POINT DE VUE

Eradiquer le cancer du col : c’est possible !

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

20 février 2020

Paris, France -- Avec près de 3 000 nouveaux cas détectés chaque année en France et 1 100 décès par an, le cancer du col de l’utérus est l’un des seuls cancers dont le pronostic se dégrade. Son taux de survie à 5 ans est passé de 68 % entre 1989 et 1993 à 62 % entre 2005 et 2010, selon les dernières données de l’InCA [1].

Pourtant, en généralisant la vaccination (couverture de 80% chez les filles) et le dépistage (2 sur vie entière chez plus de 70% des femmes), on pourrait envisager d'éradiquer le cancer du col d'ici à 40 ans, selon des études parues dernièrement dans le Lancet Oncology [2] .

Dans ces conditions, les chercheurs estiment que 13,5 millions de cas pourraient être évités dans les 50 ans à venir.

Faire du cancer du col une maladie du passé 

Une vision que partage le Pr Xavier Carcopino (CHU de Marseille) : « L’éradication du cancer du col de l’utérus est possible puisque le virus à HPV est un virus stable. Combiner la vaccination à large échelle et le dépistage pourrait clairement faire du cancer du col une maladie du passé », a-t-il expliqué à Medscape édition française.

« D’ailleurs, en Australie et au Québec où la vaccination a été très large, nous observons une quasi-disparition de la présence des virus HPV ciblés par le vaccin. C’est un effet que nous ne verrons pas en France si nous continuons à vacciner aussi peu. Les jeunes femmes françaises sont en train de passer à côté de cette chance pour une grande majorité d’entre elles. ».

En France, les derniers chiffres montrent, effectivement, une couverture vaccinale de l’ordre de 24 % dans les tranches d’âge cibles « alors que l’on avait modélisé qu’il fallait une couverture d’au moins 60 % pour avoir un effet », déplore le gynécologue.

Pourtant, « toutes les grandes études de pharmacovigilance internationales et françaises sont rassurantes. L’inquiétude des gens n’est pas justifiée par les données actuelles », insiste-t-il.

Dessin Héloïse Chochois ; Vaccin anti-HPV : les garçons aussi !
Vers du mieux ?

Plusieurs mesures de prévention ont récemment été prises pour changer la situation française : la mise en place d’un dépistage organisé, l’arrivée du test HPV dans les nouvelles recommandations de dépistage et l’élargissement de la vaccination aux garçons.

« Grâce à la mise en place du dépistage organisé pour toutes les femmes de 25 à 65 ans, nous espérons une plus grande participation », explique le Pr Carcopino.

Test HPV pour les femmes de 30 à 65 ans

L’objectif du programme national est d’augmenter le taux de couverture de 20 points pour atteindre les 80 % et de réduire de 30 % l’incidence et la mortalité par cancer du col de l’utérus à 10 ans.

En parallèle, les recommandations de la HAS de juillet 2019 préconisent désormais le test HPV comme outil de dépistage du cancer du col chez les femmes entre 30 et 65 ans. Comparé aux frottis, dans cette population, le test est plus efficace, réduit le nombre de cancers avancés et la mortalité par cancer du col.

« Nous espérons qu’au deuxième semestre 2020, le dépistage organisé intègrera le test HPV pour les femmes de 30 à 65 ans », précise le gynécologue.

Enfin, l’élargissement de la vaccination aux garçons de 11 à 14 ans est la dernière mesure phare entérinée par la HAS. « Nous espérons, en élargissant la vaccination aux deux sexes, lutter contre le cancer du col, les verrues génitales mais aussi les autres maladies induites par le papillomavirus ».

En termes de traitements, les essais d’immunothérapies sont encore précoces mais ils laissent présager d’un mieux pour les patientes atteintes de cancers du col à un stade avancé, en échec thérapeutique.

Les efforts en matière de prévention et de recherche devraient, à termes, porter leurs fruits.

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