Olivier Véran : un accueil entre bienveillance et prudence

Phillipe Anaton

19 février 2020

France – Autant dire qu’Olivier Véran, nommé au poste de ministre des Solidarités et de la santé en remplacement d’Agnès Buzyn, est attendu au tournant. En pleine tourmente de l’hôpital public, de refonte du système des urgences, de l’attractivité des carrières, le neurologue grenoblois – qui a planché sur nombre de ces problématiques – va devoir jouer serrer. Entre bienveillance, prudence, et rappel des priorités, les organisations syndicales n’ont pas manqué de le lui rappeler. En revanche, le départ précipité de Agnès Buzyn a été décrié.

Une arrivée saluée

La CSMF a salué la nomination du nouveau ministre tout en notant que « le parcours hospitalier et les positions d’Olivier Véran en tant que député et rapporteur général de la commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, notamment le forfait de réorientation vers la médecine de ville des urgences de l’hôpital, rendent la CSMF prudente ».

Le syndicat de praticiens hospitaliers SNPHARE « félicite Monsieur Olivier Véran pour sa nomination, et salue l’arrivée d’un praticien hospitalier à cette haute fonction ».

Le syndicat des médecins libéraux (SML) est mi-figue mi-raisin : « Le SML salue l’arrivée d’Olivier Véran au ministère de la Santé en remplacement d’Agnès Buzyn. Bien qu’un médecin hospitalier succède à un autre médecin hospitalier, le SML se souvient du passé syndical d’Olivier Véran à l’Isni, ce qui constitue un atout pour faciliter le dialogue avec les syndicats médicaux nationaux représentatifs. De plus, en 2017, pendant la campagne des élections présidentielles, il fut le véritable artisan de la reprise de contact entre ce qui allait devenir la Majorité et les médecins libéraux. »

Pleine d’espoir, l'intersyndicale nationale des internes (Isni) dont Olivier Véran fut l'un des porte-parole, a décidé de lever son préavis de grève illimitée à compter du 19 février.

La pression reste de mise

Beaucoup moins d’enthousiasme du côté du syndicat de l'Union française pour une médecine libre (UFML) qui tire à boulets rouges sur Agnès Buzyn : « Un(e) capitaine ne quitte pas le bateau dans la tempête! » avant de dénoncer « ce qui s’apparente à un mépris majeur pour la fonction, pour les femmes et hommes qui dépendent de ce ministère et au final pour l’ensemble des patients. » Le ton du syndicat du Dr Jérôme Marty se fait plus doux pour accueillir le nouveau ministre de la Santé à qui l’UFML « souhaite courage et réussite » tout en précisant qu’il se « tient à sa disposition si sa volonté est de mettre en place une réelle politique de santé tenant compte des vraies urgences et de la nécessité de renouer avec ce qui a fait la force du système de soin français : un hôpital public et un système de soin libéral fort ».

Dans un communiqué, Action Praticiens Hôpital & Jeunes Médecins maintiennent eux aussi la pression « la priorité du nouveau ministre doit être l’Hôpital Public » et taclent d’emblée le nouvel arrivant « Il n’est nul besoin d’une enquête pour connaître les raisons du « mal-être » des soignants parce que celles-ci sont décrites depuis des mois dans tous les communiqués de presse des organisations hospitalières, dans tous les articles de la presse spécialisée et exprimés dans tous les espaces de concertation comme sur les banderoles des manifestations qui ne s’arrêteront pas avant d’avoir obtenu gain de cause ». Les deux syndicats pointent ensuite les vrais problèmes « l’Hôpital Public souffre de sous-financement, de trop de postes vacants par manque d’attractivité, des salaires bloqués depuis dix ans et qui pointent désormais en queue de peloton des pays de l’OCDE », non sans rappeler à Olivier Véran qu’en fin connaisseur de la problématique hospitalière, il devrait être capable d’apporter les réponses adéquates : « Vous le savez depuis longtemps puisque vous êtes l’auteur d’un rapport remarqué sur l’intérim médical à l’hôpital, d’un autre sur la tarification à l’activité et êtes depuis le début du quinquennat le rapporteur des lois de financement de la sécurité sociale à l’Assemblée nationale. Le « forfait de réorientation » défendu en tant que parlementaire, qui a pour objectif d'alléger les services d'urgences en incitant les hôpitaux à rediriger les patients vers la médecine libérale ne peut résumer votre future politique hospitalière ! »

Paris vaut bien un hôpital !

Enfin, Le Collectif inter hôpitaux voit partir Agnès Buzyn avec une certaine amertume : « Courageuse mais pas téméraire notre ministre de la santé quitte le navire avant qu’il ne coule. Le CIH lui, continuera son combat avec force pour sauver l’hôpital public. » 

Quand au collectif inter urgences, qui mène la bataille pour faire avancer ses revendications sur l'hôpital depuis pratiquement un an, il se montre sévère, voire caustique, avec l'ancienne ministre de la santé : « Agnès Buzyn candidate à la Mairie de Paris. Les masques tombent et les ambitions personnelles se font jour. Agnès Buzyn restera, pour le monde hospitalier, celle qui n'a pas voulu entendre alors que les cris n'ont jamais été aussi forts. Paris vaut bien un hôpital ! » 

 

 

 

 

 

 

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