Observatoire de la souffrance au travail : 57 médecins témoignent de leur détresse

Philippe Anaton

Auteurs et déclarations

26 février 2020

Paris, France— Pour la deuxième année consécutive, l'Observatoire de la Souffrance Au Travail (OSAT) témoigne de la détresse de dizaines de médecins hospitaliers.

En 2019, sur une échelle de 1 à 10, les 57 praticiens qui se sont auto-évalués ont estimé leur souffrance à 8, avec un danger « imminent » pour soi dans 60 % des cas, indique l’intersyndicale Action praticiens hôpital (APH), à l’initiative de la création de la plateforme d’auto-déclaration en ligne.

Comme l’an dernier, l'essentiel des déclarants provient de centres hospitaliers (72%), suivi par des CHU (23%), des établissements de santé mentale EPSM (4%) et enfin des Espic (privé à but non-lucratif : 2%). Les déclarants sont pour les deux tiers des femmes (66% l'an dernier contre 63% cette année). Il s’agit dans les trois quarts des cas de praticiens hospitaliers à temps plein (48 heures par semaine), 2 % ont des fonctions universitaires.

Plus de déclarants chef de service ou chef de pôle

Il est à noter que l'âge des déclarants a baissé depuis l'an dernier : il était de 52 ans en 2018, et il est tombé à 47 ans en 2019.

Autre tendance qui s'est renforcée depuis l'an dernier : dans 20% des cas, les déclarants ont une fonction de chef de service, ou de chef de pôle.

Si les anesthésistes occupent toujours la pole position, l'ordre des spécialités les plus en souffrance est changé par rapport à l'an dernier.

L'anesthésie, la psychiatrie (14%), la pharmacie (9%), et les urgences (6%), étaient les spécialités les plus en souffrance en 2018.

En 2019, après les anesthésistes, ce sont les pharmaciens (13%), suivis des urgentistes (11%), des pédiatres (9%) et des chirurgiens viscéraux (9%), qui ont été les spécialistes les plus déclarants. En tout et pour tout, ce sont 21 spécialités qui cette année ont déclaré leur souffrance au travail contre 20 l'an dernier.

Idées suicidaires, troubles anxiodépressifs, troubles du sommeil…

Quelles sont les conséquences de cette souffrance au travail ?

Les troubles du sommeil restent en tête de liste même s’ils sont moindres en 2019 qu'en 2018 (77% contre 81% des cas). Les troubles anxiodépressifs (avec nécessité d’un traitement anxiolytique ou antidépresseur pour un quart) ont, eux, augmenté, passant de 59% à 65% des cas.

Les arrêts maladie de plus de deux semaines ont baissé, passant de 36% à 26% des cas.

Mais le nombre d'idées suicidaires a quasi doublé en une année, passant de 13% en 2018 à 25% en 2019.

A noter, 9% d’addictions déclarées (aux tranquillisants dans 80% des cas) en 2019.

Pour résoudre ces difficultés, les PH ont rapporté avoir des projets de mutation (37% en 2019 contre 34% en 2019) ou de démission (33% en 2018 contre 32% en 2019).

Mauvaise gouvernance, surcharge de travail

Quelles sont les causes de cette souffrance au travail ?

Comme l'an dernier, la mauvaise gouvernance est la principale cause de la souffrance au travail des PH : 63% en 2019 contre 55% en 2018.

La surcharge de travail compte 53% des déclarations cette année contre 47% l'an dernier. Egalement à l’origine du mal-être : le déficit de personnels médicaux dans le service (49 % des déclarations), et le dialogue impossible avec les responsables hiérarchiques (46 %, chefs de pôle et de service), la désorganisation grave et chronique du service (46%), la pesanteur hiérarchique (42%) et la surcharge émotionnelle (42%).

Le harcèlement moral (44% des déclarations), est moins le fait cette année des directions (56% cette année contre  61% en 2018), de la hiérarchie médicale (61% en 2018 contre 41% en 2019), que de collègues de même spécialité (18% en 2018 contre 30% en 2019).

Seulement 48 % de médecin traitants

De quels soutiens bénéficient ces médecins en souffrance ?

Dans 48% des cas, ces PH ont déclaré un médecin traitant : une proportion qui a tendance à baisser par rapport à l'an dernier (56% des cas).

Comme l'an dernier, et dans des proportions similaires, les PH recherchaient un soutien auprès du supérieur hiérarchique (32% des cas), vers le président de CME (32% des cas), le médecin traitant (30% des cas), le médecin du travail dans 49% des cas.

« Les réactions étaient de la compréhension dans 73%, un soutien dans 67% des cas, de l’indifférence dans 19% des cas, un parti-pris pour l’autorité dans 25% des cas, et une incitation au départ dans 42% des cas », signale l'OSAT.

La protection fonctionnelle n’était pas demandée par le déclarant dans 78% des cas. Lorsqu’elle était demandée, elle était accordée dans 33% des cas (refus dans 67% des cas).

Aucun des déclarants n’a utilisé une plateforme téléphonique (type hotline) pour faire part de leur souffrance, mais 79 % ont souhaité être contactés par l’un des écoutants de l’OSAT.

SPS, numéro vert des soignants en souffrance

L'OSAT travaille en partenariat avec l'association soins aux professionnels en santé (SPS). Cette association met à disposition un numéro vert (0805 23 23 36), unique et national. Outre ce numéro vert, SPS propose un dispositif global, de la prévention à la prise en charge en passant par le repérage et l'orientation. Le numéro vert permet aux professionnels de santé de bénéficier d'un accès à des psychologues, et de pouvoir bénéficier d'un rendez-vous physique si besoin.

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