Temps de travail des internes : Olivier Veran promet d’être ferme

Véronique Hunsinger

Auteurs et déclarations

25 février 2020

Saint-Etienne, France – Le nouveau ministre de la santé et des solidarités, Olivier Veran, a réservé son premier déplacement hors de Paris au congrès de l’Isnar, le syndicat des internes de médecine générale, à qui il donné de nombreux gages, sur le temps de travail et sur la liberté d’installation notamment.

Temps de travail et repos de garde non respectés

Il dit s’y être retrouvé comme dans un poisson dans l’eau. Olivier Veran l’ancien porte-parole de l’Isni, l’intersyndicale nationale des internes, a réservé son premier déplacement hors de Paris, en tant que nouveau ministre de la santé et des solidarités au congrès de l’Isnar-IMG, le syndicat des internes de médecine générale qui tenait, jeudi et vendredi, sa 21ème édition à Saint-Etienne (Loire). « Alors que j’ai pris mes fonctions, il y a quelques jours seulement, j’ai accepté de venir rencontrer celles et ceux qui, après avoir franchi bien des obstacles, s’apprêtent à leur tour à œuvrer à la transformation de notre système de santé » a déclaré le nouveau ministre devant une assistance composée de plusieurs centaines d’internes en médecine générale qui ont ponctué son discours d’applaudissement nourris [1].

En effet, le ministre de la santé a répondu à plusieurs demandes exprimées par l’Isnar par la voix de sa présidente, Marianne Cinot. En premier lieu, il a reconnu que la limite maximale de 48 heures de travail hebdomadaire, rendue obligatoire il y a 10 ans, n’est pas respectée partout.

Selon la dernière enquête de l’Isnar sur ce sujet, un interne de médecine générale sur deux travaille plus de 48 heures par semaine et 4% d’entre eux font même plus de 80 heures hebdomadaires. « Ce n’est plus acceptable, il y a eu trop de drames » a déploré Olivier Veran, ajoutant qu’en outre, « plus de vingt ans après son obligation, le repos de sécurité après une garde n’est toujours pas respecté dans un bon nombre de services hospitaliers ».

Trois engagements et un positionnement sur la liberté d’installation 

Le nouveau ministre a ainsi indiqué trois engagements devant les internes. Les demi-gardes devront être reconnues et incluses dans le temps de travail hebdomadaire et donc rémunérées. Les commissions médicales d’établissements ainsi que les conseils des facultés de médecine devront faire un bilan, chaque année, du temps de travail des internes. Et enfin – et c’était très attendu des internes – « je n’ai pas de difficulté à le dire, nous devons construire un mécanisme de sanction financière pour les établissements qui ne respectent pas le temps de travail des internes » a promis Olivier Véran.

Le ministre s’est également exprimé sur la démographie médicale en assurant qu’il « ne sera pas le ministre de la fin de la liberté d’installation ». « Jusque-là, le ministère de la santé a tenu une ligne ferme et claire sur le plan de l’accès aux soins, s’opposant systématiquement à toute proposition de régulation à l’installation par des méthodes coercitives » avait rappelé, quelques minutes plus tôt, Marianne Cinot, demandant au nouveau ministre « un engagement aussi ferme et clair ».

Prime de stage dans des zones sous-denses ré-évaluée

Olivier Veran a rappelé que la loi « Ma santé 2022 » de juillet dernier a introduit l’obligation pour les internes de médecine générale de réaliser prioritairement des stages en zone sous-denses. « Cette obligation nécessite que nous allions beaucoup plus loin dans le nombre de terrains de stage disponibles et donc de maître de stages universitaires, a fait valoir le ministre. Des mesures devront être prises dès la rentrée prochaine ». En attendant, il a annoncé que la prime de 200 euros alloués aux internes effectuant leur stage dans des zones sous-denses sera porté à 300 euros.

En revanche, il s’est montré prudent sur la question de la maquette du diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine générale. « Comme vous, ma conviction est qu’il faudra allonger le DES à 4 ans car la médecine générale n’a pas à être une spécialité à part qui serait moins disante que d’autres en termes de compétences à acquérir, a-t-il indiqué. Toutefois, les conditions ne me semblent pas encore réunies. L’année 2020 doit être mise à profit pour aller au terme des travaux nécessaires au passage à un DES de quatre ans ».

« No free lunch »

Enfin, Olivier Véran a salué la réflexion de l’Isnar sur la notion de conflits d’intérêts au travers notamment de la campagne que le syndicat a organisé l’année dernière « No free lunch », sur le modèle nord-américain, invitant les internes à refuser les repas offerts par l’industrie pharmaceutique. « L’industrie des produits de santé est essentielle pour notre système de soins, elle est souvent source d’innovation thérapeutique pour les patients, a rappelé le ministre. Mais je souhaite insister sur une chose : la prescription d’un produit de santé ne peut se faire que sur la base d’une évaluation scientifique et d’un bénéfice pour le patient. L’industrie des produits de santé ne doit pas pouvoir influencer individuellement les étudiants ».

 
L’industrie des produits de santé ne doit pas pouvoir influencer individuellement les étudiants. Olivier Veran
 

Sur ce point, comme sur d’autres, le nouveau ministre et les internes de médecine générale sont clairement apparus sur la même longueur d’ondes.

Développer les maisons de santé pluriprofessionnelle

C’est devenu passage obligé pour tout ministre de la santé. Olivier Véran a profité de son déplacement à Saint-Etienne pour visiter une maison de santé pluridiciplinaire, dans le quartier populaire de Montreynaud où exerce depuis 2013, le Dr Paul Frappé, président du collège de la médecine générale, avec quatre autres médecins généralistes ainsi qu’un gynécologue-obstétricien, une psychologue, une sage-femme, une orthophoniste et quatre infirmières libérales. « Il faut développer les maisons de santé pluriprofessionnelle, a déclaré le ministre de la santé à l’issue de sa visite. Il faut aussi développer les centres de santé et, de manière plus générale, l’exercice regroupé de la médecine parce qu’il n’y a plus que 4% des internes qui disent souhaiter un exercice isolé en cabinet. Le regroupement permet de faire converger les intérêts, de partager de l’expérience et des connaissances et d’avoir des temps d’échanges communs entre les différentes professions. Cela permet aussi de s’organiser pour faciliter la continuité des soins ».

 

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