Cas clinique : sa vessie fait office de brasserie et produit de l’alcool

Stéphanie Lavaud

28 février 2020

Pittsburgh, Etats-Unis —A priori, le cas peut prêter à sourire, et l’on s’y reprend à deux fois pour être sûr que l’on a bien lu. Mais les Annals of Internal Medicine rapportent bien ce mois-ci le cas d’une femme dont la vessie « fabrique » de l’alcool[1]. Cette américaine serait le premier cas documenté de « syndrome d’auto-brasserie dans la vessie », une pathologie rare et pour le moins surprenante, qui n’est pas sans rappeler d’autres cas d’auto-fermentation intensive publiés l’an dernier (voir encadré).

Plusieurs incohérences

Les chercheurs exposent donc le cas d’une femme de 61 ans présentant une insuffisance hépatique et un diabète mal contrôlé, qui s’est présenté à l’hôpital de Pittsburgh pour bénéficier d’une greffe de foie, qui lui a été refusé. En cause : des examens urinaires régulièrement positifs à l’alcool qui ont conduit les médecins à soupçonner une addiction dissimulée à l’alcool chez cette femme.

Néanmoins, les chercheurs notent plusieurs incohérences. Ainsi, indiquent-ils, nous avons remarqué que les résultats des prélèvements plasmatiques pour l’éthanol et des examens urinaires pour l’éthylglucuronide et l’éthyl sulfate, deux métabolites de l’éthanol, étaient négatifs, alors que les tests urinaires pour l’éthanol étaient eux bien positifs.

Par ailleurs, la femme nie constamment le fait de consommer de l’alcool et ne montre aucun signe d’intoxications au cours de ses visites à l’hôpital.

Enfin, autre mystère, les échantillons urinaires révèlent la présence d’une glycosurie et de levure.

Une levure naturellement présente en grande quantité

« Ces observations nous ont conduit à nous demander si les levures qui colonisaient la vessie étaient susceptibles de fermenter le sucre pour produire de l’alcool » écrivent les auteurs. Hypothèse qui s’est vue confirmée par la production élevée d’éthanol dans la vessie, et l’identification de Candida glabrata, une levure naturellement présente dans le corps mais rarement en si grande quantité.

Les chercheurs indiquent que leurs efforts pour éliminer la levure en utilisant un traitement antifongique ont été vains, peut-être à cause du diabète mal équilibré. Mais, au vu de ces résultats et de sa bonne foi, la patiente a vu sa situation en ce qui concerne la greffe hépatique, reconsidérée.

Au cours de leurs recherches sur ce cas rare, les chercheurs ont découvert d’autres cas, mais l’un était post-mortem, et les autres découlaient d’études menées in vitro.

Deux équipes de transplantation étant passé à côté du syndrome, les auteurs du cas clinique rappellent l’importance pour les cliniciens « d’être attentifs au contenu du dossier médical et aux résultats de laboratoire et de toujours mener des investigations devant des incohérences et des anomalies ».

L' « auto-brewery syndrome (ABS) », peut-être pas si rare

Cette pathologie n’est pas sans rappeler une autre, tout aussi surprenante, dont deux exemples ont été publiés l’année dernière. Dans un cas, il s’agit d’un jeune chinois de 27 ans qui consulte pour une atteinte hépatique (NAFLD) et raconte un passé d’ivresse…mais sans consommer d’alcool. Alors qu’une douzaine de « shots » d’alcool fort serait nécessaire pour atteindre son degré d’alcoolémie (400 mg/dl), lui, n’a besoin que d’une bonne quantité de jus de fruit et quelques assiettées de pâtes [2], peut-on lire dans un communiqué. La pathologie, là encore, est rare. Dénommé « syndrome de l’auto-brasserie (auto-brewery syndrome) », ici, elle semble découler d’une sur-représentation d’une levure, Saccharomyces cerevisae [3]. Un cas peut-être pas si rare, à en croire les auteurs d’un BMJ qui rapportent l’an dernier le cas d’un américain de 46 ans, qui se fait contrôler au volant et refuse de se prêter à l’alcootest [4]. Une prise de sang va révéler une alcoolémie élevée de 200 mg/dl, alors que l’homme nie avoir bu. Des investigations supplémentaires vont révéler la présence d’un « auto-brewery syndrome (ABS) ». Son cas détaillé est à lire ici.

 

 

 

 

 

 

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....