savoir le recrutement d'infirmières, la mission avoue benoitement n'avoir « pas examiné toutes les pistes susceptibles de faciliter les recrutements et la fidélisation dans les services de soins critiques de l'APHP, faute de temps d'expertise suffisant ». En termes de rémunération, tout juste a-t-elle suggéré d'étendre le « bénéfice de la NBI (nouvelle bonification indiciaire, un complément salarial, NDLR) accordée aux infirmières de réanimation pédiatrique et de surveillance continue dans des conditions à déterminer ».

Pétition de parents : près de 100 000 signataires

Quant aux parents qui se désolaient de la situation de la réanimation pédiatrique en Ile-de-France et avaient lancé une pétition. Ils constatent, en s’adressant à Agnès Buzyn, alors ministre de la santé, : « à ce jour, votre seule réaction a été de diligenter une mission de l’lgas (inspection générale des affaires sociales). Pendant ce temps, la crise court toujours. Il est temps d’agir pour que les services de réanimation des hôpitaux franciliens, et plus généralement français, soient dotés des moyens nécessaires pour fonctionner normalement ». A ce jour, près de 100 000 personnes ont déjà signé cette pétition.

 

 

Réanimation pédiatrique : une pétition des parents en soutien aux soignants

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