Déserts médicaux : les internes de médecine générale tendent la main aux élus locaux

Véronique Hunsinger

Auteurs et déclarations

3 mars 2020

Paris, France -- La question de l'installation et des déserts médicaux a été au cœur des discussions entre les internes de médecine générale, réunis lors du congrès de l'Isnar-IMG qui s'est tenu à Saint-Etienne les 20 et 21 février dernier. Afin de mieux prévenir les velléités des élus locaux de réclamer de nouvelles mesures coercitives à l'installation, l'Isnar a choisi désormais une nouvelle stratégie, consistant à leur tendre la main. Rappelons que de son côté, le nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, a redit sans ambiguïté, lors de ce congrès, qu'il ne serait pas le ministre qui remettrait en cause la liberté d'installation

Profiter des élections municipales pour faire entendre sa voix

Ainsi, à l'occasion de son congrès, l’association d’internes a présenté un guide, rédigé en commun avec l'Anemf (association nationale des étudiants en médecine de France) et Réagjir (le syndicat des remplaçants en médecine générale), destiné aux élus locaux afin de leur faire connaître les différentes solutions que ces organisations défendent pour tenter de résoudre les inégalités d'accès aux soins. L'association des maires ruraux de France a d'ailleurs été associée à cette réflexion.

« Dans le contexte des élections municipales, nous avons trouvé important d'illustrer toutes nos propositions afin de donner des clés aux territoires pour agir contre les déserts médicaux » explique Marianne Cinot, interne de médecine générale à Rennes et présidente de l'Isnar. « Nous avons voulu aussi au travers de ce guide faire connaitre toutes les mesures qui peuvent être utilisées dès le début de la formation afin de favoriser une installation ultérieure dans ces territoires, ajoute Roxane Hellandsjö-Prost, présidente de l'Anemf. Alors que notre deuxième cycle est actuellement en cours de réforme, nous avons envie de multiplier les terrains de stage et pour cela nous avons besoin des élus locaux ».

Recruter de nouveaux maîtres de stage

Ainsi, ces organisations proposent, par exemple, que les collectivités soutiennent la formation et l'agrément de nouveaux maîtres de stages sur leur territoire, notamment en conditionnant certains de leurs dispositifs de soutien à l'installation à l'engagement du médecin de devenir à court terme maître de stage et en participant au coût de formation de ce dernier pour le devenir.

Au niveau de l'internat de médecine générale, tous les futurs praticiens réalisent actuellement deux stages ambulatoires dans des cabinets de ville, l'un en première année et le second (SASPAS) en fin de formation où ils exercent en autonomie sous la supervision de leur maître de stage. « C'est un moment très important qui peut susciter des envies de s'installer dans un territoire, souligne Marianne Cinot. Pour nous, il est essentiel de continuer à recruter de nouveaux maîtres de stage pour que chaque interne puisse trouver des terrains de stage correspondants à son projet professionnel ».

Politique d'attractivité du territoire

Le taux d'installation des futurs généralistes double en zone rurale lorsqu'un SASPAS y a été réalisé, fait valoir l'Isnar. Le message semble déjà avoir été entendu par un certain nombre de départements qui ont mis en place des mesures incitatives pour attirer les futurs médecins. L'Anemf et l'Isnar citent notamment l'exemple de l'Aveyron qui, en dix ans, a réussi à inverser la tendance, puisqu'on y enregistre désormais davantage de nouvelles inscriptions à l'Ordre que de départs à la retraite. « Il a été mis en place simultanément une réelle politique d'attractivité du territoire, un doublement des terrains de stage ambulatoires, la mise en place d'internats ruraux permettant l'accueil des étudiants, des événements d'accueil et d'implication des étudiants à la vie locale ainsi qu'un référent départemental dédié à l'accompagnement des jeunes professionnels » énumèrent les organisations dans leur guide.

Celles-ci soutiennent également les dispositifs des bourses accordées aux étudiants et aux internes en contre-partie d'une future installation dans un territoire sous-doté en médecin. Ainsi, le Contrat d'engagement de service public (CESP) ouvert en 2012 a déjà bénéficié à 3 185 étudiants ou internes en médecine et odontologie. « Les élus locaux peuvent continuer la promotion du CESP, dispositif incitatif qui a fait ses preuves mais qui n'est pas encore assez connu, estiment l'Anemf et l'Isnar. Les collectivités territoriales peuvent aussi proposer des bourses de stage aux internes de médecine générale ou financer leurs propres bourses d'études parallèles ou complémentaires ».

Réponse des pouvoirs publics

« Le problème de la démographie médicale inquiète tous les politiques et on est plusieurs fois passé pas très loin de mesures coercitives, a rappelé lors d'une table-ronde du congrès, le Dr Paul Frappé, président du Collège de la médecine générale, qui exerce dans une maison de santé pluridisciplinaire à Saint-Etienne (42). Aujourd'hui, les pouvoirs publics ont mis en place quatre types de réponses : la télémédecine, les protocoles de coopération, les assistants médicaux et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ».

Pour la première, le Dr Frappé estime qu'un cadre est nécessaire en raison des déviances possibles comme l'a illustré récemment le site arretmaladie.fr promettant aux patients un arrêt de travail facilement à l'issue d'une rapide téléconsultation. « Les téléconsultations et les protocoles de coopération ont besoin d'être régulés, estime-t-il. Pour les assistants médicaux et les CPTS, c'est à nous de rendre ces dispositifs pertinents ». Ceux-ci semblent en tous cas susciter déjà l'intérêt des internes de médecine générale.

 

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