Nouvelles recommandations HPV : ce qu’elles vont changer aux consultations

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

5 février 2020

Paris, France — En quelques mois, plusieurs grands changements ont été portés aux modalités de dépistage et de prévention du cancer du col de l’utérus : du dépistage du cancer du col de l’utérus par test HPV à l’élargissement de la vaccination contre les papillomavirus aux garçons… Que vont réellement changer ces évolutions au déroulement des consultations et aux pratiques des médecins ?

Lors d’une conférence de presse organisée de la cadre du congrès de la Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-Vaginale (SFCPCV), le Dr Christine Bergeron (anatomo-cyto-pathologiste et Vice-présidente de la SFCPCV), le Pr Xavier Carcopino (gynécologue obstétricien au CHU de Marseille et Président de la SFCPCV) et le Dr Bernard Huynh (gynécologue-obstétricien, Clinique Hartmann à Neuilly-sur-Seine, Centre Hospitalier Universitaire du Kremlin-Bicêtre, Trésorier de la SFCPCV), sont revenus sur le rationnel et les implications de ces nouveautés.

Vacciner les garçons contre les papillomavirus : quels arguments ?

Désormais la cible vaccinale prioritaire contre les papillomavirus inclus les garçons de 11 à 14 ans. La vaccination de rattrapage est possible jusqu’à la fin de la 19ème année et l’activité sexuelle n’est plus prise en compte.

Pourquoi vacciner aussi les garçons ? « Pour plusieurs raisons, a répondu le Pr Xavier Carcopino. Parce que la prévention vaccinale anti-HPV ne se limite pas aux cancers du col de l’utérus, du vagin et de la vulve. Elle prévient aussi les lésions précancéreuses de l’anus et de l’oropharynx, du pénis, et les verrues génitales. Un quart de tous les cancers HPV-induits surviennent chez les hommes (oropharynx, anus, pénis) soit environ 1750 nouveaux cas par an. »

Vacciner les garçons devrait permettre de freiner la transmission de ces virus au sein de la population.

Il s’agit, aussi, d’un principe d’égalité et d’éthique entre les filles et les garçons.  Enfin, vacciner les garçons permet aussi de protéger les filles non-vaccinées et la population à risque des jeunes adolescents homosexuels masculins à un âge ou la révélation de leur préférence sexuelle n’est pas affirmée.

En pratique, pour les médecins ou les parents, généraliser la vaccination aux deux sexes devrait faciliter sa mise en œuvre, a expliqué le président de la SFCPCV qui ajoute que pour faciliter encore l’acceptation du vaccin, une co-administration est possible avec le rappel diphtérie, tétanos, polio et coqueluche prévu à cet âge.

Test HPV : le frottis c’est fini ?

A cette question, le Dr Christine Bergeron a clairement répondu non. Selon les nouvelles recommandations de la HAS, pour les femmes de 25 à 30, le frottis reste indiqué en première intention. « A cet âge, le nombre d’infections transitoires aux HPV est important. Or, si les tests HPV étaient utilisés, beaucoup de résultats seraient positifs mais avec une faible probabilité de développer un cancer. Il est inutile d’inquiéter les femmes pour rien et de réaliser des examens et traitements inutiles », a-t-elle expliqué. (Lire Test HPV+ mais cytologie normale: un retentissement psychologique et sexuel important pour les femmes).

Entre 30 ans et 65 ans, en revanche, le test HPV est désormais recommandé en première ligne et le frottis n’est réalisé, à partir du même prélèvement, que si le test HPV est positif.

Enfin, on préconise un frottis tous les 5 ans après deux tests HPV négatifs.

« Le frottis n’est pas fini mais il n’a plus la même place. Il y a moins de cytologie de dépistage mais une cytologie de diagnostic »,  conclut le Dr Bergeron.

Le test HPV sera-t-il être bientôt remboursé ?

L’absence de remboursement du test HPV est un obstacle à la mise en œuvre des nouvelles recommandations de la HAS. Les patientes doivent débourser entre 30 et 40 euros pour obtenir le teste recommandé par les autorités de santé. Le Pr Carcopino craint d’ailleurs « le développement d’une médecine à deux vitesses » entre celles qui ont les moyens de se payer le test le plus efficace et les autres.

Selon le Dr Bernard Huynh, la situation devrait toutefois s’arranger d’ici peu car le test HPV en première intention devrait être remboursé à partir du printemps 2020.

Quand le dépistage organisé va-t-il suivre les nouvelles recommandations ?

Alors que le dépistage organisé se met en place, beaucoup de centres régionaux qui pilotent le dépistage des cancers, envoient encore des lettres incitant à faire des frottis et non pas des tests HPV et sont donc en contradiction avec les nouvelles recommandations. « La HAS a émis ses recommandations en juillet 2019, mais les organismes qui gèrent le dépistage invitent les femmes à se faire dépister par frottis », reconnaît Xavier Carcopino. « En Ile-de-France, les invitations au dépistage par frottis ont effectivement été envoyées en décembre pour les femmes de plus de 60 ans », a admis le Dr Christine Bergeron en conférence de presse. Toutefois, dans les prochaines semaines, une publication au Journal officiel pourrait imposer à toutes les régions de recommander le test HPV plutôt que le frottis.

 

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